Faut-il lire des contes aux enfants ?

Publié le par Planète-Eléa

 

Des sorcières maléfiques, des ogres qui mangent les enfants, des parents qui les abandonnent dans la forêt… l’univers des contes est parfois terrifiant. Et pourtant les petits en redemandent.

Entretien avec Marie-Hélène Delval, auteure jeunesse, à l’occasion de l’anniversaire de la publication des Contes de ma mère l’Oye, Charles Perrault, le 12 janvier 1697.

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La Croix : Pourquoi les enfants aiment-ils les contes ?

Marie-Hélène Delval : Je crois que les enfants aiment les contes parce que ce sont des histoires qui posent les grandes questions métaphysiques qui nous travaillent tous, petits et grands, sur ce qu’est la vie, la mort, le bien, le mal, la peur.

Les contes sont une transposition du quotidien à travers des univers qui ne sont pas réalistes mais qui représentent des choses que les enfants connaissent. Ils savent qu’ils ne sont pas dans le monde réel, grâce notamment aux mots magiques du début (il était une fois dans un pays lointain), mais à travers ces histoires, ils revivent des émotions de la vraie vie, comme la peur de l’abandon, la colère, la jalousie.

Prenez un enfant qui a du mal à accepter l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite sœur, par exemple. Il comprend que ce qu’il ressent est négatif et se sent coupable mais, en même temps, il ne sait pas comment l’exprimer. Si dans le conte, il retrouve un enfant ou un animal, dans les histoires d’animaux anthropomorphisés, qui se trouve dans la même situation et auquel il s’identifie, cela va le déculpabiliser et l’aider à mettre des mots sur ce qu’il vit. Cette transposition de la réalité quotidienne, ou métaphysique, lui permet de comprendre ses émotions et peut-être même de les dominer.

Comme le disait le psychiatre américain Bruno Bettelheim, le conte éclaire l’enfant sur lui-même et favorise le développement de sa personnalité.

Certains contes, comme le Petit Poucet, par exemple, sont très effrayants, faut-il les édulcorer ou sauter des passages ?

Marie-Hélène Delval : Je dirai que cela dépend beaucoup de la sensibilité des parents ou des adultes qui lisent les contes. S’ils sont à l’aise avec l’histoire, cela ne posera pas de problème aux enfants, mais si ce n’est pas le cas, alors mieux vaut les éviter plutôt que de sauter certains passages. Personnellement, je ne lirai jamais Barbe bleue à mes petites filles, par exemple.

Il ne faut pas oublier que les contes d’autrefois n’étaient pas destinés aux enfants. Nous avons tous à l’esprit des images d’Épinal d’une veillée au coin du feu avec toute la famille, mais je ne pense pas qu’ils étaient écrits pour les jeunes. Par la suite, ces histoires sont entrées au patrimoine culturel et on a commencé à les lire aux enfants, mais souvent dans des versions plus adaptées à leur âge.

En même temps, il faut aussi savoir que les enfants aiment les histoires qui font peur. Et puis dans le Petit Poucet, le héros s’en sort en étant plus fort que les parents et que l’ogre. C’est le plus petit qui va se montrer le plus malin et le plus courageux, ce qui est très encourageant pour un enfant.

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Est-ce important que les contes finissent bien ?

Marie-Hélène Delval : Pour les petits, oui, sinon cela peut être traumatisant. Encore que. Personnellement j’ai écrit pour Bayard une version du Petit Chaperon rouge où la petite fille est mangée par le loup. La version des frères Grimm, dans laquelle un chasseur ouvre le ventre de l’animal pour en retirer le Petit Chaperon rouge et sa grand-mère, me paraissait sans queue ni tête. Et je crois que les enfants sont aussi sensibles à cette question du sens.

Le Petit Chaperon rouge ayant été extrêmement imprudent et pris des risques insensés, il était logique que l’histoire se termine mal. Les enfants peuvent comprendre que s’ils se mettent dans des situations dangereuses, ils vont au-devant de sérieux problèmes. Lorsque j’écris pour les petits, je m’arrange pour que l’histoire se finisse bien, mais pas de façon magique. Il faut que le héros fasse en sorte qu’elle se termine de la meilleure façon possible. Une fin heureuse donne de l’espoir à l’enfant de pouvoir lui aussi s’en sortir face aux difficultés, à condition que le héros soit courageux, tenace et patient pour affronter les épreuves de la vie.

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Recueilli par Paula Pinto Gomes - http://www.la-croix.com

Publié dans Education et loisirs

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