Sans peur, sans gêne, Devli leur parle de son enfance. La même que ses parents et ses grands-parents ont connue avant elle : le travail dès le berceau, la vie dans la carrière, les très longues journées passées à casser des cailloux, quel que soit le climat, sans parler de la violence des "propriétaires". Et, bien évidemment, pas d'école. Sauf que Devli a eu de la chance. La chance de ne pas y passer sa vie, à la différence de ses aieux. La chance d'être sauvée, à 7 ans, par Bachpan bachao andolan (BBA, littéralement "Sauvez l'enfance"), une ONG qui lutte contre l'exploitation des enfants. En 2004, BBA rend la liberté à sa famille, ainsi qu'à 112 autres. En Inde, on estime que 60 millions d'enfants travaillent au lieu d'aller à l'école.
Au cours des quelques mois passés dans les locaux de l'association, la fillette découvre le monde. Elle qui n'a jamais mangé que des pommes de terre et des oignons, découvre les legumes et la viande. Elle qui n'a connu que la sombre atmosphère d'une carrière de pierres, découvre l'eléctricité. Enfin, elle reçoit ses premiers cours, une éducation. "Je n'avais jamais vu de papier jusqu'à ce qu'on m'ait sauvée. Je suis allée pour la première fois à l'école. Maintenant, je veux savoir lire et écrire. Et, lorsque je serai grande, je veux enseigner ce que je sais aux autres enfants."
Aujourd'hui, Devli vit avec ses parents à Jodhpur, au Rajasthan. Sauvez l'enfance s'est battu devant les tribunaux pour qu'ils ne soient plus considérés comme des esclaves, pour qu'ils retrouvent du travail avec des salaires décents. Le fondateur de BBA, Kailash Satyarthi, déplore l'absence d'aides de l'État dans cette tâche. "Nous avons sauvé bien des familles exploitées depuis la création de l'association, dans les années 1980. Mais c'est parfois très compliqué, comme avec celle de Devli qui sont esclaves de père en fils, car nous sommes seuls. Face aux très puissants propriétaires de carrières, même le gouvernement n'a pas les moyens d'intervenir pour secourir ces malheureuses victimes."
Après le passage de Devli à la tribune de l'ONU, ses représentants ont dégagé plus de 3,3 milliards d'euros pour aider à la scolarisation des enfants dans le monde. Si Kailash Satyarthi se dit satisfait de l'importance des fonds levés, il maintient que "le chemin est encore long pour remplir les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD)".
Juste avant de quitter l'estrade des Nations unies, Devli a fait un pied de nez aux représentants de la planète. "Je suis fière de moi parce que, dans mon village, j'ai réussi à persuader quinze enfants d'aller à l'école. Et si moi, une jeune fille de 11 ans, j'en suis capable, pourquoi ce n'est pas possible, pour tous les dirigeants du monde, d'inscrire tous les enfants à l'école ?"
Par Galahad Shavan - http://www.aujourdhuilinde.com/
le 15/10/2008 à 09h32 <
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