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À l’occasion, jeudi 29 avril, de la 2e Journée européenne de la solidarité entre les générations sort un livre, « Carnet de voyage intergénérationnel », qui retrace une
expérience menée depuis dix ans dans des écoles parisiennes pour rapprocher enfants et personnes âgées
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Aquarelle de Diane Sorin pour le livre de Carole Gadet, Carnet de voyage intergénérationnel (L'Atelier, 126 p., 19€).
Clarisse, 4 ans et Ljubinka, 70 ans, s’amusent à compter leurs côtes en étirant leur cage thoracique. « Alors, tu en as combien ? » interroge la vieille dame, l’œil malicieux. « Je sais pas ! »
rigole la fillette, tandis que Ljubinka dépose un baiser sur ses cheveux. Scène de vie ordinaire. À ceci près que l’on se trouve dans une école maternelle et que l’enfant et la septuagénaire
n’ont aucun lien de parenté.
Ces deux-là, toutefois, se connaissent bien. Depuis plusieurs années, des membres du club du troisième âge Saint-Blaise, dans le XXe arrondissement de Paris, se rendent chaque semaine à l’école
du Clos, située non loin, pour accompagner les petits dans leurs apprentissages. Ce matin-là, c’est atelier « ludothèque » dans la classe de Clarisse, qui compte 24 élèves. En présence de
l’institutrice, chaque personne âgée s’occupe de quatre enfants autour d’un jeu de mémoire ou de rapidité.
À la table de Ljubinka, grand-mère d’origine serbe à la voix douce, on joue à repérer des objets sur des cartes. Un peu plus loin, autour de Claude, 86 ans, une ancienne employée d’agence de
voyages, les enfants essaie de venir à bout d’un « memory ». « Alors Lisa, tu sais ce qu’il y a là-dessous ? lance la dame menue, des yeux bleus sous ses lunettes. La petite fille secoue la tête,
puis tente : « une valise ». En retournant la carte, Claude la corrige : « ça, tu vois, c’est un sac à dos ».
Une démarche pédagogique inédite
Depuis 1999, un peu partout dans l’arrondissement, des établissements scolaires – de la maternelle au
collège – se sont engagés dans des projets intergénérationnels. Au total, chaque année, environ 800 personnes âgées et un millier d’élèves se côtoient régulièrement et nouent des liens durables
grâce à une démarche pédagogique inédite, développée par une ancienne enseignante en ZEP, Carole Gadet.
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Aquarelle de Diane Sorin pour le livre de Carole Gadet, Carnet de voyage intergénérationnel (L'Atelier, 126 p., 19€).
Désormais chargée de mission à l’éducation nationale, cette dernière, persuadée qu’il s’agit là d’un véritable « projet de société », a décidé d’exposer son approche dans un livre, Carnet de
voyage intergénérationnel (1), illustré par la peintre Diane Sorin et publié avec le soutien de la Mairie de Paris.
Aider les plus jeunes à se construire tout en redonnant une place aux aînés
« À l’heure actuelle, les liens entre les enfants et les personnes âgées se distendent parce que les
familles sont éclatées et que la maison de retraite fait peur », explique Carole Gadet, convaincue qu’il faut encourager ces liens autrement. Car, pour elle qui a étudié le rôle des anciens dans
la tradition africaine, la relation entre les générations est fondamentale. « Elle aide les plus jeunes à se construire tout en redonnant une place aux aînés », résume l’enseignante.
À deux pas de la maternelle du Clos, la classe de CM2 de l’école Mouraud en est une bonne illustration. Depuis le début de l’année, ses élèves se rendent une fois par mois à la maison de retraite
médicalisée des Parentèles pour deux heures d’atelier pédagogique. Lecture de contes, jardinage avec notions de biologie, histoire de Paris à travers les souvenirs des pensionnaires, cuisine à
partir de la rédaction d’une recette… : chaque atelier est construit pour coller au programme scolaire et intéresser aussi bien les enfants de 10-11 ans que les résidents, qui ont entre 70 et 100
ans et dont certains sont atteints par la maladie d’Alzheimer.
«Je n’ai pas reconnu mes élèves !»
« De tels ateliers ne s’improvisent pas, souligne Carole Gadet. Il s’agit d’un programme pédagogique
précis, qui s’inscrit dans la durée et répond à plusieurs exigences », poursuit-elle : formation des enseignants et des animateurs de maisons de retraite, préparation de la rencontre, moments de
« travail » et moments de détente… « Cela marche parce qu’on n’est pas dans de l’occupationnel », insiste t-elle.
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Aquarelle de Diane Sorin pour le livre de Carole Gadet, Carnet de voyage intergénérationnel (L'Atelier, 126 p., 19€).
Audrey Coffignot, l’institutrice des CM2 de l’école Mouraud, en a fait l’expérience. « Au départ, j’étais assez angoissée. Ma classe est difficile, les enfants ne se respectent pas beaucoup entre
eux, alors je redoutais leur comportement dans la maison de retraite. »
Pourtant, le premier atelier se déroule au mieux. « Je n’ai pas reconnu mes élèves ! Ils étaient calmes, respectueux tout en étant à l’aise… » Même Ayoub , le « caïd » de la classe, a tout de
suite joué le jeu. « Il s’est dirigé droit vers le monsieur le plus handicapé et ne l’a plus quitté ! »
«La tolérance, le respect, cela se vit»
L’enseignante a également vu d’autres élèves changer d’attitude au contact des personnes âgées, « des
timides qui demandaient à prendre la parole », et noté de réels progrès dans les apprentissages : « en poésie, les enfants posent beaucoup mieux leur voix quand ils sont devant les pensionnaires
; et lorsqu’on travaille l’écriture, c’est plus facile quand il s’agit de leur adresser une lettre. »
« Aujourd’hui, ajoute Carole Gadet, on demande à l’école d’inculquer des valeurs aux élèves, mais la tolérance, le respect, cela se vit, comme dans ces ateliers. »
Même enthousiasme du côté des retraités des Parentèles. « Beaucoup de pensionnaires sont très seuls, car les familles sont éparpillées », constate Mayalen Manescau, l’animatrice socioculturelle.
Dans ce contexte, la venue des élèves est, à chaque fois, un petit événement. « Certaines dames se pomponnent, font attention à leur tenue et mettent du rouge à lèvres, poursuit l’animatrice.
Cela a l’air anodin mais dans un lieu comme ici, c’est essentiel. »
«On n’est plus seulement dans l’approche médicale»
Car ces petits riens changent le quotidien de la maison de retraite : « Des pensionnaires retrouvent
l’estime d’eux-mêmes, certains retrouve un peu d’autonomie. Quand, par exemple, ils se remettent à gérer des petits sommes d’argent, parce qu’ils veulent qu’on achète des bonbons aux enfants de
leur part. »
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Aquarelle de Diane Sorin pour le livre de Carole Gadet, Carnet de voyage intergénérationnel (L'Atelier, 126 p., 19€).
L’effet des ateliers dure donc bien au-delà de la rencontre. Notamment dans les relations avec les soignants. « On n’est plus seulement dans la plainte, dans l’approche médicale, note Mayalen
Manescau, parce que les liens noués avec les enfants ouvrent aux résidants de nouveaux horizons. » Comme les autres acteurs du projet, elle espère que le Carnet de voyage de Carole Gadet
inspirera des initiatives similiaires, ailleurs en France.
Par Marine LAMOUREUX - http://www.la-croix.com/
(1) Carnet de voyage intergénérationnel
, de Carole Gadet. Illustrations de Diane Sorin. L'Atelier, 126 p., 19€.
Le
site de l’Atelier
ICI
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