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Lundi 14 juillet 2008 1 14 /07 /Juil /2008 08:20

La présence en classe de Milena, enfant trisomique, dérangeait




Par http://www.tdg.ch/

TÉMOIGNAGE |  Scolarisée en institution, la fillette fréquentait, trois après-midi par semaine, l'école de son quartier du Mont-sur-Lausanne. En raison de l'intervention de parents mécontents, elle ne retrouvera pas ses camarades à la rentrée.

ISABELLE JEANMAIRE | DIFFÉRENTE: Milena Crausaz, avec son papa, Patrick, son frère, Raphaël, sa maman, Suzanne, et la chienne Wonka. La réaction d'autres parents a incité Patrick et Suzanne à retirer Milena de l'école publique. LE MONT-SUR-LAUSANNE, LE 4 JUILLET 2008


Les Crausaz bouclent leurs valises. Cap sur la Turquie. Un dépaysement bienvenu pour cette famille du Mont-sur-Lausanne qui vient de vivre un sale moment. Une épreuve de plus, dans le difficile parcours de Suzanne et Patrick, parents d'une enfant handicapée mentale. A l'heure où le canton projette d'accueillir de plus en plus d'élèves «différents» dans les classes ordinaires, ils souhaitent témoigner   «sans polémiquer, ni régler des comptes»   de l'extrême fragilité de ce genre d'expérience.

Tout allait pourtant plutôt bien jusqu'en mai. Milena, 10 ans, atteinte de trisomie 21, était scolarisée à la Fondation Renée Delafontaine et bénéficiait depuis quatre ans d'une intégration partielle à l'école publique. Où elle avait été accueillie à bras ouverts par la direction et les enseignantes: «Le but était qu'elle puisse vivre quelque chose avec les autres enfants du Mont, qu'on la connaisse, qu'elle ait sa place dans la société.»

«On a tout fait pourne pas déranger»

Pas question cependant d'imposer leur petite à qui que ce soit. Suzanne et Patrick ont écarté d'emblée l'idée d'une immersion totale dans l'école ordinaire. «Nous ne voulions pas que les autres enfants soient freinés par la présence de Milena et, aussi, éviter qu'elle se sente toujours à la traîne.» D'autant que plus la fillette grandit et plus l'écart se creuse avec ses camarades.

Gymnastique, travaux manuels et connaissance de l'environnement: voilà les activités qu'elle partageait depuis août 2007 avec une classe de première année primaire du collège des Martines, à raison de trois après-midi par semaine.

Pas assez, peut-être, pour se faire une vraie place parmi ses camarades. Beaucoup trop, aux yeux de certains parents d'élèves. «Dernièrement, plusieurs personnes nous ont abordés pour savoir si notre fille allait continuer en deuxième année. Puis l'enseignante nous a appris que des parents s'étaient dits mécontents, voire opposés à la poursuite de cette intégration.» Les raisons? «Leurs enfants étaient fatigués, la présence de Milena était trop lourde.»

Lettre ouverte

Assommés, Suzanne et Patrick viennent d'adresser une lettre ouverte à tous les parents pour les informer de leur décision de mettre un terme à cet échange. La mort dans l'âme. «Milena apprenait beaucoup à travers les autres enfants et, de son côté, elle leur apportait quelque chose d'essentiel: un autre regard sur les personnes handicapées.»

L'intégration de Milena aurait-elle pu mieux se passer? Sans jeter la pierre à toutes les personnes qui se sont investies pour accueillir et soutenir leur fille, les Crausaz mettent le doigt sur le manque de moyens alloués à son encadrement. Ni l'enseignante ni la personne qui accompagnait Milena en classe n'avaient de formation spécifique. Philippe Nendaz, chef de l'Office d'enseignement spécialisé confirme: «Seuls les enfants en situation de handicap qui sont intégrés à temps complet dans le public bénéficient d'un soutien pédagogique spécialisé. Milena étant scolarisée en institution, les objectifs sont différents: on vise la socialisation plutôt que l'acquisition de connaissances scolaires.»

Philippe Nendaz a rencontré les parents et espère qu'ils reviendront sur leur décision: «L'école a beaucoup à apprendre d'enfants comme Milena. Il y a encore des pistes à explorer, des améliorations possibles. Vu la grande ouverture de l'établissement du Mont, on a sans doute sous-estimé les difficultés. Il aurait fallu soigner davantage la communication avec tous les parents. On n'est pas dans un monde ou l'accueil de la différence se fait de façon naturelle. Et pour ne rien arranger, le système vaudois, extrêmement sélectif, rend les parents très soucieux du développement scolaire de leurs enfants.»

Des craintes légitimes, mais totalement infondées: toutes les recherches entreprises dans ce domaine montrent que la présence d'un enfant différent ne péjore pas les résultats scolaires des autres élèves.

Publié dans : Infos du Monde - Communauté : La communauté pédagogique - Par willy et sandrine
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