Leila Safadi est rédactrice sur le site
Banias, à Majdel Shams, le plus grand des cinq villages du Golan. Il y a 12 ans, elle a quitté
son village, Shehba, dans le sud de la Syrie, pour s’installer avec son mari dans le plateau du Golan.
De nombreuses filles traversent la ligne de démarcation. Généralement, les futurs époux ont des liens de parenté. Les familles d’origine golanaise, vivant aujourd’hui en Syrie,
encouragent souvent leur progéniture à épouser un parent resté sur le plateau. Les parents réalisent ainsi le rêve du retour au pays au travers de leurs enfants. Par le passé, les jeunes
faisaient connaissance en échangeant leurs photos. Aujourd’hui, les futurs époux se rencontrent une ou deux fois en Jordanie avant de convoler.
J’ai rencontré mon mari Samih à Damas en 1998. Il avait obtenu, avec d’autres étudiants, l’autorisation de faire ses études en chirurgie dentaire à l’université de Damas. Nous sommes tombés
amoureux et avons décidé de nous marier. Nous étions optimistes, en raison des négociations de paix en cours, et nous pensions que les choses allaient changer. Mais sur le terrain, rien n’a
changé.
Pour pouvoir m'installer dans le Golan, nous avons sollicité l’aide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et avons respectivement demandé aux autorités israéliennes et syriennes
des autorisations d'entrée et de sortie. Arrivée à la ligne de démarcation, j’ai été saisie par une peur profonde. C’était un aller simple. Une partie de vous meurt quand vous passez la
ligne de démarcation. Vous tournez définitivement une page en abandonnant votre pays, votre famille et vos amis.
Il y a deux ans, j’ai perdu mon père. J’ai demandé une autorisation pour assister aux funérailles mais les autorités israéliennes me l’ont refusée. Durant trois jours, j’ai fait un sit-in
sur la ligne de démarcation avec mes deux enfants. Ils ont fini par m'octroyer une autorisation de visite de 18 heures. Cela faisait 10 ans que je n’avais pas vu ma famille.
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