Grèce : Un marché du travail à l'agonie

Publié le par Planète-Eléa

Des jeunes diplômés aux travailleurs plus âgés qui retrouvent un emploi après une période de chômage, les Grecs doivent accepter des salaires de plus en plus bas.

 

 

Une manifestante pleure devant le ministère de l'Intérieur lors d'un rassemblement des travailleurs municipaux, le 8 juillet 2013.- AFP/Angelos Tzortzinis. Une manifestante pleure devant le ministère de l'Intérieur lors d'un rassemblement des travailleurs municipaux, le 8 juillet 2013.- AFP/Angelos Tzortzinis.

"Beaucoup de jeunes qui nous soumettent leur curriculum vitae pour postuler à un travail sont extrêmement qualifiés. J’ai honte de les lire, surtout quand on sait que parmi des centaines de candidats on doit en choisir un seul !" Les confessions de ce responsable en ressources humaines d’une grande entreprise, requérant l’anonymat, sont symptomatiques.

Il n’est pas le seul dans ce cas. Un jeune diplômé de l’Ecole polytechnique d’Athènes, détenteur d’un doctorat, qui a enseigné quelques mois dans une école technique, fait le même constat, en cachant son identité : "Mon salaire était tellement bas que je me glissais souvent dans la file des étudiants pour manger à la cantine et faire des économies sur mon repas."

Ces deux témoignages projettent une image brute de la réalité du marché du travail actuel. D’un côté, des curriculum vitae très "lourds" et de l’autre un chômage chronique ou de très bas salaires [le taux de chômage était de 27,9 % en juin 2013, contre 24,6 % un an auparavant. Les femmes et les jeunes sont particulièrement touchés]. On repense alors à la "génération 700 euros" [nom donné aux jeunes diplômés au début de la crise, en 2007] avec… nostalgie, car les salaires des personnes employées en ce moment sont généralement inférieurs (et de beaucoup) à 700 euros net.

Toutes les générations touchées

En effet, aujourd’hui, nous pouvons parler de plusieurs "générations 700 euros". Il ne s’agit plus seulement des jeunes diplômés, mais de ceux qui ont la quarantaine ou la cinquantaine et qui ont perdu leur emploi. S’ils en trouvent un nouveau, ils ne peuvent espérer demander plus que 700 euros.

Pour chaque annonce d’emploi, il y a un bombardement de CV. "Quand une annonce est publiée, on reçoit parfois jusqu’à 600 CV en une semaine. Un tiers d’entre eux sont envoyés par des jeunes gens hautement qualifiés, diplômés d’études supérieures, et maîtrisant au moins deux langues étrangères. Concourant pour le même poste, il y a des personnes plus âgées, ayant de plus faibles qualifications sur le papier mais disposant d’une expertise et d’une expérience importantes. Il est très difficile de choisir", explique un gérant de personnel de société. Mais pour toute personne recrutée le salaire est de 600 euros brut. C’est une somme insuffisante aujourd’hui pour répondre aux besoins de base, et surtout en totale inadéquation avec le niveau d’études. Bien entendu, dans de nombreux cas de première embauche à un poste non qualifié, le salaire dégringole à 300 ou 400 euros.

400 euros payés "au noir", c’est ce que touchait Konstantinos Sp, 27 ans, l’hiver dernier, pour huit heures de travail par jour dans un cabinet d’avocat. Diplômé de droit et d’un master effectué en Allemagne, il lui a été très difficile de trouver ce travail. "La contribution sociale de l'employeur est de 150 euros par mois et je dépensais 45 euros en abonnement pour les transports publics. Qu’est-ce qu’il reste pour vivre ? J’ai des collègues jeunes avocats qui travaillent sans compter leurs heures, au bureau jusqu’à minuit, pour gagner 600 ou 800 euros par mois. En fait, ils gagnent moins qu’un ouvrier non qualifié. Malheureusement, le statut d’employé n’a pas été reconnu pour un jeune avocat", dit-il.

"Comment vivre avec un tel revenu ?"

"Quand j’envoie des CV, on me répond par des éloges : 'CV incroyable, doctorat, publications, bravo !' Mais aucune proposition de travail", confie P. K., 30 ans, avec un diplôme d’ingénieur électronique à Polytechnique. Finalement, il a travaillé l’année dernière comme enseignant à l’Ecole des hautes études techniques, puis au deuxième semestre, à temps partiel, à l’Ecole technique de Chalkida [au nord d’Athènes]. Son salaire ? 700 et 300 euros respectivement ! "Ce n’est pas rentable, surtout pour nous les techniciens qui avons une assurance plus chère. La plupart de mes collègues sont déjà partis pour l’étranger."

Georgia, 36 ans, est diplômée de l’Université agricole. Elle possède un master de l’Ecole polytechnique et manie parfaitement trois langues étrangères. Sa déclaration d’impôts affiche un revenu de 5 000 euros par an. "Et c’est vrai, affirme-t-elle, parce que, pour être payée, je fais des factures, j’ai des preuves. Comment vivre avec un tel revenu ?"

Les emplois ont disparu, les salaires chutent. Résultat ? "Il y a quelques années, je percevais 1 200 à 1 400 euros par mois. Au cours des dernières années, mon salaire est tombé à 800 euros. L’année dernière était encore une mauvaise année.

Vu mes études, et compte tenu de la technologie que j’utilise, je devrais être payée beaucoup plus. Mais où trouver une telle somme ?"

Malheureusement, la réalité du salaire minimum concerne de plus en plus les personnes plus âgées, et pas seulement les jeunes. P. S., qui a travaillé pendant plusieurs années dans le secteur de l’impression, touchait 1 500 euros environ. Il a été licencié et il est resté un an et demi au chômage. Aujourd’hui, il a trouvé un travail à 650 euros, brut…

 

Par http://www.courrierinternational.com

Publié dans Infos du Monde

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