
Si cet article est d’une certaine longueur, c’est pour la simple raison qu’il s’est avéré impossible pour moi de traiter
de manière courte cet important problème du travail des enfants. L’objectif que je me suis fixé est de cerner au mieux les raisons et, en raison de la complexité du problème, il était impossible
de faire court, à moins de ne vouloir extraire que quelques éléments qui ne peuvent à eux seuls vous éclairer sur cette épineuse question.
Ce phénomène fait en effet partie des questions auxquelles il est plus facile d’apporter une réponse à « l’emporte-pièce », qui bien souvent n’apporte aucune solution plutôt que de
réellement réfléchir au problème en l’abordant sous tous ses angles. Si le travail des enfants a toujours existé, et cela dans tous les pays, il perdure encore de nos jours, même dans des nations
comme les États-Unis où le nombre serait d’environ 1 million. Bien, que d’après des experts, la Chine ne soit pas le plus mauvais élève, surtout comparé à un pays comme l’Inde où environ 60
millions d’enfants travaillent, il est évident que ce phénomène existe et il suffit de sortir un tant soit peu pour s’en rendre compte.
Quand certains médias révèlent des affaires de travail effectué illégalement par des enfants, celles-ci sont souvent découvertes dans des zones souvent fortement industrialisées, ce qui a souvent
pour unique but de décrédibiliser les produits issus de Chine en leur collant une image négative et misérabiliste, qui en finalité n’a qu’un but politique ou médiatique et non social ; de ce
fait, il n’est souvent fait aucun cas de la cause ou du moins pas de façon approfondie et objective.
L’objectif que je me suis fixé est celui de tenter d’appréhender non pas la finalité de ce problème qu’est le travail des enfants, mais la cause qui amène ces enfants à travailler à un âge où ils
devraient être scolarisés, car c’est là que se situe le nœud du problème. Afin de mener à bien ma réflexion, j’ai recueilli un certain nombre de témoignages tant de jeunes non scolarisés que de
leurs parents, mais également d’enseignants et de responsables locaux. À ma grande surprise, les personnes questionnées ont répondu sans aucun problème et il s’est dégagé une forte prise de
conscience de toutes les parties qui m’ont conforté dans mon idée qu’à un problème, il n’y a pas toujours de solution du moins immédiate, ou aussi simple qu’il y parait pour certains.
Il apparait donc évident, du moins de prime abord, que le problème majeur vient du système de scolarisation et il est important de préciser un tant soit peu celui-ci tant il est différent du
nôtre ; ces précisions ont de plus l’avantage de fixer un cadre dans lequel il sera plus facile de se situer, du moins là aussi en apparence :
La loi du 6 juillet 1994 interdit l’emploi des enfants de moins de 16 ans.
Depuis 1993, une loi promulguée en 1987 interdit l’emploi des mineurs d’âge scolaire, qui n’ont pas fini le cursus obligatoire d’éducation.
Cette durée obligatoire est de 9 ans, ce qui correspond à peu près au cycle de l’enseignement primaire.
Scolarisation dans le cycle du primaire (obligatoire)
Les frais de scolarité lors de ces 9 années ont été complètement supprimés en 2006 et la loi est aujourd’hui majoritairement respectée, après avoir connu un démarrage difficile en raison de
l’interprétation parfois douteuse de la part de certains responsables qui continuaient de percevoir des frais de façon détournée. La vérification de la scolarisation des enfants incombant aux
responsables locaux, ceux-ci doivent s’assurer que les enfants inscrits dans leur juridiction sont scolarisés, ce qui a priori devrait régler le problème. Toutefois, si les services
administratifs vérifient effectivement les ressortissants de leur district, encore faut-il que ceux-ci soient inscrits, ce qui n’est pas toujours vrai.
On trouve en effet, plusieurs cas de jeunes enfants non scolarisés :
Tout d’abord les enfants non déclarés en raison du planning familial qui expose les parents à une forte amende dans le cas d’un deuxième enfant pour les urbains et d’un troisième pour les
habitants des zones rurales (hors ethnies minoritaires). Dans le cas d’une naissance supplémentaire, les parents vont « omettre » de déclarer l’enfant plutôt que de l’abandonner ;
cette non-déclaration et cette absence d’inscription sur le hukao (livret de famille) interdiront par conséquent à l’enfant une existence légale et la possibilité de fréquenter un
établissement scolaire.
