

Mercredi soir, à la tombée de la nuit, plus de mille étudiants et professeurs de Jamia Millia Islamia se concentrent sur les pelouses de l'université, une bougie à la main. Parmi la
foule, des étudiantes musulmanes voilées, des étudiants étrangers et des familles. Tous se recueillent en silence au son de chants de paix. Au premier rang, le corps enseignant et la direction
de Jamia Millia, le visage sombre. Pas de panneau, pas de slogan ni de cris. La colère et la douleur sont intériorisées.
Pour écouter le témoignage d'étudiantes de Jamia Millia, cliquez à droite de cet article.
Lors des attentats de New Delhi en septembre dernier, Jamia Millia avait été pointée du doigt. Parmi les suspects arrêtés se
trouvaient des étudiants de cette université. En plein ramadan, les étudiants de Jamia Millia s'étaient alors rassemblés lors de plusieurs "marches pour la paix et l'harmonie entre
les communautés".
Par la suite, la décision de l'université de payer les frais d'avocats aux deux étudiants suspects avait été vivement critiquée, notamment par les nationalistes hindous du BJP pour qui cette
aide est "atroce, anti patriotique et choquante". La démission du vice-président de l'université, le Professeur Mushrul Hasan avait même été demandée, mais ce dernier avait refusé.
Cette université publique, à majorité musulmane, accueille 14 000 étudiants de toutes les religions. Par exemple, plusieurs fois par jour, les étudiants et le personnel musulman se retrouvent
sur l'une des pelouses de l'université pour la prière. Dans le département de Mass Communication, les musulmans sont minoritaires, mais pendant le ramadan, ils ont organisé un dîner
pour la rupture du jeûne avec tous leurs camarades. Selon Sheeba, étudiante en journalisme à Jamia "on trouve ici une diversité culturelle et religieuse unique : vous pouvez croiser une
jeune femme portant la burqua marchant à côté d'une fille en jean-baskets".
Pour cette jeunesse éduquée issue de la classe moyenne indienne, l'islam demeure une religion de paix et d'amour. Pendant que les étudiants de Jamia se recueillaient, d'autres grands rassemblements avaient lieu à Mumbai et
à New Delhi, où les manifestants n'ont pas manqué de remettre en cause gravement la compétence de leurs hommes politiques. "Manifestation interdite aux chiens et aux hommes
politiques", pouvait-on lire sur une pancarte.
Par Mani Singh - http://www.aujourdhuilinde.com
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