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Mercredi 26 novembre 2008





Atteinte d'un cancer, une mère a choisi la famille qui accueillera ses quatre enfants après sa mort.










Un dernier Noël et s’en ira. Marie-Laure, une mère de famille de 36 ans, a appris courant avril 2008 qu’elle était atteinte d’un cancer du foie. Au fil des Irm et autres chimiothérapies, un cancer généralisé fatal à court terme s’est profilé. Dès l’annonce faite par son cancérologue, Marie-Laure s’est mis en tête de placer ses quatre enfants dans une famille d’accueil de son choix. «Il est hors de question qu’ils partent à Orléans, pour un village d’enfants. Je veux qu’ils conservent leurs copains d’école, leurs amis, tous les gens qui leur sont proches. C’est après mon départ qu’ils en auront le plus besoin», plaide-t-elle.


Cette ancienne salariée d’une entreprise de reliure devenue mère au foyer reçoit dans sa maison ouvrière de Puiseaux (Loiret). Ici, tout respire la simplicité. Un mobilier en Formica, des jouets en grappes, un cendrier gorgé de mégots, des photos de famille et des post-it sur le buffet… Et des va-et-vient incessants d’amis, de voisins. «Vous voyez, ça vit, ça remue ici !», s’amuse Marie-Laure. Puis, le sérieux reprend le dessus. Il y a «la paperasse» à gérer. «Vendredi matin, j’étais aux pompes funèbres pour régler mes obsèques», précise-t-elle sous le regard de Cécile, sa «secrétaire sangsue», parraine de l’un de ses enfants. C’est le père de famille qui règlera la note. Ce dernier, chauffeur poids lourd de profession, semble dépasser par les événements. Marie-Laure s’en est séparée en juin, pour «avoir le temps et l’énergie» de s’occuper d’elle et de ses enfants. «Le père a accepté et signé une délégation d’autorité parentale», indique Isabelle Raoul, l’avocate de Marie-Laure qui doit déposer une requête auprès du juge des affaires familiales. «Nous avons bon espoir». De son côté, le conseil général du Loiret, qui avait d’abord répondu défavorablement à cette demande exceptionnelle de placement, est en passe de trouver un arrangement. Dans une note adressée à Libération, la direction du service enfance-famille fait le point: «Confronté à une situation familiale difficile à Puiseaux, le conseil général du Loiret a trouvé une solution en concertation avec les parents (…) Le département procède actuellement à l’agrément d’une assistante familiale afin que la fratrie ne soit pas séparée, et qu’ils restent vivre à Puiseaux». Valérié Piniès et son compagnon, déjà famille d’accueil pour des jeunes placés par le ministère de la justice, devraient donc prendre le relais. S’ils sont, aujourd’hui, enthousiastes à l’idée de conserver presque intacte cette fratrie, ils se souviennent de leur récente surprise: «Nous avons accueilli la proposition avec étonnement. Nous savions que cet engagement nous conduirait jusqu’à la retraite, mais l’investissement en vaut la peine, même si nous savons qu’une fois leur mère partie, nous allons devoir affronter des questions lourdes. Ça va être dur pour eux…».


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Ces questions enfantines, Marie-Laure y est déjà confrontée. Elle rapporte la plus douloureuse d’entre elles: «Ma fille Julie, âgée de 11 ans, m’a demandé si je serai toujours là pour son anniversaire qui a lieu en mai. Je lui ai répondu par la négative. Elle s’est mise à pleurer, pleurer… J’en ai encore les boules». Thibaud, son fils de 8 ans, traduit ce malaise par des colères cinglantes. Matthieu, 5 ans, est le seul à prendre les choses positivement. Il l’a confié au fils de Valérie, un copain: «Dès que maman est morte, je viens habiter chez toi!».
Acculée par le calendrier et malgré un récent avis médical qui laisse entrevoir une fin de décembre hypothétique, Marie-Laure mise tout sur le dernier Noël des enfants. «Je ne peux rien leur refuser ce coup-ci». Pour y arriver, elle a vendu sa voiture et allongé 1790 euros de cadeaux. En attendant cette ultime échéance, elle continue ses rallyes de chariots dans le supermarché du coin en compagnie de son amie Cécile, sous l’œil surpris de la clientèle. «Mon entourage trouve mon attitude impressionnante», reconnaît-elle. «Je suis la seule à avoir cet état d’esprit». Un dernier caprice légitime, dont elle espère la concrétisation rapide – «le temps joue contre moi» - serait de passer trois jours à EuroDisney, en famille. «C’est dingue, j’ai encore des projets et pas du tout l’impression d’être malade à ce point. Un peu de fatigue, mais rien de plus», relève-t-elle. Et si Mickey n’est pas au rendez-vous, Marie-Laure prépare une dernière farce à ses bambins: «Je vais enregistrer une cassette que l’on diffusera à l’issue de mes obsèques. Ça dédramatisera les choses…».
Matthieu, du haut de ses 5 ans et qui s’excuse d’avoir oublié de demander au père Noël «une maman toute neuve», s’interroge toujours sur les motivations de sa mère: «Mais quelle idée de mourir».



Par Mourad Guichard - http://www.liberation.fr/

Publié dans : Infos du Monde - Communauté : Infos Santé
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