Vient ensuite le grand nombre d’enfants dont les parents sont des migrants et dont le hukao va là aussi jouer un rôle dissuasif. Il faut en effet savoir que si les 9 années de scolarité sont
gratuites, elles le sont pour les résidents, c’est-à-dire les personnes dont le livret de famille précise que le domicile se situe dans le même district que le lieu de scolarisation. Or, ce
n’est pas le cas de ces personnes venant d’une région souvent éloignée de plusieurs centaines voire milliers de kilomètres de leurs lieux de travail. Les parents vont donc se heurter à deux
problèmes qui sont d’une part le coût de la scolarisation élevé et d’autre part que les chefs d’établissements vont donner la priorité aux élèves résidents sur leur district. La solution la plus
souvent appliquée est donc de laisser l’enfant sous la garde des grands-parents, cela n’allant pas sans inconvénient du fait de l’écart d’âge et du fossé séparant encore plus de nos jours les
générations. Si pour diverses raisons, cette possibilité de garde n’est pas envisageable, il ne restera plus qu’aux parents de faire suivre leur enfant sur le lieu de travail sans être scolarisé.
Il faut préciser que le hukao est extrêmement restrictif, car son champ d’effet est souvent réduit au district administratif, parfois même moins et le casse-tête de trouver une école peut
survenir au sein d’une même ville, pour peu que celle-ci ait une certaine importance en terme de population.
Divers services administratifs annoncent un taux de scolarité de l’ordre de 90 %, mais il est vraisemblable que celui-ci soit inférieur et ce, malgré la mise en place de contrôles
et d’un système de bourses pour les plus défavorisés. Il est toutefois indéniable que les systèmes mis en place aient fortement contribué à une nette augmentation de la scolarisation des enfants
dans le cycle primaire, et les nombreuses écoles construites dans les zones rurales les plus reculées ont eu un effet extrêmement positif. Ces avancées réelles ont permis à la Chine de
pratiquement éradiquer l’illettrisme des jeunes, ce qui est un exploit quand on connait le niveau qui était celui de ce pays il y a seulement 30 ans.
Cycle secondaire (non obligatoire)
Passé le cycle du primaire, les affaires vont se compliquer pour un bon nombre d’étudiants qui vont devoir aborder le deuxième cycle d’enseignement et, c’est là moins de la moitié des élèves qui
va se retrouver en cycle secondaire.
Lors du passage en secondaire, il en est en effet fini de la gratuité des études et les frais en incombent aux seuls parents ; de plus, ces frais de scolarité ne sont pas identiques en
fonction du classement des écoles qui sont dispatchées sur 4 niveaux. Il faut en effet savoir qu’en fin du cycle primaire, les élèves passent un test de connaissance et qu’une note est
attribuée à la fin de celui-ci. C’est cette note qui va déterminer l’établissement dans lequel va pouvoir entrer l’étudiant. Ces établissements n’ont pas la même qualité d’enseignement et n’ont
pas les mêmes critères de recrutement :
Établissements de niveau 1 : Les élèves qui ont obtenu les meilleurs résultats au test ; les frais de scolarité sont relativement faibles, mais la sélection est drastique. Ces
établissements ont la meilleure réputation en termes de qualité d’enseignement et ne prennent que les meilleurs élèves.
Établissements de niveau 2 : Les élèves dont le score au test ne leur permet pas d’entrer dans les établissements du niveau 1 ; le niveau d’enseignement reste bon sans égaler celui du
premier niveau. Les frais de scolarisation sont plus élevés que ceux du niveau 1 tout en restant abordables pour de nombreuses familles.
Établissements de niveau 3 : Destinés aux élèves moyens. Le niveau d’enseignement est passable et les frais de scolarisation sont nettement plus élevés. C’est ce choix ou celui du niveau 4.
Établissements de niveau 4 : Frais de scolarité faibles, mais qualité de l’enseignement en rapport. Les enseignants, les parents et les élèves le savent, mais c’est souvent la seule issue
pour des élèves au niveau assez bas.
Comme en France, il existe une filière technique où collèges et lycées appliquent le même système de niveaux et qui peut, soit prendre des élèves en fin de primaire, mais aussi
« récupérer » certains étudiants quittant les établissements généralistes pour se spécialiser plus rapidement dans un métier.
Ce sont donc seulement environ 45 % des jeunes qui vont pouvoir poursuivre leur scolarité et par conséquent plus de la moitié vont se retrouver très jeunes éjectés du système
d’enseignement.
