Moment de joie et de surprise
pour les enfants, pas d’école ce matin : alors que nous avions programmé une réunion avec la population pour la mise en place de l’adduction d’eau potable, nous apprenons que c’est un bâtiment
du premier cycle qui est réquisitionné pour nous accueillir.
Les locaux de la mairie, que nous utilisons d’habitude, sont occupés. Dans une cour ombragée, 3 bâtiments sont alignés, murs de béton, toits de tôles ondulées, les fenêtres ouvertes, juste des volets métalliques que l’on ferme le soir. Sous le soleil du petit matin l’ensemble respire le calme propice à l’étude et la réflexion. Pas de bruit de véhicules, le premier axe goudronné est à 45 km. Seuls les femmes qui pilent le mil, les cris des merles métalliques ou le braiment d’un âne troublent par moment le silence.
Impossible de repousser
cette réunion, le sujet est de la plus haute importance pour la population, il s’agit de décider de l’emplacement définitif des bornes fontaines (points de distribution d’eau dans les quartiers).
La règle est de laisser le maximum de liberté aux responsables des quartiers avec juste comme principes d’être techniquement possible, et généralement ça l’est toujours, mais surtout que la répartition des bornes fontaines soit équitable. Je ne parlerai pas aujourd’hui des discussions entre les hommes et les femmes, entre le maire et ses adjoints, entre notre équipe et la mairie, et la chefferie traditionnelle qui a aussi son mot à dire…. mais de ce que nous découvrons en investissant cette école.
D’abord la décoration, les dessins
peints sur le mur sont d’une grande simplicité qui les rends beaux, les tons ocre, blanc, crème, patinés par le temps et la poussière de l’harmattan ont un petit aspect vieillot que l’on s’attend
à trouver dans une école communale du siècle avant-dernier.
Ensuite le tableau noir. D’abord sur la droite, les effectifs de la salle que nous occupons. Le nombre d’élèves de la classe est de 101, 44 garçons et 57 filles. C’est à la fois beaucoup et peu quand on sait que la moyenne au Mali dépasse les 100 élèves et que des records à 300 élèves ont été notés dans certaines classes. Comment s’y prend l’enseignant ? J’avoue que j’ai du mal à imaginer ça. Et alors que l’on s’insurge, à juste titre, devant les classes de 36 élèves en France (car il nous paraît difficile d’y délivrer un enseignement de qualité), on est en droit de se demander comment un enseignant malien peut bien y arriver.
En bas du tableau, les redoublants, 29 au total. Tous les élèves sont présents. A gauche, la leçon du jour : éducation civique et morale. Le cours est en français (langue administrative) et en bambara, la langue nationale parlée à 70 % au Mali : «Je déclare ce que j’ai ramassé et je le rends à son propriétaire.»
A la porte, un seau et quelques canaris (grandes poteries de terre cuite façonnées à la main généralement par des femmes ) permettent de se laver les mains et de se rafraîchir. Une borne fontaine est prévue pour l’école, la gestion en sera confiée à l’association des parents d’élèves, nous laisserons aux enfants le soin d’en assurer la propreté.
Pour fixer les idées, les enquêtes
ELIM 2006 (enquêtes légères intégrées auprès des ménages) nous apprennent qu’au Mali 48% de la population a moins de 15 ans, donc est scolarisable en théorie. En 2006, 67% de la population de
plus de 6 ans n’avait jamais mis les pieds dans une école. Le taux net de scolarisation au primaire est de 46,6% et 15% des ménages habitent à plus d’une heure d’une école. Ces taux varient
autant d’une région à l’autre que d'un quartier à l'autre dans Bamako. On se rend compte alors qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour favoriser, améliorer l’accès à l’école…
(Photos : Ecole premier cycle de Doumanaba dans le cercle de Sikasso au Mali)
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