Baccalauréat : des mentions très bien à foison

Publié le par Planète-Eléa

 

 

 

 

 

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Près de la moitié des bacheliers ont une mention au baccalauréat général.
Près de la moitié des bacheliers ont une mention au baccalauréat général.

Elles ont été multipliées par vingt en un peu plus de trente ans. 

Le bac vaut-il encore quelque chose alors que les mentions se multiplient comme des petits pains? Près de la moitié des bacheliers généraux a décroché cette année une mention alors qu'à peine 32% des lauréats en obtenaient une en 1967. Mais l'augmentation la plus sensible, c'est celle de la mention «très bien», pour laquelle il faut avoir plus de 16 de moyenne générale. En 1967, seuls 0,3% des bacheliers décrochaient ce sésame contre 7% aujourd'hui!

 

Alors qu'ils avaient autrefois droit à la gloire d'une photo dans le journal local, le nombre de lauréats mention très bien est désormais trop important. Autre conséquence, Sciences Po, qui acceptait les excellents bacheliers sans présenter le concours, ne sélectionne plus qu'un tiers des candidats. «Il faut avoir plus de 16 dans les matières littéraires pour avoir une chance», affirme une recalée. Le sénateur Jean-Louis Masson s'était ému il y a trois ans au Sénat de ces mentions qui foisonnent depuis les années 2000: «Cette inflation ne traduit-elle pas une inquiétante dévalorisation du diplôme?» avait-il demandé. Pour le ministère, cette importante progression ne traduit «nullement une dévalorisation» du bac. Ce postulat ne repose «sur aucune analyse scientifiquement avérée». La croissance du nombre de bacheliers à mention «traduit bien plutôt une élévation du niveau de formation» dans un contexte où le bac n'est plus conçu comme «un diplôme réservé à une élite scolaire».

 

Certes, la seule dégradation reconnue par tous est celle du niveau en orthographe. Mais la réponse du ministère paraît courte. Selon l'étude sur le bac du sénateur UMP Jacques Legendre parue en 2008, l'accroissement des mentions trouve son origine «dans l'existence d'options facultatives assorties d'un coefficient particulièrement favorable». Les candidats peuvent choisir deux options facultatives et seuls les points au-dessus de la moyenne comptent. Pour la première des options, les points supplémentaires sont multipliés par deux ou, s'il s'agit du latin ou du grec, par trois! Les travaux personnels encadrés (TPE) introduits en 2002 au bac et souvent affectés de très bonnes notes jouent aussi un rôle. L'ensemble du système exerce une «pression à la hausse des résultats». Coefficients et options permettent aussi à des bacheliers d'obtenir le diplôme avec des notes faibles dans des disciplines qui sont pourtant au cœur de leur série. Le sénateur estime donc souhaitable de «revenir à une situation où ces options apportaient des points supplémentaires sans que ceux-ci ne soient multipliés». II pointe par ailleurs une forme d'injustice : il est beaucoup plus facile d'obtenir un bac scientifique avec mention très bien qu'avec un bac littéraire, dont les matières sont plus sévèrement notées. De même, les bacheliers technologiques et professionnels semblent abonnés à la seule mention assez bien. «L'égale dignité des filières passe par une convergence minimale», estime-t-il. Autre élément à prendre en compte, les critères de notation ont évolué, selon un professeur de philosophie. Les correcteurs sont invités à utiliser «tout le panel des notes, ce qui était moins le cas auparavant. Certains professeurs refusaient de mettre un 17 à une très bonne copie sous prétexte qu'elle n'était pas parfaite».

 

Le bac est un «véritable examen, pas du tout bradé», affirmait Xavier Darcos, ministre de l'Éducation nationale en 2008. Son successeur, Luc Chatel, fait observer que le bac reste «sélectif»: un nombre significatif d'élèves le ratent chaque année. L'expérience de Vincent Mongaillard est à cet égard significative. Dix-huit ans après avoir réussi son bac sans mention, ce journaliste du Parisien s'est frotté l'an dernier à un bac économique. Cette épopée, qu'il raconte avec humour dans un livre, Repasse ton bac d'abord!, démontre que ce diplôme, que beaucoup jugent «bradé», ne s'obtient pas sans mal. Le journaliste a beaucoup travaillé, appris par cœur jusqu'à l'écœurement des séries de définitions, citations et dates. Il s'est plongé dans les arcanes de la politique monétaire européenne, dans les œuvres de Koltès ou de La Bruyère, a séché sur les mathématiques. Jusqu'au dernier moment, il a douté. Sa mention bien, il l'a décrochée en luttant, avec le lot de stress de tout candidat.

 

 

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