Photo : "nycuk" sur Flickr.
Une étude américaine publiée mardi affirme que les hommes sont naturellement attirés par les femmes habillées en rouge. Nous avons testé cette affirmation sur nos Observatrices, de l'Inde à l'Iran. Et elles ne semblent pas démentir.
On connaissait déjà la prohibition de l'inceste, cher à Lévi-Strauss. Il semble que toutes les cultures aient un autre point commun : elles associent le rouge à la sexualité. Pour l'université de Rochester, à New York, les hommes sont en effet naturellement attirés par les femmes portant du rouge. Peut-être une lointaine réminiscence de nos cousins les singes, dont les femelles rougissent lorsqu'elles sont en période d'ovulation.
Annie Mollard est linguiste-lexicographe au CNRS. Elle spécialisée dans le lexique des couleurs et est l'auteur du "Dictionnaire des mots et expressions de couleur", dont un tome entier est consacré au rouge.
Pendant longtemps, le pigment rouge, que l'on extrayait de coquillages, était la seule couleur qui tenait sur les étoffes. Ensuite, il est devenu symbole de puissance. Selon le code justinien, sous l'Empire byzantin, le rouge était réservé aux empereurs et interdit au peuple. Le rouge est devenu signe d'orgueil. Il valorise.
Mais cette couleur représente aussi le pêché et la provocation depuis qu'Eve a donné la pomme, rouge, à Adam, le poussant à sa perte. Dans l'inconscient collectif, le rouge est la couleur de la sexualité, de la chaire. Pendant longtemps, on reconnaissait les prostitués à leurs habit ou leurs accessoires rouges. Les maisons closes étaient signalées par des lanternes rouges.
Certains contes ont contribué à établir une association inconsciente entre rouge et sexualité. "Le petit chaperon rouge", par exemple, est la métaphore d'un enfant tenté trop jeune par la découverte de sa sexualité. Le rouge représente sa sexualité affichée, et le loup représente l'homme.
Certaines cultures ont encore du mal à porter du rouge. Si en Espagne il est courant, associé au flamenco et aux traditions, dans le nord de la France, et notamment à Paris, le rouge n'est pas une couleur anodine. Ce n'est pas pour rien si dans le monde de la mode ont parle de "rouge scandale" [couleur utilisée pour définir un rouge à lèvre ou à ongles]."
Farnaz Seifi est une féministe iranienne. Elle vit actuellement en Europe.
C'est aussi la couleur de la provocation, car liée au sexe. Je me souviens que porter du rouge était quelque chose de très rare jusqu'à il y a une dizaine d'années. Si tu en portais, tout le monde se retournait sur ton passage. Avec [Mohammad] Khatami, [l'ancien président réformateur] les choses ont un peu changées. Le voile est devenu un accessoire de mode, plus qu'un symbole religieux, et les couleurs vives sont devenues mettables. Mais si les uniformes d'écolier sont devenus violets, verts, jaunes, il n'en existe pas encore de rouge.
Vous ne pouvez pas aller dans un bureau des autorités gouvernementales avec un voile rouge. On vous en donnerait un noir pour le remplacer. On pourrait même y voir un signe de désobéissance civile. Celles qui sont contre le voile font donc exprès d'en porter un de couleur vive, pour choquer. C'est surtout vrai chez les adolescentes. C'est important pour elles de se sentir attirantes et en Iran, rien n'est plus sexy que de porter des chaussures rouges."
Mark Schumacher, qui vit à Kamakura (Japon), est l'auteur d'un "dictionnaire du Boudhisme et du Shintoisme dans les arts japonais". Il étudie en particulier la symbolique des couleurs.
Renuka Singh est sociologue. Elle vit à New Delhi.
<
Clic au centre du player
pour ecouter la radio !