Les résultats du bac sont tombés hier. Globalement, ils montrent une moyenne d’obtention « du premier coup » de 78,4%, en progression notable de près de 4 points par rapport à l’an
passé.
Pourtant, malgré le satisfecit et le soulagement général bien compréhensible des familles et des élèves, ils révèlent aussi une inégalité flagrante : si les bacheliers généraux approchent
les 80% d’obtention (avec respectivement, pour la filière S 80,7 % de reçus, ES 76,7 % et L 74,3 % de reçus), les séries technologiques accusent, elles, une baisse de 1,5 point,
à 62,9 % d’admis au bac du premier coup.
Or, par ailleurs, ce sont ces dernières qui accueillent massivement les jeunes issus des milieux les plus défavorisés : en 2004, 42% des bacheliers S étaient des enfants de cadres et
professeurs (32% en série ES, 31 % en série L) pour seulement 24% des enfants d’ouvriers et d’employés. Réciproquement, les filières technologiques n’accueillaient que 15% d’enfants de
cadres et enseignants, contre 44% d’enfants d’employés et d’ouvriers
[1].
Ainsi, on s’en aperçoit, la hiérarchie des résultats au bac reflète exactement une certaine hiérarchie sociale. Double inégalité donc : non seulement les jeunes les plus défavorisés
sont confinés dans des séries peu valorisées pour la poursuite d’études, mais ils ont plus de difficultés dans ces séries à décrocher ce sésame pour l’enseignement supérieur. La combinaison de
ces phénomènes porte ainsi, dans les prestigieuses classes préparatoires aux écoles d’ingénieurs la proportion d’enfants de cadres et d’enseignants à 54%, les enfants d’ouvriers et d’employés
n’étant plus que 14%.
Les faibles résultats sont sans doute dus pour partie à une certaine orientation par l’échec qui se fait en classe de troisième. Réciproquement, il y a une évidente corrélation entre les
excellents résultats de la filière scientifique et l’origine sociale des élèves combinée à la sélection qui est mise en œuvre à l’entrée.
La revalorisation de l’enseignement technologique est l’une des priorités du rapport Descoings, à juste titre car il est l’un des principaux ascenseurs sociaux de l’enseignement. Cependant, il
ne suffit pas de rénover les programmes ces filières, mais il faut aussi et surtout les rendre attractives, pour qu’elles ne soient pas une orientation par l’échec et qu’elles attirent aussi
les « bons dossiers ». Or, comment expliquer aux collégiens et à leurs familles qu’ils auront 20% de chances en moins d’obtenir le bac s’ils optent pour la filière
technologique ? Ces faits se savent extrêmement rapidement aujourd’hui et, au moment de faire le choix de fin de troisième, les classements des établissements sont désormais consultés
avec minutie par les parents d’élèves. Il n’est pas tenable qu’il y ait un tel écart, surtout dans un contexte où la carte scolaire a été supprimée et où les parents ne sont donc plus
tenus d’inscrire comme autrefois leurs enfants dans l’éventuel lycée technologique de proximité ! Si les choses continuent ainsi, gageons qu’en quelques années seulement c’est tout
l’enseignement technologique qui disparaîtra pour cause de désaffection, d’abord des classes de seconde avec option technologique, ensuite des séries du bac technologique et enfin les classes
de BTS et de DUT, lesquelles fournissent pourtant de réelles opportunités d’insertion professionnelle ou de poursuites d’études en cycle ingénieur.
Alors que faire ? Le bac est un examen anonyme et il n’est bien entendu pas question de « pousser » certains élèves plutôt que d’autres. Pour autant, il n’est pas illégitime au
vu des résultats, ainsi que le préconise le rapport Descoings, de revoir les programmes et les exigences demandés aux élèves de la filière technologique, manifestement surdimensionnés
relativement à ce qui est demandé aux élèves des autres filières.
Mais surtout,
il faut que l’enseignement supérieur prenne acte de la difficulté relative à obtenir ces baccalauréats, en mettant fin à la course éperdue aux bacheliers des filières
scientifiques. Il n’est pas normal que les filières technologiques d’excellence que sont les IUT accueillent une minorité de techniciens et que ceux-ci, privés d’orientation, doivent en
conséquence se rabattre dans des filières totalement à contre-courant de leur formation, où ils sont littéralement laminés.
Après tout, les résultats du bac ne montrent-ils pas que le
baccalauréat technologique est le plus difficile à obtenir et le baccalauréat S le plus facile ? On ne peut donc qu’inciter les établissements d’enseignement supérieur à prendre acte de
cette surprenante hiérarchie lorsqu’ils choisissent les meilleurs. A titre tout à fait anecdotique, le système éducatif n’en ressortirait que davantage méritocratique.
par Léon Tartafione -
http://www.agoravox.fr/
[1] Chiffres disponibles sur le site du Ministère de l’Education Nationale