La police judiciaire tentait lundi de déterminer si l'agression dont a été victime un jeune homme de confession juive samedi soir dans le XIXème arrondissement (est) de Paris est de nature antisémite ou est due à un règlement de comptes entre bandes de quartier, a-t-on appris de source policière.
Cinq jeunes, soupçonnés d'être impliqués dans cette attaque, sont en garde à vue tandis que la victime est toujours hospitalisée. "Elle est sortie du coma, elle va mieux", explique-t-on de source policière. L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a confirmé dans un bref communiqué que l'état de santé du jeune Rudy, admis dans le service de réanimation médicale de l'hôpital Cochin, "s'est amélioré". L'adolescent "est sorti du coma", mais "il n'est pas encore possible de statuer sur d'éventuelles séquelles", ajoute l'AP-HP.
Quatre heures avant l'agression de cet adolescent de 17 ans qui se rendait dans une synagogue de la rue Petit (19ème), les enquêteurs de la Deuxième division de police judiciaire (DPJ) ont appris qu'une autre bagarre entre jeunes avait eu lieu vers 16h30, explique-t-on de source policière.
Les policiers, ajoute-t-on de même source, travaillent également sur la piste d'une autre altercation, après l'agression de ce jeune homme, domicilié à Pantin (Seine Saint-Denis) et connu des services de police pour deux affaires mineures. Les policiers cherchent à déterminer si les cinq suspects sont eux aussi impliqués dans cette attaque. Agés de 14 à 18 ans, les jeunes gens d'origine africaine sont issus du 19ème arrondissement et sont connus pour deux d'entre eux des services de police.
Le nouveau Grand rabbin de France Gilles Bernheim a estimé lundi "probable" le caractère antisémite de l'agression d'un jeune homme à Paris, mais "pas certain". "Il est manifeste que le caractère antisémite est probable, pas certain", a commenté Gilles Bernheim sur RTL. "Il est probable mais seule la justice le confirmera", car "avant de se prononcer de manière définitive il faut savoir", a-t-il souligné.
Quant à une explication par "des tensions communautaires" dans ce quartier du XIXe arrondissement de Paris, le Grand rabbin de France a prévenu qu'"il faut toujours mettre les mots les moins faux possibles sur la réalité". "Il y a des actes antisémites, des jeunes qui veulent en découdre avec des groupes juifs, il y a aussi des bandes organisées dont l'objet est de vendre de la drogue ou d'autre chose, sans doute mal intentionnées qui provoquent ou profitent de l'affrontement", a-t-il dit.
L'affaire continuait lundi de susciter une vive émotion. La ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative Roselyne Bachelot a fait part de "son indignation" et de sa "profonde émotion", et réaffirmé sa "conviction que le racisme et l'antisémitisme n'ont pas leur place dans la République et doivent être combattus avec la plus grande fermeté".
Les Verts, qui ont exprimé leur "émotion et leur inquiétude" devant cette "agression à caractère antisémite", ont appelé à la "vigilance" face "à la haine de l'autre et au racisme sous toutes ses formes". Les Verts invitent les "pouvoirs publics à mettre en place toutes les mesures nécessaires sur le plan social et éducatif pour prévenir cette montée de la violence dans nos quartiers".
La Ligue des Droits de l'Homme a appelé de son côté à "refuser les affrontements intercommunautaires", mettant en garde contre le "risque d'une communautaurisation et d'une ethnicisation des violences". Chacun "mérite le même respect et la même garantie" du "droit à vivre en paix", quelles que soient les "origines, apparences, croyances ou absences de croyances", rappelle la LDH.
L'Union des familles laïques se demande pareillement si on "va accepter longtemps la ségrégation spatiale et les agressions ethniques et religieuses". L'UFAL appelle les "pouvoirs publics (...) à créer en France un 'vivre ensemble' laïque et républicain grace à la mixité sociale dans tous les quartiers".
Dénonçant "fermement" l'agression au "relent d'antisémitisme aussi révoltant que les relents racistes" accompagnant les "agressions contre les immigrés", la Ligue communiste révolutionnaire souligne que "seul le dialogue entre jeunes de toutes origines permettra de résoudre cette détestable situation qui nourrit la violence".
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