L’âge légal pour travailler étant de 16 ans, ces jeunes vont donc se trouver pendant deux à trois ans sans la possibilité légale de travailler et surtout avec un niveau de connaissances générales
très bas et une absence totale de formation professionnelle. De ce fait, ils vont se retrouver à la charge de leurs parents et, pour ceux qui habitent en ville être sujets à de multiples
tentations menant parfois à la délinquance ou du moins au désœuvrement. Pour ce qui est des jeunes habitants en zones rurales, le mal est « relativement » moindre puisqu’ils iront très
souvent aider leurs parents aux travaux de la ferme, ayant ainsi moins de tentations et de risques de sombrer dans certaines facilités ou encore tomber entre les mains de certains réseaux
mafieux.
C’est en effet là, et après avoir recueilli plusieurs témoignages, que se situe un des nœuds de cet épineux problème, car certains malfaisants, comme il en existe hélas dans tous les
pays, ne vont pas hésiter à recruter parmi cette classe de jeunes non scolarisés en leur faisant miroiter des revenus conséquents à la condition de s’expatrier parfois à des milliers de
kilomètres de leur domicile. Bien souvent, ces jeunes pensent qu’ils sont un poids pour leur famille et qu’ils ne respectent pas la tradition qui veut que les enfants aident les
parents ; un besoin d’autonomie, renforcé par une évolution du pays très rapide en termes de consommation et de mieux-vivre va accentuer ce sentiment et ainsi les diriger tout droit vers des
filières pour qui le profit passe bien avant tout sentiment humain.
Quitter sa campagne ou sa petite ville, qui ne leur offre aucun avenir va donc devenir une opportunité, grâce aux promesses d’emplois ou de revenus relativement importants que vont leur faire
miroiter ces personnes peu scrupuleuses. C’est à partir de là qu’ils se retrouvent dans des usines, entassés dans des dortoirs et où leurs salaires, quand ils leurs sont payés, ne leurs
permettent que de survivre et sont loin de pouvoir envoyer l’argent qu’ils pensaient faire parvenir à leurs parents. Ces jeunes désorientés sont également la proie privilégiée des trafiquants en
tous genres, qui vont de la fausse monnaie au trafic de stupéfiants, en passant par bien d’autres activités illégales. Peur, chantage, remontrances de la part des parents, bien souvent peu
ou pas réellement au fait de l’activité de leur enfant, vont faire que celui-ci va aura bien du mal à se sortir de ce cercle vicieux. Sans en connaître les chiffres, on peut
raisonnablement penser que le nombre de décès causés par des accidents de travail dans des usines ne respectant pas les normes de sécurité, mais également par les rythmes de
travail imposés à ces jeunes gens doit être assez conséquent, sans compter ceux atteints de morts violentes ou emprisonnés à la suite de trafics répréhensibles.
Il s’agit donc de conséquences souvent irréversibles dont la seule cause semble être ce manque de protection qu’assure l’école pour des jeunes qui sont loin d’être prêts à affronter le monde des
adultes.
Il faut également prendre en compte la masse des jeunes qui, à quinze ou seize ans vont entrer dans le monde du travail sans aucune réelle formation générale et technique. Pourquoi cette
variante de l’âge ? Pour la simple raison qu’il est très facile en Chine de falsifier la date de naissance de sa carte d’identité et qu’un an de gagné est loin d’être négligeable quand dans
une famille les fins de mois commencent le quinze. Ce cas est fréquent chez les filles qui vont ainsi pouvoir trouver un emploi de vendeuse ou de serveuse de restaurant. Bien souvent, ce sont les
employeurs eux-mêmes qui vont prendre en charge la falsification en retour d’une diminution plus ou moins durable du salaire, mettant en avant le fait qu’il embaucherait bien la personne, mais
que la loi lui interdit.
Après avoir passé en revue les différents modes d’exploitation de ces jeunes, il est à présent temps de voir à qui profite ce phénomène, car il faut être naïf pour penser que personne ne
tire avantage de cette situation. Il ne s’agit de ma part en aucun cas d’un jugement, mais d’un certain nombre de constatations tirées de témoignages des personnes concernées. Pourquoi
ne pas porter un jugement sur des faits aussi accablants ? Pour la simple raison que je n’ai pas tous les éléments de réponses et que porter un jugement sans ces éléments serait du domaine
de ce que nous fournit une certaine presse occidentale quand elle rédige certains articles sur la Chine, ce que je me refuse faire au risque de déplaire à certains.
