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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /Juil /2009 08:57









« Passe ton stage d’abord ! », tel pourrait être le nouveau slogan scandé par une multitude d’étudiants à l’instar du bac tant le stage est devenu, en l’espace d’une décennie environ, le passage obligé pour intégrer un marché du travail figé et plombé voire a priori inaccessible pour une bonne part de la jeunesse, en ces temps de crise. On dénombre, d’après les sources du Conseil Economique et Social de 2005, 800 000 stages réalisés chaque année, à tel point que les universités, centres de formation ou même les grandes écoles intègrent dans les cursus proposés un stage dit « obligatoire ». Ainsi près de 90 % de diplômés de niveau bac+4 auraient effectué au moins un stage à l’issue ou au cours de leur formation. Pour autant, peut-on en déduire que ces entrées passagères dans le saint des saints des entreprises soient une garantie en terme de réussite, succès et/ou possibilités d’insertion optimisées ? Rien n’est moins sûr…
 
Tout dépend bien entendu de la nature, de la qualité et des responsabilités confiées au jeune en question, lesquelles sont clairement indiquées dans une convention légale tripartite, établie entre l’employeur, le stagiaire et le centre de formation. Par ailleurs, près d’un recrutement sur trois, soit 31 %, se fait par le biais de stages et près de 70 % des nouvelles recrues chez l’Oréal y avaient déjà fourbi leurs armes à titre de stagiaire. A première vue, il apparaitrait donc que le recours efficient aux stages constitue un bon outil en matière de perspectives professionnelles alléchantes, à condition que celui-ci se déroule dans de bonnes conditions. Ces périodes d’apprentissage sont même désormais reconnues comme une méthode de pré-recrutement dans les entreprises.
 
Pour autant, l’envers du décor laisse entrevoir de nombreux abus voire des carences juridiques en terme de droit du travail, précisément quant à l’éventuelle embauche de stagiaires. En effet, la convention de stage reste obligatoire et doit comporter de nombreuses mentions mais rien n’oblige par exemple l’employeur à verser une rétribution pour les stages de moins trois mois ou à respecter les clauses mentionnées par le biais de lois coercitives. Seuls deux dispositions légales règlementent les stages  étudiants : l’article L-412-8 du Code de la Sécurité Sociale qui concerne la couverture des accidents survenant pendant la période de stage et l’article 8 de la loi du 31 mars 2006 sur l’égalité des chances complété par un décret du 31 janvier 2008 qui fixe la gratification à un montant minimum de 398,13 euros pour les stages de longue durée*. Résultats : nombreux sont les étudiants ou jeunes diplômés, victimes de patrons peu scrupuleux, cherchant à exploiter une jeunesse avide de succès, soucieuse de son avenir professionnel et consciente de l’état de précarité dans lequel elle se trouve plongée, et prête à tous les sacrifices pour conquérir la sacro-sainte quête du Graal, à savoir décrocher un emploi. D’autant plus que 23 % des jeunes actifs sont au chômage et appartiennent donc à la frange de la population active la plus durement touchée et la plus fragilisée.
 
Ceux-ci constituent alors en ce sens une véritable manne, pour escrocs en mal de business, entreprises en mal de variables d’ajustement en ces temps si aléatoires, et universités ou établissements supérieurs en mal de subventions. En ce qui concerne les écoles – principalement les écoles de commerce - elles ont trouvé un filon sûr et porteur, pour attirer les futurs étudiants ou….chalands… En outre, des universités « vendent » des cursus sans débouchés autres que des stages, dans le seul but de fabriquer des statistiques avantageuses en terme d’effectifs ; ce qui leur permet de se voir octroyer des subventions de l’Etat plus que généreuses. Sans oublier ces jeunes demandeurs d’emploi, faux étudiants, mais victime du chômage, qui à défaut de trouver un poste, finissent par se réinscrire à l’université en vue de décrocher un stage et de bénéficier des atouts de la sécurité sociale étudiante. Quant aux entreprises, parmi les 100 plus gros recruteurs de cadres, la Société Générale, par exemple, proposait 5 000 stages de longue durée (plus de trois mois) pour un recrutement de 1400 jeunes diplômés avec statut de cadre et salariés.
 
