Des chercheurs de l'INSERM, l'Institut National de la santé et de la recherche médicale, associent l'apparition de cancers chez l'enfant à l'utilisation de pesticides, dans une expertise
publiée le 3 octobre. L'INSERM n'est pourtant pas connu pour ses positions radicales contre les pesticides. Il lui arrive même, à l'occasion, d'accepter d'être financée par l'UIPP, l'Union des
producteurs de pesticides. Alors quand l'institut fait un pas sur ce terrain chaud bouillant, c'est qu'on est en droit de s'inquiéter sérieusement.
L'institut est parti d'une hypothèse : Les modifications de l'environnement pourraient êtres partiellement responsables de l'augmentation de certains cancers. Chaque année, 1700 enfants de plus
sont touchés pas un cancer, 470 sont atteints d'une leucémie, 400 d'une tumeur cérébrale.
Après avoir croisé plusieurs études, et recueilli l'expertise de dizaines de chercheurs, l'INSERM considère que:«
chez l'enfant, l'utilisation domestique de
pesticides, notamment d'insecticides domestique, par la mère pendant la grossesse et pendant l'enfance a été associée aux leucémies et, à un moindre degré, aux tumeurs cérébrales ». Cela
ne signifie pas que les pesticides sont la cause de la maladie, mais qu'à chaque fois qu'elle se manifeste, les pesticides ne sont pas loin. Pis, il est quasiment impossible de protéger un
enfant : «
Les pesticides sont retrouvés dans tous les compartiments de l'environnement et peuvent donc conduire à une exposition de la population générale par
les aliments, l'eau de boisson, l'air intérieur et extérieur et les poussières de la maison.»
«Les enfants souffrent d'un retard cérébral dans leur développement.» Philippe Grandjean, chercheur à Harvard
Jamais l'INSERM n'était allé aussi loin dans ses conclusions, pourtant, il est à la traîne. Voilà bien longtemps que d'autres études ont établi les mêmes liens entre le cancer chez l'enfant et
la présence de pesticides dans son environnement. En novembre 2006, un chercheur américain du département de santé public d'Harvard, Philippe Grandjean, publie une étude dans la revue
scientifique t
he Lancet, une référence. Il a analysé l'effet des pesticides sur des femmes enceintes et sur leurs foetus. Marianne2 lui a demandé ce
qu'il a découvert : «
Si la mère a été exposée aux pesticides durant la grossesse, les enfants souffrent d'un retard cérébral dans leur développement. Nous
pensons que ces effets sont sans doute permanents, ce qui signifie que ces enfants vont devoir vivre le reste de leur vie avec un développement cérébral inachevé.».
Le professeur Granjean soulève un autre problème, et de taille, l'impossibilité pour un malade d'attaquer en justice un producteur de pesticide, faute de preuve : «
Les cancers apparaissent des années après l'exposition. Il est rétrospectivement très difficile de produire la preuve de tous les pesticides auxquels l'enfant a été
confronté. D'autant que les producteurs changent en permanence le nom des produits, le dosage des molécules, rendant impossible leurs traçabilité».
Dans son compte-rendu, l'Inserm conclut par un aveu d'impuissance : "
La plupart des études souffrent d'une forte imprécision sur l'exposition aux pesticides,
souvent réduite à la notion d'utilisation ou non de pesticides.»
Cette impuissance laisse donc encore un peu de répit aux producteurs de pesticides, une industrie en bonne santé, son chiffre d'affaires atteignant l'année dernière 1,721 milliards d'euros.
Bien que la vente de pesticides ait diminué «
les fabricants ont de la ressource », remarque amèrement Stéphanie, fille d'agriculteur, atteinte d'un
cancer des ganglions: «
L'autre matin, en regardant mes boîtes de médicaments, je me suis rendu compte que l'industrie qui fabrique mon traitement est la même
qui vendait à mes parents les pesticides qu'ils utilisaient sur leur champ.» Dans le village de Stéphanie, en Seine et Marne, deux jeunes femmes du village, elles aussi filles
d'agriculteurs, ont un cancer des ganglions.
Retrouvez un résumé de l'expertise collective de l'INSERM
Par Virginie Roels - http://www.marianne2.fr/