«Même un petit collège du XXe peut abriter des acteurs-nés»
Par Cordélia Bonal - http://www.liberation.fr/
(DR)
Emotion et fierté de matin au collège Françoise-Dolto à Paris pour le retour triomphal des jeunes acteurs d'Entre les murs, palme d'or à Cannes dimanche.
Au collège Françoise-Dolto de la rue des Pyrénées à Paris, on n'avait pas vu une telle effervescence «depuis le blocus contre le CPE». Journalistes, parents, élèves, enseignants,
voisins... En fin de matinée, le trottoir se remplit de tous ceux venus attendre de pied ferme le retour de Cannes des héros du jour: les 24 élèves de l'établissement acteurs d'Entre les
murs de Laurent Cantet, qui s'est vu décerner la palme d'or.
Il y a un an, ce collège de 420 élèves classé ZEP, établissement
«mélangé» mais
«sans problème particulier» de l'avis de son principal, a vu débarquer le cinéaste Laurent
Cantet et François Bégaudeau, auteur du livre et acteur du film. Leur projet de
«montrer l'école telle qu'elle est» emballe enseignants et élèves. A partir de là, la trentaine d'acteurs
retenue pour le film participe tous les mercredis à des ateliers cinéma et, durant l'été, au tournage dans un collège voisin, Françoise-Dolto étant en travaux.
«Quand Laurent Cantet nous a proposé de tourner le film, il nous a été facile de lui faire confiance», raconte le principal, Jean-Claude Defaux.
«L'objectif était de montrer le
quotidien d'un collège. Le résultat me paraît tout a fait réussi, proche de la réalité même si le trait est parfois forcé pour rester dans la fiction.»
En attendant l'arrivée du car, les élèves, surexcités, se précipitent pour être dans le champ des caméras, au risque de se faire écraser par les voitures de passage.
«J'ai fait toutes les télés
sauf TF1», fanfaronne l'un.
«Tu paries que tu seras coupé au montage?», lui répond son copain occupé à accrocher des palmes en carton doré à la grille de l'établissement. Fiers de
leurs camarades, il se disent aussi
«un peu jaloux» des heureux élus qui ont foulé le tapis rouge.
«Professionnalisme»
Une prof d'espagnole, également mère d'Eva, l'une des jeunes actrices du film, ne cache pas sa joie:
«Ce que Laurent Cantet nous a permis de montrer, c'est qu'un petit collège du XXe peut aussi
abriter des acteurs-nés, capables de professionnalisme».
A 14 heures, un car apparaît en haut de la rue. Devant le collège, on frôle l'émeute. Fausse alerte, le car est vide. Le deuxième sera le bon. La descente des élèves-acteurs, encore en tenue de
soirée, les traits fatigués mais le sourire radieux, déclenche un concert de cris et d'applaudissement. La cohue ne cessera qu'une vingtaine de minutes plus tard, quand la petite troupe aura réussi
à s'extraire de la bousculade pour pénétrer dans le bâtiment, suivie par les journalistes le temps de quelques interviews minutées comme pour des stars d'Hollywood.
«On veut tous être comédiens»
L'occasion pour Esméralda, 15 ans, qui
«joue la grande gueule dans le film», de raconter comment dimanche après-midi, alors qu'ils étaient partis de Cannes depuis une heure déjà, un coup
de fil les a enjoint de faire demi-tour, augurant d'un prix au palmarès.
En robe longue noire et juchée sur des talons, Rachel s'enthousiasme:
«Maintenant, on veut tous être comédiens.» Avant de se reprendre:
«Enfin, faudra quand même passer les diplômes
d'abord hein...» La tête dans les étoiles mais les pieds sur terre, les acteurs en herbe auront encore un peu de répit ce soir avant de reprendre les cours.
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