
GUINGAMP. - Veste et pantalon en jean, Valérie Le Gall, 35 ans, entre dans le bureau du juge des libertés et de la détention soutenue par deux gendarmes. Elle pleure. « La juge d'instruction vous a mise en examen pour homicide volontaire sur mineure de 15 ans. Elle demande votre placement en détention...»
La femme soupçonnée d'avoir donné la mort à son nouveau-né et le procureur s'opposent à la publicité des débats. L'audience publique s'achève. Après une demi-heure de débat, le juge décide de l'écrouer à Rennes. Elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour cet infanticide, commis en juin ou juillet 2007.
Déjà une grossesse cachée
Le corps du bébé congelé a été découvert lundi, à Saint-Nicolas-du-Pélem (Côtes-d'Armor), dans un appentis de la ferme familiale. C'est là que Valérie Le Gall vit depuis une dizaine d'années. Elle et son mari Frédéric, 35 ans - ex-garde républicain chargé des écuries -, se sont rencontrés dans le Sud-Est. Puis, ils ont racheté la ferme familiale des Le Gall au lieu-dit Ruhaer, qui dépend du hameau de Bothoa. Valérie est décrite par des proches comme une bonne mère, « aimante et attentionnée » avec ses deux fils, âgés de 5 et à peine 3 ans.
Pour ce dernier, Valérie Le Gall avait déjà caché sa grossesse. Son mari l'avait appris au moment des contractions. « Il avait alors appelé les pompiers et sa femme avait accouché devant le centre médical de Saint-Nicolas-du-Pélem », explique le procureur Gérard Zaug. Le couple, à l'époque, envisageait de se séparer. « Le mari est hors de cause », poursuit le procureur. « Il n'était pas au courant de la grossesse de sa femme. Il l'a su quand les enquêteurs ont commencé à lui poser des questions. »
C'est elle qui allait au village faire les achats quotidiens. « On la voyait faire ses courses, confie cette commerçante. Elle rentrait, disait bonjour, prenait les produits et repartait rapidement. » Et cette autre de confier : « Elle faisait fatiguée. Ses yeux étaient cernés et on la trouvait triste depuis quelque temps. »
Ce que confirment des proches. « Ce sont des gens qui travaillent énormément pour s'en sortir. Ils sont très courageux. Ils ont racheté un poulailler à Kerpert où les enfants sont scolarisés. Ils se levaient tôt pour s'occuper des poules et des chevaux et sont souvent obligés de faire des petits boulots en plus pour arriver à joindre les deux bouts. Elle a même travaillé de nuit dans des abattoirs. » Mais rien ne leur laissait penser qu'elle était enceinte. « On a eu l'occasion de la voir plusieurs fois au moment de sa grossesse. C'est une femme un peu charpentée et qui s'habille avec des vêtements amples. On n'avait rien vu. Ça a dû être très dur de garder seule un si terrible secret. »
Valérie Le Gall ne se souvient plus « précisément du déroulement des faits », note le procureur. « On est dans une situation de déni. L'enquête ne fait que commencer. Les psychiatres pourront peut-être nous éclairer ».
Le médecin légiste a constaté une fracture du crâne. « Le bébé a pu être jeté contre un mur. » L'autopsie a confirmé que cet enfant, de sexe féminin, était viable. Mais le médecin n'a pu dire si le bébé est mort des suites des coups ou d'une strangulation.
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