Aussi, la formation seule désormais reste insuffisante pour espérer une première embauche puisque l’expérience professionnelle est impérativement requise, d’où l’obligation de s’ouvrir une trajectoire grâce au stage, ultime appui. En conséquence, le stage n’est plus seulement, si l’on peut dire, une forme de bizutage admis par tous mais surtout un marché juteux dont les acteurs de la formation et du recrutement se taillent la part du lion. Agences intérims ou cabinets spécialisés dans la recherche et le recrutement de stagiaires, forums et salons organisés, abondent massivement sur cette niche du marché de l’emploi. Et du stage à l’emploi déguisé, il n’y a qu’un pas que certaines sociétés n’ont pas hésité à franchir. C’est d’ailleurs par ce recours que des stagiaires sont désormais recrutés pour embaucher à leur tour d’autres stagiaires ou que d’autres personnes, trop angoissées à l’idée de perdre une année d’étude supérieure, refusent de se rebeller, trop souvent par peur des représailles ou de subir un mauvais départ dans leur parcours professionnel. L’occasion est souvent trop belle pour une minorité de dirigeants peu orthodoxe et peu respectueuse des règles en raison d’un flou juridique béant : absence d’une véritable législation, non paiement de charges salariales et patronales, possibilité d’user d’une main d’œuvre bon marché très qualifiée et recrutée sur des critères de sélection identiques à ceux d’un salarié, payée à moins 30 % du SMIC voire pas du tout sur des périodes de moins de trois mois, malléable et corvéable à merci puisqu’elle ne peut se faire représenter par un syndicat ou par un inspecteur de la Direction du Travail et de l’Emploi, de part l’absence de son statut de salarié et de sa présence dans les effectifs de l’entreprise.
 
Ce fut notamment le cas de David, 29 ans, diplômé en Physique-Chimie et doté d’une formation obtenue dans une prestigieuse école de commerce à Paris, en conflit actuellement avec l’un des mastodontes de la finance française. Embauché dans un premier temps, en qualité de stagiaire Conseiller Financier pour les Entreprises pour une durée de 6 mois, David a vu son stage se proroger deux fois pour une durée de 4 mois pour enfin se solder par un CDI avec une période d’essai de 6 mois….Soit au total 20 mois à l’essai………pour être licencié à l’issue de la période probatoire ! Evidemment, David n’est pas la seule victime de ce type de stratagème employé. Cela dit, cet épisode demeure pour lui très douloureux et il n’en reste pas moins amer et inquiet quant à son avenir. Pour tenter de pallier à ce grand et profond sentiment d’injustice, David n’a pas hésité à se porter au Conseil des Prud’hommes. Pour autant, cela ne l’empêche pas d’éprouver un grand sentiment d’échec et de culpabilité, sans occulter le fait qu’il lui est nécessaire de réunir un maximum de preuves, hélas difficiles à obtenir dans un contexte d’omerta. A cela se rajoute des frais financiers importants et péniblement assumés pour un jeune diplômé, sans parler des risques juridiques lourds.
 
C’est pourquoi, David s’est rapproché de Génération Précaire afin de bénéficier d’un bon soutien. Génération Précaire est né en 2005, à la suite d’une grève spontanée et diffusée sur le net début septembre. L’objectif de ce mouvement consiste à dénoncer une situation intolérable : celle d’un véritable sous-salariat toujours disponible, sans cesse renouvelé et sans aucun droit. Un réseau de stagiaires, révoltés par ce constat, est aujourd’hui construit et actif. Ce lobby, depuis, se mobilise ardemment pour sensibiliser d’une part la population et d’autre part pour proposer des solutions en vue de mettre fin à ces abus. Actuellement, le procès de David est essentiel pour ce collectif puisque pour la première fois un stagiaire traduit l’un des géants français du cac40 devant la juridiction des Prud’hommes pour emploi déguisé. Un immense défi s’impose donc à David et au mouvement qui espèrent que cette victoire potentielle fasse jurisprudence pour qu’une véritable législation aboutisse enfin.
Selon David Lyle Boren « les défis vous font découvrir sur vous-même des choses que vous ne soupçonniez pas. C’est ce qui vous grandit et vous pousse au-delà des limites. » Gageons alors que le Droit, cette fois, remportera tous les suffrages car la justice sans force est impuissante mais la force sans justice est tyrannique ! 
 
 
Sandra WAGNER
Rédactrice pour www.melting-actu.com
 
* Désormais la rétribution concerne également les stages d’une durée de deux mois. 

par Sandra Melting Actu  - http://www.agoravox.fr/

Publié dans : Education et loisirs - Communauté : La communauté pédagogique - Par Planète-Eléa
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