S’il est indéniable que ce pays a connu une nette amélioration du niveau de vie dans toutes les classes sociales et malgré un creusement des inégalités, cette amélioration est due en partie, et
de façon paradoxale au coût particulièrement bas de la main d’œuvre, surtout comparé à celui des pays plus riches. Or, le système Chinois en s’arrimant aux grands systèmes capitalistes,
et en voulant les suivre, a besoin de maintenir de faibles coûts pour rester attractif.
Pour cela, il a besoin de cette réserve de main-d’œuvre peu ou pas qualifiée qui fait tourner ses usines ; étant par définition plus facile d’expliquer à des gens, ayant reçu peu
d’enseignement, que leur manque de formation ne vaut guère plus que le salaire qu’ils perçoivent. Il en va en donc de l’intérêt du système de maintenir en l’état le mode de scolarisation qui par
dérivation fournit cette main-d’œuvre bon marché.
Pervers me direz vous ! D’un côté oui, mais la seule différence qu’offrirait un autre système serait d’avoir derrière des machines, qui ne demandent que peu de qualification, des personnes
ayant fait des années d’études pour se retrouver à un poste subalterne ; c’est un peu ce que nous retrouvons chez nous avec des emplois non qualifiés tenus par des bacs +2 et plus, d’autant
plus que les salaires pour ces personnes ne pourraient être supérieurs à ceux des personnes moins qualifiées pour des raisons de rentabilité et de concurrence internationale.
Et on touche là à une des spécificités de ce pays, car s’il est devenu par force un élément majeur de la scène économique internationale, ce pays reste très fragile tant socialement
qu’économiquement et a encore besoin de plusieurs années de stabilisation afin de pouvoir augmenter la part de consommation intérieure et tirer ses salaires vers le haut. Il doit également pour
cela devenir moins dépendant des pays riches qui lui fournissent encore souvent les « cerveaux » venus de l’occident. Une fois arrivé à ce stade de connaissance technologique, la Chine
va se heurter par contre aux autres pays qui voudront eux, préserver leurs acquis comme cela s’est passé avec le secteur manufacturier. Paradoxe donc d’un système dont la population ne peut mieux
vivre qu’à condition que son évolution ne représente un danger pour les autres pays, et qui semble pour l’instant condamné à être critiqué sur des aspects comme le travail des enfants, mais sans
avoir le droit de s’en sortir, même en ayant les possibilités techniques et financières.
Après les avantages que ce déficit de scolarisation apporte au système d’une façon globale, voyons plus en profondeur à qui rapporte cet état de fait :
A l’ évidence, à un certain nombre d’employeurs qui exploitent sans vergogne les failles du système pour s’enrichir à titre personnel. Des enfants exploités aux adultes sans qualification, ce
sont ces employeurs qui profitent le plus de l’enrichissement du pays, mais là également, il existe partout des gens très riches qui utilisent toutes les combines pour devenir encore plus riches.
Le côté communisant, les Chinois ont déjà donné et il est improbable qu’ils aient envie d’y retourner, et ne peuvent qu’espérer qu’une fois leur pays devenu stable et prospère, il n’oubliera pas
une partie des personnes grâce à qui ces progrès se sont réalisés. Ne croyant guère à une reconnaissance spontanée, il faudra que ces fruits soient autoritairement distribués sous risque d’être
pris de force, comme cela s’est produit par le passé.
Vient ensuite une classe encore moins reluisante qui est celle de certains dirigeants locaux ; là non plus, pas question de généraliser, mais il est inutile de se cacher la réalité :
Certains de ces dirigeants sont des « cumulards » en étant non seulement responsables politiques, mais également dirigeants d’entreprises et ont ainsi toute latitude pour tout ce qui
concerne tant l’emploi que le règlement de certains litiges concernant celui-ci. Seule différence avec nos pays occidentaux, où ces pratiques existent également de façon plus ou moins
dissimulées, en cas de conflit important, le dirigeant risque gros et parfois jusqu’à sa vie.
Il existe aussi les dirigeants politiques qui veulent créer dans leur région des pôles industriels et attirent les entreprises avec des promesses de main d’œuvre à bas coût et la garantie de
régler au mieux les éventuels conflits sociaux. Si ce phénomène apporte une certaine garantie d’emplois aux habitants de la région, il s’agit également d’une porte ouverte à un certain nombre de
dérives. Il faut toutefois noter que de plus en plus de régions mettent en avant les valeurs de qualification tant de la main d’œuvre que des cadres dirigeants, ce qui semble aller dans le bon
sens.
