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Lundi 10 novembre 2008





Bellavia_rugby025_2RUGBY à XIII. Il y a dix minutes à pied et une dalle commerciale entre la résidence HLM qu’ habitent Houtia et Sonia Ben Choug et l’immeuble de dix étages où perche Fatiha Kassous.

C’est dans un autre de ces cubes de béton blême du quartier Empalot à Toulouse que logent les deux autres sœurs, Nabila et Sonia Zagdhoudi.

Calé au sud de la ville, sous le périphérique qui le sépare des ruines d’AZF, le quartier est classé «sensible». En tout cas, il fournit sensiblement le quart de l’effectif de l’équipe de France féminine de rugby à XIII.

Dans les cités, les filles rasent plutôt les murs. Á Empalot, elles les abattent.

Elles sont en ce moment en Australie, au motel Alexandra On The Pacific à Brisabne. Où elles disputent la coupe du monde féminisne de rugby à XIII

«Avec mes semelles orthopédiques, je suis obligée de chausser du 42. C’est pas facile à trouver des crampons de 42» : Houtia fait ses valises quelques jours avant de partir pour Brisbane. Comme les cinq seléctionnées. «Nous ne sommes pas cinq, mais six sur les vingt-et-une titulaires convoquées», corrige Fatiha qui ne veut pas oublier Elise.

Les filles à l'entraînement. Photo: Christian Bellavia

Elise Labrunie joue comme elles au Toulouse Ovalie XIII. Elle a donc gagné avec elles à Carcassonne le championnat de France 2008 contre les filles du XIII Provençal. Elle n’est seulement pas d’Empalot.

Elise habite un studio dans la maison de ses parents dans une rue pavillonnaire du quartier de Rangueil, à trois stations de métro de la dalle. «Elle est tranquille, là-bas», souffle Fatiha. Autre quartier, autres mœurs.

Fatiha, 20 ans,1m58, 52 kilos, joue à l’ouverture. Houtia, 22 ans, 1m71, 66 kilos, pousse à la mêlée. Ce qu’elles apprécient dans le XIII, c’est «la fluidité, la vitesse, les jeux de stratégie». Ce qui les a amenées au XIII, c’est peut-être autre chose.

La première dit avoir tout essayé : le hip-hop, la boxe anglaise, le ping-pong, «des trucs rigolos». Avec le rugby, elle se sent «complètement naze après les entraînements». «En fait, dit-elle, j’ai toujours cherché la dépense physique».

Cette petite dernière de la famille Kassous était réputée «fragile» quand elle était enfant. Même sa mère ne dit plus ça depuis qu’elle est rentrée à la maison, un jour, avec un cocard noir à l’œil, le genou en compote un autre jour et deux fois le nez cassé, plus tard.

Houtia, elle, a pratiqué l’athlétisme avant de venir au rugby. Le lancer de poids notamment. Ce sont deux jeunes élégantes qui racontent ce parcours. Elles sont étudiantes aujourd’hui. L’une concierge remplaçante à l’office HLM, l’autre femme de ménage chez les particuliers pendant l’été. Dures aux coups et à la tâche. Soit l’ordinaire des filles qui veulent sortir de la cité ou au moins ne pas la laisser aux garçons.

«C’était une Mégane rouge. Rouge bordeaux», se souviennent-elles.  Cette voiture Renault qui klaxonnait le mercredi au pied des immeubles est celle de Francine Menny, la CPE du lycée Berthelot qui les amenait aux entraînements au stade Struxiano.

Cette chef-surveillante venait de Villeneuve-sur-Lot, à la pointe ouest de l’aire géographique où se joue le rugby à XIII. Elle avait appelé au lycée à la constitution d’une équipe féminine. Fatiha est allé voir. Elle était alors en 4ème. Son enthousiasme ne s’est pas émoussé depuis.

«Je n’ai simplement plus peur du tout de monter au placage», dit-elle. Houtia l’a rejointe en 2006, avec sa sœur. Puis Sonia et Nabila. Francine la CPE ne les amène plus à Struxiano. Elles y vont par la ligne B du métro et le bus 27. «Ou bien avec les copines qui ont le permis».

Les copains du club informatique d’Empalot leur donnent aussi un coup de main quand il s’agit de monter des dossiers sur Internet. Le club de cuisine leur prépare les gâteaux quand le Toulouse Ovalie veut recevoir. C’est le club de prévention du quartier qui a fait l’avance des premiers frais de cette aventure en coupe du monde.

«Pour une fois qu’on parle d’Empalot autrement que par les voitures qui y brûlent, le quartier se sent valorisé, observe l’éducateur Arnaud Lecuiller. Ça fait même bouger les représentations entre filles et garçons. Ils ne le disent pas comme ça, mais les gars sont fiers qu’elles aillent en coupe du monde». Ce n’est pas le moindre mur qu’elles auront fait tomber.

La Fédération française de rugby à XIII n’est pas bien riche. Elle est pingre dès qu’il s’agit de ses éléments féminins. «Soit nous pouvions payer les 2000 euros chacune que cette participation allait nous coûter, soit nous restions à Toulouse et c’est une remplaçante qui partait», digère à peine Houtia.

Au premier stage après la première sélection en avril, il a fallu payer une première échéance de 300 euros. «Ça nous a mises sur la paille», note Fatiha qui y a laissé tous les gains de ses travaux d’été. La seconde échéance a été couverte par le club de prévention d’Empalot qui n’avait jusqu’alors jamais entendu parler d’elles.

L’éducateur Arnaud Lecuiller travaille aujourd’hui à obtenir des financements de le Mairie, du Département et de la Région. Tisséo, le métro toulousain, a déjà payé les T-shirts, Décathlon promet des rabais sur les équipements.

Les filles vont elles-mêmes chercher les sous dans toute la ville. Comme à l’interception, avec les dents ou le cœur au ventre. Elles viennent de décrocher 13.000 euros grâce au bar du Cardinal qui a fait la promotion du Toulouse Ovalie. «Ici, la vie ne te donne que ce que tu lui prends», commente ce buveur de café de la dalle d’Empalot.

Le test-match pour l’ultime sélection s’est déroulé le 7 juillet dans le Tarn à Lescure d’Albigeois contre les Anglaises de Widness. «On a perdu, admet Fatiha. Mais on s’est drôlement bien battu». En conclusion de ce test, ce sont 9 filles du Toulouse Ovalie qui sont parties en Australie.

Elles ne se contentent d’ailleurs plus du petit stade Struxiano. Les garçons de l’historique Toulouse Olympique XIII leur prêtent maintenant leurs installations du stade des Minimes.

En attendant qu'elle y reviennent, ces garçons tâchent de suivre ce qu'elles font en Australie. Les stars du XIII à Toulouse, ce sont elles.


 

Par GLv. -  http://www.libetoulouse.fr/

Publié dans : Infos du Monde - Communauté : La communauté pédagogique
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