5 heures du matin. Il fait nuit et froid. La cloche du monastère Namgyal réveille deux cents moines tibétains pour une journée studieuse. Kelsang, 21 ans, se prépare dans sa petite chambre de 8 m2. "L'hiver, c'est plus dur de se réveiller à l'aube", dit-il en enfilant son ample jupe pourpre qu'il plie et attache avec une ceinture.
À jeun, il se dirige, ses textes religieux sous le bras, vers le cours de mémorisation. Avant d'entrer dans la salle, il fait trois prostrations. C'est la règle. Pendant deux heures, les jeunes moines apprennent par cœur une série de textes. Assis en tailleur derrière un petit bureau, ils récitent leurs textes à voix haute en se balançant pour mieux se concentrer.
La salle s'emplit d'un bourdonnement incantatoire. "C'est très difficile, nous ne comprenons pas complètement les textes, nous les étudierons en deuxième année, quand nous les connaîtrons déjà par cœur", explique Kelsang entre deux bâillements. Il a déjà appris les 65 pages du premier texte. Il apprend maintenant le second. Les moines ont un an pour s'approprier cinq textes, soit environ 400 pages, par cœur.
À 7h30 pétantes, le petit-déjeuner rassemble tous les moines du monastère. Du pain et du thé tibétain fait de beurre, de sel et de lait. Juste assez pour reprendre des forces pour poursuivre la journée avec…encore une heure de cours de mémorisation. En tout, il y a six heures de mémorisation par jour, six jours par semaine !
La journée doit se poursuivre avec une heure de cours de philosophie puis un cours de langue tibétaine. En attendant le professeur, les sept jeunes moines de la classe font un débat. En face à face, deux moines s'affrontent à coup de questions/réponses. Celui qui pose la question frappe dans ses mains dans un grand geste théâtral. L'autre répond. S'ensuit une autre question… Chaque jour, de 11 heures à midi, une trentaine de moines débattent bruyamment dans la cour du monastère, sous le regard amusé des touristes.
Mais aujourd'hui est un jour particulier. Le 17 octobre, le dalaï-lama a reçu une médaille d'or du Congrès américain. "Nous avons donc l'après-midi libre", sourit Kelsang. Après une sieste de dix minutes, il se dirige vers la piscine naturelle de Baghsu, à dix minutes à pied de Mac Leod Ganj où se trouve le monastère. Il y rejoint d'autres moines qui jouent au football, en caleçon, au milieu des montagnes. Le dîner est à 17h30. La récréation est donc de courte durée, mais les jeunes moines profitent de l'instant présent. À 16h30, Kelsang ose un plongeon dans l'eau de source très fraîche qui alimente la piscine…
Kelsang est arrivé au monastère de Mac Leod Ganj il y a huit mois pour suivre quinze années d'études monastiques. Chaque mois, il reçoit 500 roupies d'argent de poche du monastère. Il s'en sert pour aller dans les cafés Internet et pour acheter des pâtisseries. En vrai moine bouddhiste, Kelsang conclue sur le chemin du retour : "Je suis heureux ici".
Par Mani Singh - http://www.aujourdhuilinde.com/
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