Ados suicidaires: internet et les réseaux au coeur des interrogations

Publié le par Planète-Eléa

 

 

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COURSAN — Les habitants d'une commune de l'Aude frappée par une série de tentatives de suicide d'adolescents ont rapidement mis en cause Internet et un possible défaut de surveillance parentale, mais différents acteurs ont mis en garde contre les conclusions hâtives.

 

On ignore s'ils se sont concertés, mais certains des quatre jeunes de 15 et 16 ans, élèves du même collège de Coursan, auraient fait part sur Internet de leurs intentions suicidaires avant de passer à l'acte.

Chloé, la première à avoir attenté à ses jours le 17 juin et la seule à avoir succombé depuis, échangeait sur la toile quelques instants seulement avant d'absorber des médicaments.

 

Dans leur incompréhension et leur quête d'explication, les Coursannais ont eu tôt fait de se raccrocher à Internet et aux réseaux sociaux. Dans cette petite localité de 6.000 habitants, les quatre jeunes étaient tous des habitués de ces réseaux.

 

Face à un monde qui leur fait peur, ces jeunes n'ont qu'un "seul lien: c'est Internet et les réseaux sociaux où ils se racontent tous leur vie. Ils sont solidaires entre eux, et quand il arrive quelque chose à l'un d'eux, ils sont perdus", dit le boulanger Robert Dailly.

 

C'est bien pourquoi les parents doivent être vigilants, dit Cyril, le père d'un élève de sixième du même collège. Lui dit avoir un logiciel qui lui permet d'enregistrer ce que fait son fils: "On regarde régulièrement, il est hors de question de laisser faire n'importe quoi. S'il n'y a pas de communication dans les foyers, les parents ne sont au courant de rien", dit-il.

 

Lola, la mère d'une élève, concède ne pas savoir ce que sa fille écrit sur Internet parce qu'elle "refuse que j'aille voir". Si Chloé s'est suicidée, "c'est que quelque chose (n'allait) pas, et Internet n'a pas arrangé les choses", dit Lola.

Dans le malheur qui accable Coursan, les parents ne souhaitaient pas être cités nommément.

Les réseaux sociaux, estime le psychanalyste Jacques Roland, sont "un outil puissant, qui peut pousser à l'hystérisation et faire monter la témpérature. Le sujet peut perdre sa capacité de jugement, d'autocritique et se couler trop facilement dans la pensée commune. Il y a eu un effet de co-entraînement jusqu'à oublier que la mort; c'était dangereux".

 

La justice et la préfecture exhortaient cependant à la prudence. Elles soulignaient la complexité et la diversité des motivations des adolescents suicidaires.

 

Le procureur de Narbonne Bertrand Baboulenne a ouvert une enquête, en soulignant que c'était la procédure devant un suicide. Les gendarmes vont inspecter l'ordinateur de Chloé pour essayer de comprendre, mais, dit-il, de là à envisager un délit d'incitation au suicide...

 

"Ces jeunes étaient en contact sur Facebook" et la mort récente de deux anciens de leur collège, dans deux accidents de la route, a "alimenté des discussions entre ados sur la mort, (mais) ce n'est pas parce que les gamins discutent qu'il y a incitation et nous n'avons pas d'éléments, en l'état, en faveur d'un délit d'incitation au suicide", dit le procureur.

Le chef de cabinet de la préfecture Benoit Huber voit bien que l'intérêt national est lié à la fois à la succession des drames et à la part que pourrait y avoir prise Internet, mais il ne sait pas si le Web "a été un facteur déclenchant ou d'incitation. Nous ne désignons pas Internet comme la cause de cette série".

 

Si les autorités appellent les parents à redoubler de vigilance, "on ne dit pas aux gens: ne laissez plus vos enfants aller sur les réseaux sociaux. Ce serait compliqué et contre-productif", dit-il.

 

Par  Laurent ABADIE (AFP)

Publié dans Infos du Monde

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