Il faut bien entendu parler du système éducatif chinois, puisque c’est celui-ci qui est à la base des anomalies citées plus haut en mettant sur le marché du travail des personnes ou trop jeune
ou/et non qualifiées. Ce système a sans doute besoin d’une profonde réforme, mais là aussi, il s’agit d’une décision politique liée aux éléments cités précédemment.
Un des principaux aspects négatifs de ce système est la sélection par l’argent qui fournit aujourd’hui le plus gros des « fils à papa » et qui, parfois incapables d’atteindre
le degré de savoir correspondant à l’investissement financier des parents, n’hésitent pas à tricher afin d’arriver au statut social fixé par ces mêmes parents. Tout cela se fait au détriment
de personnes qui, n’ayant pas eu la chance de naître dans une famille aisée, se voient exclus d’entrée de la possibilité d’accéder à une vie meilleure.
Le système des niveaux pour les écoles ne semble pas satisfaisant et, pour en avoir discuté avec des enseignants et des chefs d’établissement, ce pays devrait se tourner vers une uniformisation
des niveaux d’enseignement, le système actuel portant préjudice tant aux élèves qu’aux enseignants. Bien que publics, les établissements scolaires sont bien trop liés à des problèmes
budgétaires et le gouvernement central doit engager un réel effort vers une nette augmentation du budget de l’éducation nationale qui n’est à ce jour que la moitié de ce que préconisent des
organismes comme l’UNESCO. Cette augmentation du budget permettrait une meilleure rémunération des enseignants, et par conséquent une plus grande motivation, même si une majorité des enseignants
que j’ai rencontrés sont pour le maintien du système de notation par rapport résultats obtenus par les élèves.
En première ligne également, le sempiternel hukao qui crée une ségrégation entre les personnes nées à un endroit et les personnes y travaillant souvent depuis des années, les obligeant bien
souvent de se séparer de leur enfant pendant des années, alors que la présence parentale est indispensable à l’épanouissement des enfants.
Bien que l’évolution des mentalités soit notable jusque dans les zones rurales, où l’on voit de plus en plus de parents faire des efforts financiers énormes pour que leurs enfants aient une
scolarité plus longue, il reste encore un long chemin à parcourir pour changer ce qui a été pendant bien trop longtemps une devise mondiale qui est :
Ouvrier tu naitras SDF tu mourras, fils à papa tu naitras, riche tu repartiras.
La résolution de ce problème du travail des enfants est donc liée à une orientation sociale différente, mais qui ne semble pas pouvoir être envisagée dans un avenir proche en raison de la
fragilité des bases mêmes de ce pays qui, encore au stade des pays émergents, ne peut être comparé avec d’autres pays bien plus en avance car partis bien plus tôt dans cette voie de la
modernisation. Ce pays ne peut, même avec la meilleure volonté, égaler en vingt ans ce que d’autres ont mis plusieurs décennies à obtenir de manière souvent encore imparfaite et la vitesse à
laquelle la Chine est passée d’un système collectiviste à un pur système d’économie de marché est un autre handicap à surmonter, car si l’on peut changer rapidement en apparence un système de
gestion, il en va tout autrement pour les mentalités qui elles, s’adaptent bien moins vite.
La Chine de demain, ce sont les jeunes d’aujourd’hui et continuer de sacrifier une partie de cette jeunesse sur l’autel du profit au bénéfice de quelques-uns ne peut conduire à terme qu’à une
dégradation dangereuse du tissu social et de toutes les conséquences, parfois violentes en découlant.
Le monde ne s’est pas fait en sept jours et la Chine moderne ne se fera pas davantage en quelques années. Malgré ce que disent certains, et sans aucunement prendre sa défense, le système en place
n’est que pour très peu dans certains dysfonctionnements de ce pays, ceux-ci étant d’une part visiblement présents dans d’autres systèmes politiques, et d’autre part intimement liés à des besoins
de modernisation tant en ce qui concerne les structures que certaines mentalités. Ces changements devront intervenir dans la durée et dans le calme dont a tant besoin cette population, agitée
depuis des années par des soubresauts destructeurs, et chez qui l’on ressent en permanence un besoin de calme et de sérénité.