Inde : Ces immolés dont personne ne parle

Publié le par Planète-Eléa

 

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Lorsqu'on parle de personnes qui s'immolent par le feu pour défendre une cause, c'est aux moines tibétains et à la Chine que l'on pense immédiatement. Pourtant, ces six derniers mois au Telangana, en Inde, ce sont entre 100 et 200 personnes qui se sont sacrifiées de cette manière. Eux aussi demandent l'autonomie de leur région, mais leur cause ne trouve aucun écho à l'étranger.

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Photo : Jessica Bachman.

 

Le 20 janvier 2010, Venugopal Reddy, 23 ans, étudiant en dernière année de master d'informatique, s'asperge de pétrole et s'immole sur le campus d'Osmania à Hyderabad. Dans une lettre, l'étudiant demande le détachement immédiat de la région de Telangana de l'Etat d'Andhra Pradesh, le plus grand d'Inde.

Les séparatistes du Telangana pensent que leur province est le parent pauvre de l'Etat. L'approvisionnement en eau y est quasiment inexistant et aucun emploi public n'y a été développé. Leur région compte pourtant un tiers des 80 millions d'habitants de l'Etat. Le parti régional fait pression depuis les années 1950 sur le gouvernement central et sur celui de l'Etat pour accéder à l'autonomie, mais depuis six mois les séparatistes expriment leurs revendications avec plus de violence.   

Depuis décembre, entre 100 et 200 personnes (selon les médias locaux), majoritairement des jeunes, se sont données la mort pour cette cause. Cette vague de suicide accompagne une recrudescence des affrontements  entre des étudiants et les forces de police d'Hyderabad, la capitale de la région. 

Le Telangana n'est pas la seule région d'Inde à réclamer l'autonomie. Une autre région de l'Andhra  Pradesh, le Greater Rayalaseema, souhaite également faire sécession. Au nord du pays, le mouvement des Gorkha Janmukti Morcha se bat pour la création d'un nouvel Etat, le Ghorkaland. Une guerre civile déchire enfin les Etats de Jammu et du Cachemire, frontaliers du Pakistan.

Pour le gouvernement indien, accorder l'autonomie à un de ces Etats pourrait donc entraîner un effet domino dans tout le pays. 

"Avec l'autonomie, le Telangana pourrait achever ses projets d'irrigation et faire en sorte que la distribution de l'eau soit plus équitable"

Siddartha Pamulaparty, 27 ans, a fait ses études dans le district de Warangal, dans la région de Telangana. Il travaille actuellement à Boston, aux Etats-Unis, où il a participé à de nombreuses manifestations de soutien aux séparatistes du Telangana.

 

 Quand la police a commencé à arrêter des étudiants au début de l'année, les politiciens locaux, qui disaient pourtant soutenir leur combat, n'ont pas bougé. Beaucoup ont été profondément perturbés par cet abandon. C'est malheureux, mais certains en sont arrivés à la conclusion que seul un acte aussi extrême que le suicide pourrait pousser les politiques à agir.

S'il accédait à l'autonomie, le Telangana pourrait achever ses projets d'irrigation et faire en sorte que la distribution de l'eau soit plus équitable. Dans mon village de Warangal, il n'y a aucun accès régulier à l'eau. Les habitants du Telangana se sont battus pendant 60 ans, en vain, pour un partage équitable de l'eau dans l'Etat. Je pense que si le Telangana devient un Etat à part entière, les zones rurales pourront enfin être irriguées.

Cette autonomie pourrait aussi améliorer la situation de l'agriculture qui est actuellement catastrophique. Pas un jour ne se passe sans qu'on lise dans les journaux qu'un fermier de la région s'est suicidé. Pendant la saison sèche, ils sont des milliers à perdre tout espoir car leur terre est leur seule source de revenus et ils n'ont aucun moyen de l'irriguer.

L'autonomie, cela signifierait aussi plus de développement dans notre région qui est aujourd'hui loin derrière les autres régions de l'Andhra Pradesh, que ce soit en termes d'infrastructure, d'industrie, de commerce, de santé, d'agriculture ou  d'éducation. Et nous pensons que cela permettra, par ailleurs, de mettre fin à la discrimination des personnes originaires du Telangana sur le marché public du travail. Aujourd'hui, nos jeunes passent derrière les candidats de la région d'Andhra en termes de recrutement et ceci parce que les bureaucrates d'Andhra détiennent les hauts postes dans toute le Telangana."

Portrait de Siddartha Pamulaparty

Siddartha Pa...

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L'université, le lendemain de l'immolation de Reddy

Jessica Bachman est journaliste et blogueuse à Bangalore. Elle est allée à Hyderabad le lendemain du suicide de K. Venugopal Reddy, le 21 janvier, et a pris ces photos :

Les forces paramilitaires font une pause.

Un barrage de police à l'entrée de l'université d'Osmania.

Un bus brûlé par des activistes pendant une manifestation pour l'autonomie de la région.

Cette affiche de Reddy en train de brûler a été déroulée sur la façade de l'université.

L'immolation de Reddy dessinée avec du sable coloré devant la faculté d'art.

Publié dans Infos du Monde

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