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Des lycéens des zones sensibles à la découverte de l’hôpital


Par AMÉLIA BLANCHOT - http://www.liberation.fr/


D’un côté des jeunes, âgés de 16 à 18 ans, et scolarisés dans des lycées dits «sensibles» de la région parisienne. De l’autre, le monde de la médecine. Entre les deux, la «Science Académie», qui s’efforce de tisser des liens entre ces deux sphères, parfois si lointaines. Ainsi, pendant trois jours de juillet, 52 jeunes étaient en stage à l’hôpital, dans l’un des cinq établissements de l’APHP (Assistance publique hôpitaux de Paris) qui les ont accueillis : Cochin, l’Hôtel-Dieu, Georges Pompidou, Necker et Robert Debré. Derrière cette initiative, l’association Paris-Montagne, créée en 2006 par des étudiants et des chercheurs de l’ENS (Ecole normale supérieure). Depuis deux ans, ils proposent des stages en laboratoires, des réunions d’orientation, ou encore un festival sur les sciences (1). Loin des feux de la rampe, le seul but est de «transmettre des savoirs scientifiques, mais aussi donner l’envie d’avoir des projets», souligne Livio Riboli-Sasco, président de Paris-Montagne. Pour la première fois cette année, la sphère hospitalière a donc ouvert ses portes aux participants de la «Sciences Ac’», recrutés sur lettre de motivation.

Fibroscopie. Centre européen Georges Pompidou : pour Marina, 18 ans, le bac scientifique en poche, c’est le début du stage. La jeune fille suit le personnel médical, écoute, questionne, assiste même à une fibroscopie. Un examen «intéressant» à observer, affirme-t-elle sourire aux lèvres. Il en faut plus pour impressionner cette jeune fille, qui ambitionne de devenir chirurgien cardiaque. Marina semble déjà bien à l’aise dans sa longue blouse blanche. A ses côtés, Cindy, 18 ans, également bachelière. Pour elle, ce sera faculté de pharmacie à la rentrée : «Ce qui m’intéresse le plus, c’est comment soigner. Mais pas trop le contact avec le patient.» Elle bombarde le personnel d’interrogations. Lors d’une visite en radiologie, elle lance : «Quel est le type de radioactivité lorsque l’on fait une radio ? Alpha, bêta plus ou bêta moins ?» L’équipe médicale, un brin surprise, finit par lui fournir des explications.

Quelques étages plus haut, Wafa, 16 ans, fait le tour du service de médecine vasculaire. Fraîchement sortie de sa première scientifique, elle se cherche encore. «Je pense plutôt me diriger vers la recherche. Je trouve que le contact avec le patient est difficile», avoue t-elle.

Dans le même temps, Grâce, 18 ans, est à l’Hôtel-Dieu, en ophtalmologie. Pour ses dernières heures de stage, elle a la chance d’être reçue au bloc opératoire. A la fois impatiente et excitée, elle se presse pour enfiler la tenue stérilisée. Vêtue de bleu des pieds à la tête, elle entre dans la salle d’opération. Au programme, opération de la cataracte, la plus courante dans ce service. Grâce se poste près de la table d’instruments, le regard inquiet. Les bras croisés, elle a les yeux rivés sur l’écran, zoomé sur l’œil du patient. Le médecin qui opère, très pédagogue, commente chacun de ses gestes. Vingt minutes plus tard, l’intervention est terminée. Grâce est épatée ,«c’est très minutieux, les gestes sont doux. Je pense qu’il faut avoir énormément d’expérience».

Découragement. Le dernier jour de la Science Ac’ fait office de bilan. Les 52 jeunes se retrouvent à l’hôpital Robert Debré, pour assister à une conférence. L’occasion pour ces scientifiques en herbe d’interpeller le personnel. Derya, 16 ans, est inquiète : «J’ai vu des infirmières craquer sous le poids de leur travail. Y a t-il moins de médecins qu’avant ?» La réponse est malheureusement réaliste, les soins ont un coût et la médecine souffre de problèmes budgétaires. Derya, découragée par le métier d’infirmière, se convertira vers la médecine pédiatrique. Marina, elle, n’a pas perdu de sa motivation, « c’est génial de voir le milieu médical de ses propres yeux. On a vu que c’est une grande famille, ils ne peuvent pas marcher les uns sans les autres». Cindy, la passionnée de chimie, confirme son intérêt pour la pharmacie. Wafa l’hésitante a eu un peu de mal à trouver sa place, «c’est dur, on se sent un peu intrus. Mais c’était bien, c’est de l’expérience en plus». Grâce est prête à affronter de longues études, et pourquoi pas devenir ophtalmologue, «je sais que ça va être difficile, mais pour l’instant je pense à la finalité, qui est d’aider les gens».

(1) Festival «Interdits de sciences», jusqu’à samedi à l’ENS, 5 rue d’Ulm 75 005. www.paris-montagne.org

Samedi 26 juillet 2008
par willy et sandrine publié dans : Infos du Monde
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