Le Pakistanais Zichan, 13 ans, travaille désormais pour lui-même

Publié le par Planète-Eléa

 

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Sa famille a réussi à mettre fin au cycle infernal de l’esclavage pour dettes


Des enfants qui travaillaient dans des usines de fabrication de boutons à New Delhi, en Inde, ont été recueillis, jeudi 6 mai, par l'ONG indienne Save the childhood movement (AP/Manish Swarup).

Zichan a 13 ans, des mains calleuses, de grands yeux verts, et une enfance à rattraper. Depuis sept ans, il partage le sort de 3,5 millions d’enfants au Pakistan, selon la Commission pakistanaise des droits de l’homme : il travaille pour subvenir à ses besoins. Il concède pourtant qu’« aujourd’hui ça va mieux » car il « n’appartient plus à personne ». Sa famille a réussi à mettre fin au cycle infernal de l’esclavage pour dettes.

Ce cycle avait débuté quand Zichan avait 6 ans à peine. Originaire de la région de Peshawar, son père, fils de petits paysans pauvres, a alors été embauché dans une briqueterie dans le nord-ouest du pays. Dès lors, le cercle vicieux s’est mis en place. En échange du gîte et du couvert pour lui et sa famille, le propriétaire de l’usine a cessé de lui verser son salaire.

Le père de Zichan et les siens n’ont pu alors faire face aux imprévus. Ils ont emprunté au patron, pour aller chez le médecin, participer à un enterrement ou aux dépenses quotidiennes dont ils ne pouvaient faire l’économie. Les enfants ont été contraints de se mettre à travailler.

« J’ai regardé mon fils être battu et je n’ai rien fait »

Zichan avait 6 ans et son enfance touchait déjà à sa fin. De l’usine, il garde des souvenirs amers : « Le travail, qui durait parfois plus de quinze heures par jour, la chaleur écrasante de l’été, la boue dure et pleine de pierre pour fabriquer les briques et qui écorche les mains l’hiver, les coups reçus dans l’usine. »

Dans son ancienne briqueterie, il a demandé une seule fois au patron de ne pas travailler « parce qu’il avait mal au ventre », il s’est fait battre violemment et a repris le travail. Assis sur le sol en terre de la maison, son père écoute, résigné, cette histoire tant ressassée. « J’ai regardé mon fils être battu et je n’ai rien fait. Comment aurais-je pu le protéger ? Je risquais d’être torturé », souligne le père de famille aux cheveux colorés au henné.

Ces violences répétées et la difficulté du travail ont alors poussé le père à vendre les dernières richesses de la famille, quelques bijoux conservés précieusement en cas de nécessité. Ce qui lui a permis de racheter leurs dettes et leur liberté.

50 roupies par jour

Zichan a suivi le mouvement. À 11 ans, il est parti pour Lahore, dans l’est du pays où « l’on disait que le travail est plus facile ». Avec sa famille, il a été embauché dans une nouvelle briqueterie. Mais au bout de six mois, nouveau départ : la famille a décidé de venir s’installer à Tarlahi dans la banlieue de la capitale. Et de ne plus travailler pour les briqueteries : « Les propriétaires sont tous aussi cruels. Ces gens n’ont plus rien en commun avec l’humanité. Ce qui les intéresse c’est notre force de travail et gagner de l’argent », affirme Zichan.

Aujourd’hui il commence à goûter à la liberté de pouvoir se déplacer. Avec les siens, une quinzaine de personnes, il trie les ordures et revend ce qu’il peut. Il gagne maigrement sa vie, 50 roupies par jour – environ 50 cents. Juste de quoi louer deux pièces et nourrir les deux chèvres, « qui donnent parfois un verre de lait ». Un luxe qui ferait presque oublier les années noires de Peshawar.

Ce qui lui manque, ce n’est pas l’expérience du travail, c’est celle de l’enfance. Dont il essaye de deviner la saveur. Ses yeux s’écarquillent quand il raconte avec envie : « Parfois je rêvais, quand je voyais des enfants jouer devant chez eux sur une pelouse. Ils riaient et ils jouaient et je me disais que peut-être que moi aussi j’arriverais un jour à vivre une vie. »

ParNadia BLÉTRY à Islamabad - http://www.la-croix.com/

Publié dans Infos du Monde

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