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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /Oct /2008 08:57

Un roman traduit par Alain Mabanckou

Avec ce monologue d'un gosse dans la guerre, Uzodinma Iweala signe un roman virtuose. La VF est à la hauteur

Un enfant-soldat est-il encore un enfant? Oui et non, répond en bon écrivain le jeune Uzodinma Iweala, dans un premier roman qui claque comme une rafale de mitraillette. Car sans la moindre considération géopolitique, «Bêtes sans patrie» vous place aux premières loges: dans la tête d'un brave gosse qui n'a rien demandé à personne; ne dit ni où, ni quand, ni pourquoi la guerre est là (ce qui ajoute à l'absurde universalité du drame); mais marche, court, et court encore à travers la brousse, trouille au bide et coeur battant, «Ngungungu, Ngungungu», sous les ordres d'une brute et d'une arme trop lourde. La «reine», c'est elle: «Si elle me dit va à droite, voilà donc mon corps qui va vers la droite même si je me bats pour aller à gauche.»

 

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Jerry Bauer
Dédié «à celles et ceux qui ont souffert», ce monologue intérieur a été salué par Salman Rushdie et l'ensemble de la critique américaine comme un des meilleurs livres parus en 2005. Mais quand les Editions de l'Olivier ont proposé à Alain Mabanckou de le traduire, l'auteur d'«African Psycho» a bondi: «Mon Dieu ! Comment allais-je faire? Ce livre était écrit dans un anglais si bizarre: une espèce de pidgin mélangé avec des termes techniques et des emprunts aux langues nigérianes comme le yoruba ou l'igbo... Finalement, je me suis assis tranquillement, j'ai compris dans quel sens dansaient les mots. Il fallait réinventer une langue.»

A lire le résultat, dont la fluidité et l'énergie forcent l'admiration, on devine que rien n'a été simple. «La grammaire n'est jamais respectée, explique Alain Mabanckou. Il fallait obtenir des phrases qui ne tiennent pas debout, mais soient compréhensibles. Et de nombreux mots m'étaient inconnus. Je suis du Congo- Brazzaville, pas de l'Afrique de l'Ouest! J'ai donc puisé dans ma propre culture. Ainsi, «kô», ou «genouiller» viennent directement du parler congolais.» Parce que s'adresser à l'auteur lui semblait une «facilité», il est allé interrompre des Nigérians sur internet: «Ils étaient occupés à parler d'amour, je leur demandais: Pardon, est-ce que vous connaissez tel mot?» Les uns me disaient: «C'est une maison», les autres, «un bateau», ou encore «un couteau»... Aucune réponse ne convenait. Alors je continuais, jusqu à trouver.»

La première phrase, empruntée au «Voyage au bout de la nuit», est un clin d'oeil du traducteur à Céline et sa langue «un peu pourrie». «C'est pour attirer l'attention sur l'écriture», dit-il, en mentionnant encore la traduction, par Queneau, du Nigérian Amos Tutuola: «La cocasserie du style évoque plus «l'Ivrogne dans la brousse» que les témoignages d'enfants-soldats.» Sans doute. Le baptême du feu n'en est pas moins sanglant, lorsque l'ennemi fuit avec «toute la viande de sa jambe qui se parpille sur la route».

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«Bêtes sans patrie», par Uzodinma Iweala, traduit de l'anglais par Alain Mabanckou, L'Olivier, 176 p., 18 euros.

 

 

Par Grégoire Leménager - http://bibliobs.nouvelobs.com/

 

 




Publié dans : Livres - Communauté : La communauté pédagogique - Par willy et sandrine
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