Les cas d'anorexie infantiles se multiplient

Publié le par Planète-Eléa

 

 Les jeunes patientes anorexiques ont une symptomatologie de plus en plus semblable à celle de leurs aînées.  


Les jeunes patientes anorexiques ont une symptomatologie de plus en plus semblable à celle de leurs aînées.

Les 5 à 12 ans sont de plus en plus touchés par ce trouble du comportement alimentaire. 

On la voit comme une maladie des adolescents et des jeunes adultes, mais l'anorexie frappe de plus en plus d'enfants à l'âge de l'école primaire, ­voire de la maternelle. Les rares chiffres disponibles sont carrément alarmants. Au Royaume-Uni, une centaine de bambins âgés de 5 à 7 ans ont été hospitalisés ces trois dernières années pour anorexie sévère, selon une enquête des autorités sanitaires britanniques rendue publique en début de semaine. Il y aurait également une centaine de cas dans la tranche d'âge 8-9 ans. Et au total, sur les 2.000 petits Britanniques de 5 à 15 ans pris en charge pour ce trouble alimentaire dans 35 hôpitaux publics, près de 600 avaient moins de 13 ans. Le phénomène paraît d'autant plus inquiétant qu'il serait sous-estimé, des établissements ayant refusé de livrer leurs données.

Classiquement, dans les pays occidentaux, il est admis que l'anorexie atteint de 0,5 à 2% des adolescents, neuf cas sur dix concernant des filles. Ce trouble du comportement alimentaire, qui se caractérise par un amaigrissement excessif, une perte de l'appétit, une aménorrhée (absence de règles) et des perturbations de l'image corporelle peut être grave.

Incompréhension de l'entourage 

Ce serait même la première cause de mortalité en psychiatrie, par dénutrition ou suicide. Pour les experts britanniques, la multiplication de ces cas d'anorexie précoce serait en partie, comme chez les adolescents et les jeunes adultes, liée à la pression sociale et aux images idéalisées des mannequins et célébrités à la limite de la maigreur qui font la une des médias.

Le Royaume-Uni est en tout cas loin d'être le seul à faire ce constat. Ces dernières années, parallèlement à l'épidémie d'obésité infantile, d'autres pays comme le Canada ou l'Australie se sont alarmés d'un nombre croissant d'anorexies prépubères. Avec des cas parfois dramatiques d'enfants de 5, voire 4 ans, qui se laissent littéralement dépérir, dans l'incompréhension de leur entourage. Une récente étude australienne menée chez une centaine de jeunes âgés de moins de 13 ans soulignait que beaucoup d'entre eux étaient hospitalisés dans un état préoccupant, le diagnostic d'anorexie étant reconnu trop tardivement.

La même évolution semble se dessiner en France. «Depuis quelques années, nous prenons en charge de plus en plus de cas d'anorexie avant la puberté, confirme le Dr Muriel Asch, praticien dans le service de pédopsychiatrie de l'hôpital Robert-Debré (Paris), service référent dans le domaine de l'anorexie prépubère pour la région Ile-de-France. Il s'agit surtout d'enfants de 9 à 12 ans, rarement de plus jeunes, mais nous n'avons pas encore de statistiques précises.» Selon la pédopsychiatre, ces patientes anorexiques ont une symptomatologie de plus en plus semblable à celle de leurs aînées. «Nous voyons des fillettes qui ont commencé un régime de leur propre chef à 9-10 ans, puis la maladie se déclenche. Le mécanisme semble alors le même que chez les adolescentes», poursuit-elle.

«Il y a un consensus chez les médecins pour dire que les cas précoces, prépubères, d'anorexie sont en augmentation, acquiesce le Pr Bruno Falissard, responsable d'une unité de recherche Inserm à l'hôpital Cochin (Paris). Il ne s'agit cependant pas vraiment, selon lui, d'une nouvelle maladie. «On sait depuis longtemps que l'anorexie peut débuter tôt, voire même dès les premiers mois de vie, précise le pédopsychiatre. Les cas infantiles étaient exceptionnels, ils le deviennent moins.»

Le Pr Falissard reste aussi prudent quant à l'interprétation du phénomène. «Il y a vingt ans, les troubles du comportement alimentaire étaient un problème hyperspécialisé. Aujourd'hui, c'est un problème de société, relève-t-il. Comme pour toute pathologie, cette meilleure reconnaissance peut augmenter le nombre de cas relevés . En outre, les données en milieu hospitalier ne suffisent pas, il faudrait une enquête en population générale.»

 

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Par http://www.lefigaro.fr/

Par Sandrine Cabut

Publié dans Infos santé

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