Dernière étape avant leur destination finale, l'Inde restera gravée comme la plus longue et la plus pénible dans la mémoire de Mathias et Céline. Depuis deux mois, ce couple suisse fait des pieds
est des mains à New Delhi, afin d'obtenir l'autorisation pour leurs deux ânes, toujours retenus en quarantaine à la frontière pakistanaise, de fouler le sol indien.
"On n'est pas entendus, personne ne veut assumer la responsabilité de notre cas" déplore Mathias. Calme mais visiblement usé par l'affaire, cet osthéopathe de 33 ans raconte comment,
depuis son arrivé avec sa femme Céline à la fameuse frontière "Wagah" indo-pakistanaise, au Penjab, les autorités indiennes les font tourner en bourrique.
"Je suis arrivé à New Delhi le 27 janvier après avoir consulté les autorités indiennes à Amristar qui m'ont assuré qu'il fallait me rendre dans la capitale indienne afin de remplir un
formulaire pour l'importation d'objets rares", raconte t-il.
Commence alors un véritable parcours du combattant pour Mathias et sa conjointe. "On s'est rendu au ministère de l'agriculture où on nous dit qu'il fallait aller à la DGFT (directorat
général pour le commerce extérieur dépendant du ministère du commerce et de l'industrie, ndlr). Après être passés par une vingtaine de bureaux, on a finalement obtenu le formulaire qu'on
nous a dit de remettre au ministère de l'agricultur".
Depuis, le dossier est au point mort. "On nous dit de rappeler plus tard, que personne n'est disponible", déplore Céline. Pourtant, en "faisant du forcing", son mari et elle ont
même réussi à obtenir une audience avec Sharad Pawar, le ministre indien de l'Agriculture lui-même. En vain. "Après nous avoir écouté attentivement, il a rédigé une lettre donnant des
directives à son ministère. Depuis personne, pas même son secrétaire personnel, n'accepte de nous recevoir", raconte Céline. "On est dans un cul-de-sac ".
Avant le cauchemar indien, c'était pourtant un rêve qui se réalisait depuis deux ans pour Céline et Mathias. "On se connaît depuis qu'on a 16 ans et déjà à l'époque on voulait faire ce voyage.
Mais on était encore juste amis. Ce n'est que huit ans plus tard qu'on s'est retrouvés, qu'on est tombés amoureux et qu'on a décidé de tout lâché pour rejoindre l'Himalaya –et même la Mongolie
initialement- à pieds", raconte Mathias. Parti le 12 mai 2007 d'Yverdon, en Suisse Romande, le duo a traversé une douzaine de pays,
accompagné de leur chien et de deux ânes, Skeder et Karma , acquis en chemin.
Plus que les deux ans de marche, ce sont les deux mois de voyage de bureaux ministériels en ambassades qui ont épuisé le couple, désormais particulièrement remonté contre l'Inde. "Dans chaque
pays qu'on a traversé on n'a eu aucun problème. Au Pakistan, les responsables de la douane nous ont dit de poser notre tente et nous ont invité à boire un thé. En Inde ça a été un gros choc,
c'est le pays le plus violent qu'on a traversé. On a eu beaucoup de peine".
D'autant que les deux voyageurs, qui assurent prendre toutes les précautions nécessaires, estiment avoir été trompés par l'ambassade d'Inde à Islamabad avant d'arriver à Wagah avec leurs bêtes.
"Il nous ont dit que c'était à la douane de décider alors qu'il aurait fallu préparer les documents à l'avance", raconte Mathias. "Si on avait su, on aurait jamais passé la
frontière", ajoute t-il.
Mathias et Céline continuent d'espérer un dénouement rapide à leur situation pour pouvoir atteindre le Népal, leur destination finale. Le couple souhaiterait ensuite organiser des conférences dans différents pays d'Europe pour partager leur expérience et se lancer dans l'asinothérapie, une forme de thérapie dans laquelle l'âne est utilisé pour faire le lien avec l'homme. Encore faut-il que l'Inde donne son feu vert pour libérer Karma et Skeder.
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