EDUCATION - Les enseignants d'une école de Vénissieux étaient tous en grève, mardi, pour dénoncer la violence qu'ils subissent depuis des semaines. Pas une violence gratuite, ordinaire, volontaire. Celle d'un enfant de CM2 souffrant de troubles du comportement. Il était placé chez eux, "en adaptation", mais sans les moyens pour l'aider et les enseignants ne parvenaient plus à contenir. Après une nouvelle crise, ils ont demandé une déscolarisation, que l'inspecteur d'académie a prononcé, hier, jusqu'en septembre. Trop tard pour esquiver la grève de l'école, qui a profité de la journée pour échanger avec les parents sur la violence ressentie par chacun, les solutions à mettre en oeuvre, et le manque de perspectives lorsque des élèves souffrant de troubles du comportement sont pris en charge par des écoles qui manquant de compétences pour les aider...
L'élève a 12 ans, il est arrivé en décembre 2006, pour soulager une école voisine, qui ne le maîtrisait plus. Placé en adaptation, procédure permettant de conserver à l'école un enfant handicapé, il disposait d'un adulte à temps complet pour s'occuper de lui, y compris dans la classe. Théoriquement, un auxiliaire de vie scolaire (AVS) s'en charge. Faute de moyens, il s'agit souvent d'un EVS (emploi vie scolaire), pas formé pour gérer les troubles du comportement d'un enfant.
Les parents, d'abord réticents, ont demandé en novembre un placement dans un établissement spécialisé, ils n'ont pas encore de réponse. En attendant, l'école a géré les fugues, les crises au cours desquelles l'élève jetait tout ce qui lui passait par la main, frappait ceux qui tentaient de le maîtriser. Lors d'une dernière crise, il a frappé une élève et s'en est pris au maître puis au directeur, avant de s'enfuir. Une plainte a été déposée. Des membres de la famille seraient venus insulter le directeur, qui parlait d'une exclusion de quelques jours. Les enseignants ont alors décidé à l'unanimité de se mettre en grève.
"Nous sommes démunis, répète le directeur. Nous ne savons pas faire, nous ne savons pas nous y prendre." Avec les enseignants, il explique la situation aux parents, certains s'inquiètent pour leurs enfants. Puis la discussion dévie sur toutes les violences, subies ou ressenties. Le manque de confiance entre enseignants et parents affleure. Dans ce quartier populaire plus qu'ailleurs, l'école reflète l'extérieur, se fait réceptacle de toutes les fragilités, de tous les sentiments d'exclusion.
Le groupe scolaire Barel a longtemps affronté une violence ordinaire, débordant du quartier. Puis l'équipe éducative s'est stabilisée, des règles de vie ont été resserrées. Dans ce cadre, la prise en charge d'enfants en intégration semble bien difficile. Leur emploi du temps est adapté, le règlement aussi, ce que les autres enfants ne comprennent pas toujours. "Ils sont capables d'accepter un enfant différent, précise le directeur. Mais là, ce n'était plus possible. La classe ne pouvait plus travailler. Elle était trop déstabilisée."
D'autres enseignants, venus des écoles de la ville, ont témoigné de situations semblables. Ils réclament plus de places en instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques (Itep), ainsi que des procédures simplifiées pour que l'institution puisse accélérer le placement, lorsque les parents traînent des pieds. Certains réclament également des mises en demeure de la Justice, pour imposer aux parents la prise en charge psychologique de leur enfant. Ces dernières peuvent difficilement être efficaces lorsqu'elles sont imposées, relève une psychologue. Démunis face à ces enfants dans leurs classes, les enseignants affronter parfois à la sortie des parents dans la négation des troubles de leur enfant.
Une institutrice, membre du Réseau d'aide spécialisé aux élèves en difficulté (Rased), rappelle que la loi va dans le bon sens en poussant à scolariser les enfants handicapés. Une autre ajoute que les procédures longues permettent parfois de prendre son temps, et de ne pas se séparer trop vite d'un élève en difficulté.
D'autres enseignants s'inquiète de ce que les écoles des quartiers populaires accueillent "de plus en plus d'élèves en adaptation". Six à Max Barel cette année, selon le directeur. "Au-delà des difficultés que nous rencontrons, nous devons chercher le sens de cette augmentation", dit une institutrice. La culpabilité d'abandonner en cours de route un élève, même mal adapté, est palpable.
"On me réclame une déscolarisation temporaire en attendant qu'une place se libère dans un établissement spécialisé, dit l'inspecteur d'académie, Bernard Javaudin. Je suis amené à
la prononcer. Mais ce n'est pas une solution durable et je ne vois pas en quoi la grève peut résoudre quoi que ce soit".
L'adjoint chargé des affaires scolaires à Vénissieux s'inquiète pour sa part de la solution retenue. "A la sortie, on fait quoi de cet enfant, s'interroge-t-il. Si c'est pour
qu'il se retrouve dans la rue, on n'aura pas avancé. C'est à l'Education nationale de trouver une solution." Le directeur de l'école admet que la déscolarisation ne résout rien. Mais il
relève que l'enfant est aussi exclut par la ville de la cantine et du centre aéré, en raison de son comportement.
Ol.B.



