Mercredi 18 novembre 2009
3
18
/11
/2009
06:24
Dans les boîtes de nuit, les photographes professionnels qui proposaient leurs clichés sur papier glacé à 20 euros ont laissé la place à des bénévoles. Ces nouveaux reporters de la nuit font
crépiter les flashs toute la soirée pour alimenter des portails en ligne, sans se soucier outre mesure du droit à l’image. Cela fait peur ? Apparemment pas aux clubbers...
Les sites, comme tilllate.com ou EnjoyAddict.com
proposent aux internautes de retrouver leurs photos de soirée sur la Toile dès le lendemain de la fête. Ils y sont ingénieusement éclairés, retouchés, et photographiés dans des postures
flatteuses. Pour alimenter ces portails de clubbing, les photographes de soirée, totalement bénévoles, doivent accumuler les clichés (Voir le billet à ce sujet sur le blog BienBienBien). Ils gagnent ainsi une réputation dans leur ville, mais aussi des entrées et des consos
offertes par les boîtes de nuit qui voient dans leur activité une publicité facile et gratuite.
Autour de ces sites se tisse aussi toute une communauté de la nuit. Les internautes qui y adhèrent peuvent discuter, envoyer des mails et informer leur réseau de l'endroit où ils prévoient
de sortir. Le droit à l'image est annihilé, puisque les internautes reprennent souvent sur leur propre blog les photos glanées sur ces sites ou s'en servent pour nourrir leur page sur les
réseaux sociaux.
"Les gens nous sautent dessus, c'est assez impressionnant"
Maxime a 20 ans. Étudiant, il est devenu photographe de nuit pour un portail de clubbing cet été. Il a pris les clichés suivants pour le site tilllate.com.
J'ai rejoint cet été l'équipe de tilllate.com à Perpignan. Je travaillais depuis 1 an et demi pour le site d'un ami, et je croisais souvent la chef d'équipe de tilllate.com dans les soirées :
elle parlait de me recruter. J'ai fini par craquer. J'ai tout de suite remarqué les différences de budget : on a des t-shirts, des cartes de visite...
Et comme c'est un site qui couvre les soirées à l'échelle internationale, on a accès aux boîtes de nuit de France, mais aussi d'Espagne. Pour ma part, je n'ai pas eu de formation. Je travaille avec
mon propre appareil photo, un reflex. Le site prête des bridges, sous caution. Il faut fournir un minimum de quatre reportages par mois, sachant qu'on ne peut faire qu'un reportage par boîte de
nuit. Pour ma part, il m'est arrivé de faire dix reportages en une seule nuit : cinq pubs à partir de 22h, puis cinq discothèques de 2h à 5h du matin. Le quota, c'est de faire 40 à 50 photos dans
les boîtes et 20 photos environ dans les bars.
Le lendemain, il faut trier les photos, les retoucher et les mettre en ligne le plus vite possible. Il va sans dire que le week-end, je ne voyais que la nuit. Il arrive que des photographes ne
puissent pas entrer dans les discothèques. Soit parce qu'ils sont trop jeunes (certains ont 17 ans), soit parce qu'il y a déjà beaucoup de photographes à l'intérieur.
Il faut dire qu'il y a des périodes où il y a énormément de reporters photographes. Certains font deux photos, posent l'appareil et profitent de la soirée : l'entrée est gratuite. Et même si c'est
au bon vouloir des barmen, on peut bénéficier de consommations gratuites, alcoolisées ou non. Il ne faut absolument pas être photographe professionnel pour contribuer à ce genre de sites. Il faut
davantage faire dans la quantité que dans la qualité : plus il y a de photos, plus il y a de présence sur le site. Quelques techniques sont imposées : photographier à la verticale pour deux
personnes, à l'horizontale quand il y en a plusieurs. En ce qui concerne les poses, les gens se débrouillent. En somme, on est juste là pour appuyer sur le déclencheur de l'appareil photo.
On ne peut pas prendre de photos sans une autorisation orale. La personne photographiée a aussi la possibilité de faire enlever sa photo du site en envoyant une copie de sa carte d'identité. Ça
passe parfois par le photographe : des gens m'ont déjà demandé de retirer des photos pour des prétextes du style : "Ma copine n'était pas au courant que je sortais..." En général, les gens nous
sautent dessus, c'est assez impressionnant.
C'est arrivé qu'on ne s'en sorte plus, surtout l'été. Les gens font alors pratiquement la queue pour qu'on les prenne en photo. C'est gratuit, ça montre qu'on sort. À présent, j'ai un peu freiné
sur le nombre de reportages, mais j'ai beaucoup aimé cette expérience, surtout pour les
rencontres. Et puis, professionnellement, je me suis découvert et
depuis, je voudrais faire de la photo mon métier."
Par http://observers.france24.com/fr/
Commentaires