Lundi 16 novembre 2009
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Sur les 150 000 jeunes qui, chaque année, quittent le système scolaire sans qualification, environ 100 000 sont des garçons. De manière générale, les filles redoublent moins
souvent et affichent, du primaire au supérieur, de meilleurs résultats. Auteur d’un essai sur le sujet (1), Jean-Louis Auduc en détaille les raisons.
Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l’IUFM de Créteil
« Aujourd’hui, l’échec scolaire a un sexe : les garçons sont les plus nombreux à décrocher. Ce décrochage se produit à deux périodes clés. D’une part, l’entrée dans la lecture, fin maternelle-début
élémentaire. À l’âge de 18 ans, à peine 59 % des garçons sont des lecteurs “efficaces”, contre 70 % des filles. D’autre part, lors de l’orientation en classe de quatrième, à un moment où l’écart de
maturité entre les deux sexes est le plus fort : la plupart des filles sont déjà, dans leur corps, de jeunes femmes, tandis que les garçons sont encore de “grands bébés” qu’un simple obstacle
conduit parfois à s’effondrer.
Ce phénomène s’explique aussi par des différences d’attitude envers filles et garçons au sein de nombreuses familles, notamment dans les milieux populaires ou chez les artisans, commerçants et
agriculteurs. À la maison, les filles sont moins valorisées. Du coup, elles s’investissent davantage à l’école.
À l’inverse, les garçons sont souvent considérés dans leur cercle familial comme de petits rois. Et une fois à l’école, ils éprouvent des difficultés à trouver leur place. Constatant qu’ils ne sont
pas, du point de vue des résultats, en position de supériorité par rapport aux filles, ils dévalorisent l’apprentissage. Pire, ils ont tendance à user de violence à l’encontre des filles pour
essayer de retrouver un peu de leur autorité.
S’il est urgent de s’attaquer à cet échec scolaire masculin, c’est bien parce qu’il empêche le vivre-ensemble. Jusqu’ici, les enseignants ont tenté d’identifier les sources du décrochage scolaire
en s’intéressant avant tout à des critères sociaux. Or, chaque établissement devrait aussi tenir des statistiques en fonction du genre. De même, pour que garçons et filles puissent vraiment se
retrouver, il faut, à certains moments, mettre en place des activités séparées en tenant compte des goûts et besoins des uns et des autres. Pourquoi ne pourrait-on pas faire en français, en maths
ou lors de réflexions sur l’orientation, ce qui existe déjà en éducation physique et sportive ?
Enfin, il me semble essentiel de réintroduire, au moment des majorités pénale (13 ans), sexuelle (15 ans) et sociale (18 ans), des rites d’initiation pour aider en particulier les garçons à gagner
en maturité. »
par Denis PEIRON - http://www.la-croix.com/
Sauvons les garçons
!, Éd. Descartes & Cie, novembre 2009, 13 €.