Jeudi 20 novembre 2008
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On célèbre ce jeudi la Journée internationale des droits de l’enfant. À cette occasion, Aujourd’hui l’Inde est allé à la rencontre de Pascal, un éducateur français qui accueille une vingtaine
d’enfants des rues. Reportage à New Delhi.
Samir n'a que quatre ans, mais il vit sans ses parents. Incapables de subvenir à ses besoins, ces derniers l'ont confié à Pascal Fautrat, le directeur du foyer d'enfants Chaya basé dans
le Sud de la capitale indienne.
Cet éducateur français a recueilli 20 garçons âgés de 4 à 16 ans dans une petite maison de Malvya Nagar. Issus de familles très pauvres ou décomposées, ils étaient complètement livrés à
eux-mêmes. Il a créé
Chaya en août dernier pour leur éviter de vivre comme beaucoup d'autres petits Indiens : dans la rue ou
dans des foyers surpeuplés.
Il y a encore quelques années, Pascal Fautrat n'aurait jamais imaginé fêter ses 37 ans en Inde. Il travaillait pour la protection judiciaire de l'enfance en région parisienne. L'envie de découvrir
ce pays est venue en regardant
Devdas, un film de Bollywood.
"Je ne connaissais rien à l'Inde, j'ai trouvé cela super-glamour, passionnant, c'était un nouveau monde qui s'ouvrait à
moi", se souvient-il.
Subjugué, il part visiter les studios de cinéma à Mumbai. Mais le pays qu'il découvre est bien moins enchanteur que celui de
Devdas.
"En sortant de l'avion, j'ai failli marcher sur un
gamin qui dormait sur le trottoir. Cette image m'a poursuivi pendant tout mon séjour". Ce souvenir hante toujours Pascal à son retour en France. Il multiplie les recherches et décide de
retourner plusieurs fois en Inde pour comprendre la réalité des enfants des rues.
L'Inde détient le record du monde du nombre d'enfants abandonnés. À New Delhi, entre 100 000 et 500 000 jeunes Indiens survivent dans les rues, selon le haut-commissariat aux réfugiés. Ils sont
victimes de violences régulières.
"Ce sont des défouloirs à poivrots", lâche Pascal.
"Les enfants des rues sont considérés comme des chiens abandonnés".
Leur sort n'est guère plus enviable s'ils sont recueillis par la Police. Quand ils ne sont pas confiés à des ONG, les enfants sont envoyés dans des foyers gouvernementaux. Difficiles d'accès, ces
maisons ont la réputation d'être surpeuplées et insalubres.
"Ce sont des enfants élevés en batterie, des boîtes de petits pois rangés dans des hangars", selon Pascal. Et de citer le récent
rapport de la Commission Nationale de la Protection des Enfants qui dénonce le foyer gouvernemental de Narela où 110 enfants
"vivent comme des animaux".
Écoeuré par cette situation, le Français décide de franchir le pas. Après une rupture amoureuse plus rien ne le retient en France. Il vend son appartement parisien, s'engage à New Delhi comme
volontaire auprès de l'ONG
Deepalaya et prend des cours intensifs d'hindi.
Au bout de plusieurs mois, Pascal obtient le soutien de l'association pour réaliser le projet qui lui tient à cœur : fonder une structure d'accueil à taille humaine.
"Je ne voulais pas
travailler dans une usine, l'idée était de faire une famille", dit-il. Pari tenu ! Le foyer a tout d'une maison familiale avec ses trois petits dortoirs et ses salles de jeux. Des éducateurs
veillent sur les jeunes garçons. Dès leur sortie de l'école, des volontaires se relaient pour jouer ou faire de la musique avec eux. Comme un père, Pascal fait des câlins et donne des
punitions.
Elles ne sont pas rares. Certains enfants s'entêtent à voler le personnel du foyer, qui reste sur ses gardes. Toutes les nuits, des surveillants visitent les dortoirs. Ils écrivent un compte-rendu
détaillé de ce qui s'y passe et s'assurent que les enfants ne se font pas de violence. Pascal doit aussi gagner la confiance des habitants du quartier, qui ne voient pas toujours d'un bon œil un
homme blanc s'occuper d'enfants délaissés par leurs parents.
Pour subvenir aux besoins des enfants, Pascal a créé une fondation en France et
un programme de parrainage. Huit
enfants attendent toujours un parrain. Grâce aux fonds obtenus, il souhaite offrir aux enfants la meilleure éducation possible. Son objectif : démontrer qu'il n'y a pas de fatalité pour les enfants
des rues :
"Le projet politique de Chaya, c'est d'être capable de produire nos premiers ingénieurs et universitaires dans 5 ans".
Par Morgan Poulenc - http://www.aujourdhuilinde.com/