Un collectif de parents adoptants s'est constitué pour réclamer le rapatriement d'urgence des enfants en cours d'adoption en Haïti alors que des associations appellent à ne pas se précipiter. Entretien avec l'un des parents, Eric Ruel.
La directrice de la crèche Notre Dame de la Nativité, samedi 16. Le bâtiment a été détruit par le séisme. (AFP)
Faut-il rapatrier d'urgence les enfants en cours d'adoption en Haïti, premier pays pour l'adoption depuis la France et où certains orphelinats ont été détruits par le séisme? La controverse enfle de jour en jour. D'un côté, les parents adoptants, qui pressent le gouvernement français d'accélérer le cours normal de la procédure pour mettre les enfants en lieu sûr en France. De l'autre, les organisations de défense des droits de l'enfants, dont l'Unicef, qui mettent en garde contre des risques d'adoptions illégales dictées par l'émotion. Jusqu'à Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, qui s'est inquiété ce mardi: «Sous le bon prétexte de sauver des enfants (...) il ne faut pas qu'on soit accusé d'enlèvement».
Une crainte infondée quand l'on connaît les spécificités de l'adoption en Haïti, répondent les parents, organisés en collectif. Parmi eux, Eric Ruel, en cours d'adoption d'une petite fille de
trois ans et demi (sortie saine et sauve du séisme) et qui s'exprime au nom des parents adoptant d'enfants pris en charge dans l'une des 74 «crèches» d'Haïti, Notre-Dame de la Nativité,
totalement détruite par le tremblement de terre.
Quelles nouvelles avez-vous aujourd'hui des enfants de la crèche Notre-Dame de la Nativité?
Sur 126 enfants, 70 sont décédés. Il y a une dizaine de blessés, dont une petite fille sortie des décombres quatre jours après le séisme. Le bâtiment étant totalement effondré, les enfants sont
devant, dans la rue, sans tentes, sans nourriture. Il semble que, grâce à l'alerte lancée par des médias sur place, des secours médicaux soient intervenus. Mais sur l'aspect alimentaire la
situation reste extrêmement alarmante.
Le Quai d'Orsay a annoncé hier mardi que «les enfants haïtiens pour lesquels un jugement a été rendu pourront faire l'objet de transferts vers la France». N'est-ce pas ce que vous
demandez?
C'est très insuffisant, car l'étape du jugement n'intervient qu'en toute fin de procédure. Pour Notre-Dame de la Nativité seuls 20% des dossiers sont concernés. Cette position française est
bien timorée par rapport à celle des autres pays: les Pays-Bas, la Belgique, les Etats-Unis se sont engagés à rapatrier des enfants dès ces jours-ci, et ce quelque soit l'état d'avancement de
la procédure. Pourquoi pas la France?
Les craintes qui s'expriment sur le risque d'adoption mal contrôlée, dans la précipitation, ne vous semblent-elles pas recevables?
Sur le principe si, bien sûr. Nous comprenons aussi que la France, sans doute échaudée par l'épisode de l'Arche de Zoé au Tchad, veuille prendre toutes les précautions. Mais nous sommes ici dans un schéma totalement différent. Pour entendre cela, il faut comprendre la spécificité haïtienne en matière d'adoption. Tout enfant haïtien arrivant dans une crèche, est, dès l'amont du processus d'adoption, confié à une famille lors d'une procédure appelée apparentement. Je précise que ces crèches sont parfaitement agréées par l'IBESR (Institut du bien être social et de recherches, l'organe saisi des dossiers d’adoption, ndlr). Cet apparentement est un acte juridiquement et légalement authentifié devant un juge de paix par l'étape de la «comparution», en présence des deux familles: le famille adoptante et la famille biologique.
Ce qui signifie que tous les parents adoptants se sont rendus en Haïti, j'y suis allé pour ma part début janvier. Lors de cette semaine passée à la crèche, un lien se crée avec les enfants. Les dossiers d’adoption sont d’un point de vue légal, gérés par un avocat haïtien, garant du bon respect de la loi haïtienne tout au long de la procédure, et en collaboration avec la direction de la crèche. Ce que je veux dire par là, c'est qu'en aucun cas il ne s'agit de prendre des enfants au hasard dans la rue en vue d'une adoption potentielle. Chacun des enfants de cette crèche est aujourd'hui reconnu légalement comme apparenté à une famille française. Les preuves existent, les documents ont été légalisés à la fois par la France et par Haïti.
Ces enfants sont tous des citoyens français en devenir, légalement reconnus comme tels par le gouvernement haïtien. Nous considérons que l'Etat a un devoir vis-à-vis d'eux.
Mais les dossiers n'ont-ils pas disparu sous les décombres?
Non, ils ont été heureusement épargnés et sont toujours disponibles et consultables. Toutes les étapes administratives et légales y sont consignées. La directrice de la crèche a confirmé qu'elle les avait encore en sa possession, tout comme l'avocat, il nous l'a affirmé hier encore au téléphone. L'un comme l'autre sont prêts à attester du contenu et de l'avancée des dossiers.
Bien sûr, le processus légal doit suivre son cours, il n'est pas question pour nous de contester cela. Mais nous lançons un appel à parer au plus pressé en faisant venir les enfants dans leur famille d'adoption de sorte que l'on ne les oblige pas à cumuler les traumatismes: l'abandon, le séisme, et maintenant la recherche de survie.
Par CORDÉLIA BONAL - http://www.liberation.fr/
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On en est toujours presque au même point .
Pendant certains de nos enfants dorment encore dehors, sont déshydraté et malnutris.
Et on nous sort encore le même éternel refrain de "l'intérêt supérieur de l'enfant".
Pire c'est nous que nous faisons passer pour des vilains parents allant causer un traumatisme à ces pauvres petits en voulant les arracher rapidement à leur enfer quotidien.
Marre de cette situation.