"Dans le secondaire, je suis atterré par la demande au niveau des devoirs"

Publié le par Planète-Eléa

 

 

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Après-midi consacré au sport, retour à la semaine de quatre jours et demi... François Testu, spécialiste des rythmes scolaires, professeur à l'université de Tours, a répondu à vos questions.


 

Le niveau moyen des écoliers se dégrade et l'école aggrave les inégalités sociales, dénonce un

Le niveau moyen des écoliers se dégrade et l'école aggrave les inégalités sociales, dénonce un rapport de l'Institut Montaigne, qui propose notamment de revoir les rythmes scolaires (AFP/Gérard Julien)

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Nicole. Est-ce vraiment sérieux de changer encore les rythmes scolaires de nos enfants?
François Testu. Si on se rend compte qu'il y a eu des mesures d'aménagement du temps scolaire qui ne sont pas bénéfiques, il n'est jamais trop tard pour bien faire. Il vaut peut-être mieux faire marche arrière. C'est vrai que ça peut paraître pénible, mais entre une bonne solution et une mauvaise, même si elle est prise après des tatonnements, c'est une démarche de sagesse.

Aubépine. A quels moments de la journée les enfants sont-ils les mieux disposés pour apprendre?
Les enfants sont les mieux disposés pour apprendre dans la deuxième partie de la matinée, avec un pic de performance intellectuelle, de vigilance et d'attention entre 10h30 et 12 heures. Plus l'enfant sera jeune, et plus sont pic de performance se trouvera plus près de 10h30. Il est possible d'observer un deuxième pic de performance pour les enfants plus âgés (10-11 ans), à partir du cours moyen deuxième année, aux alentours de 15h30. Ce qui signifie que dans le cycle primaire, plus l'élève sera âgé, plus on aura de chance de voir une nouvelle reprise d'activité l'après-midi.

Aubépine. la proposition de Luc Chatel de partager la journée avec les cours le matin et l'activité sportive l'après-midi, vous paraît-elle généralisable?
Il s'agit bien d'une proposition et non d'une expérimentation. Pour moi, l'expérimentation sous-entend une évaluation objective des effets de ce nouvel aménagement. Est-ce généralisable? On ne le sait pas encore, puisqu'on n'a pas encore les résultats de cette proposition. Et ce qui m'inquiète un peu dans cette proposition c'est que la journée, normalement, devrait être allégée. Or, avec ce système, elle n'est pas allégée, elle s'étend dans le temps, puisque les enfants sont à l'école de 8h30 jusqu'à 18h30. Avec une pause réduite à sa plus simple expression, vers 13h30. Certes, il y a un changement d'activité, pourquoi pas, mais il ne faudrait pas restreindre au sport cette plage horaire.

C. Le modèle allemand marche-t-il si bien que ça ?
Le modèle allemand a certainement bien fonctionné pendant un moment, tant qu'il y avait de réelles possibilités d'activité après l'école, mais pour de raisons de moyens, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Et le temps libéré n'est pas forcément un temps éducatif. C'est vrai que les Allemands recherchent maintenant des journées pleines.

Djaim. Faut-il augmenter le nombre de semaines de cours par an pour «étaler» le programme sur une plus grande période ?
Dans la mesure où l'on souhaite réduire la journée en durée, et en même temps conserver une régularité dans l'alternance des petites vacances (plus ou moins 7 semaines travail scolaire - 2 semaines de congés), on est obligé à la fois d'étaler le temps dans la semaine et dans l'année. Il est possible de rogner les grandes vacances de trois ou quatre jours sur voire une semaine, mais pas plus.

Novice. La semaine des quatre jours ne semble pas une réussite et certaines municipalités semblent revenir sur ce principe, qu'en pensez-vous?
Je pense que c'est un retour à la raison, on est enfin entendu. Les scientifiques disent depuis plus de quinze ans que mettre en place la semaine des quatre jours scolaires, sans l'accompagner d'activité péri-scolaires, et extra-scolaires, n'est pas un aménagement qui va dans le sens du respect des rythmes de l'enfant, ni d'un développement harmonieux, ni d'un apprentissage rapide.

Preuve en est, nos travaux ont déjà montré que la rythmicité journalière était complément perturbée, désynchronisée, avec une baisse significative du niveau de vigilance. Ce sont surtout les enfants issus des milieux défavorisés, pour des raisons d'environnement géographique, de culture faible, qui sont les plus perturbés par cette semaine de quatre jours.

Nicole. La suppression de l'école le samedi c'est une plutôt une bonne chose, en particulier pour les parents qui ont leur enfants en garde alternée? Qu'en pensez-vous?
Je n'ai pas de réponse à cela. C'est sûr que pour les familles qui sont séparées, si les deux parents ne modifient pas leur mode de vie habituel, c'est difficile, mais ce n'est pas un argument. C'est quand même l'enfant qui prime avant tout. Si les parents essaient de respecter la vie de leur enfants, je ne vois pas en quoi la disparition du samedi de libre est un problème.

Vnz. Ne serait-il pas préférable d'avoir une journée plus «longue» mais plus aérée, avec plus de pauses? Ça permettrait en même temps d'éviter que les élèves soient livrés à eux-mêmes dès 17h.
C'est une autre solution. Si on aménage autour de midi la pause méridienne, et si on rentre un peu plus tard le matin, pour les plus jeunes, et si on pratique en fin de journée des activités peu sollicitantes, pourquoi pas.

Mais je ferais une autre proposition: réduire la durée journalière scolaire, pour laisser la place à des activités organisées péri-scolaires vers 15/16 heures. Ce n'est plus l'école, c'est un système d'activités complémentaires prises en charge par des collectivités, des associations avec des personnels formés, reconnus et sur la base d'une certaine flexibilité. Les parents pourraient récupérer leur enfant, ou le laisser participer à ces activités. Même si ce ne serait pas une garderie.

Djaim. Que pensez-vous des travaux supplémentaires à faire chez soi ?
Je pense que les devoirs à l'école élémentaire devraient se résumer à des leçons, ou tout au plus à une révision de ce qui a été vu dans la journée. Mais on apprend pas pendant les devoirs, si le travail a été fait dans la journée, c'est un simple «rafraîchissement», revoir des notions qui n'ont pas été bien acquises. Et Il faut que les parents en aient le temps, le courage, ces devoirs sont une source d'inégalité. Je les vois uniquement comme une piqûre de rappel, un entretien de la mémoire: une petite strophe à apprendre, une petite gymnastique intellectuelle, mais pas plus d'une demi-heure maximum par jour.

Dans le secondaire, je suis atterré par la demande au niveau des devoirs, cela prend des temps fou. Il y a une réelle nécessité de réflexion sur ce qu'on apprend au collège, au lycée. Dans les pays anglosaxons il n'y en a pas autant de devoirs. Nos pré-ados, nos ados sont fatigables, ils ont besoin de sommeil, de détente. Leurs emplois du temps sont démesurés.

 

Par http://www.liberation.fr

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Publié dans Education et loisirs

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