Lundi 30 novembre 2009
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La convention d’Ottawa contre le smines antipersonnel a permis des résultats spectaculaires dans la lutte contre les mines antipersonnel. Depuis sa signature, il y a dix ans,
le nombre de victimes a été divisé par trois. Les 156 États signataires sont réunis cette semaine à Carthagène (Colombie)
Des membres d'une équipe de déminage irakienne au travail dans le sud-ouest de Bagdad (Photo : AFP/AL-SAADI).
Lentement mais sûrement, le monde se débarrasse des mines antipersonnel. Dix ans après l’entrée en vigueur de
la convention d’Ottawa, les 156 États signataires vont dresser un bilan encourageant du traité, à l’occasion
de la conférence organisée cette semaine à Carthagène, en Colombie. « La mise en œuvre du texte est un exemple remarquable de désarmement humanitaire », se félicite Sylvie Brigot, directrice
exécutive de la campagne internationale pour interdire les mines, qui rassemble plusieurs grandes Organisations non gouvernementales (ONG).
Plus de 80 % des États ont ratifié la convention. Environ 44 millions de mines ont été détruits par les pays membres, à comparer cependant avec les 160 millions conservés dans les stocks des 39
nations non signataires. Le traité a mobilisé 4 milliards de dollars en faveur, notamment, du déminage qui se poursuit aujourd’hui dans 90 États. Au total, 2,2 millions de mines antipersonnel et 17
millions d’engins non explosés ont été enlevés du sol et onze pays ont terminé leur opération de dépollution.
Un marché noir subsiste

Résultat, le nombre de blessés et de tués a, globalement, tendance à diminuer chaque année, même s’il
augmente ici et là, notamment en Afghanistan. Avant l’entrée en vigueur de la convention, on dénombrait environ 15 000 victimes par an, contre 7 328 en 2005 et 5 197 en 2008. Au cours de la
dernière décennie, les mines ont tout de même frappé 73 567 personnes, presque toutes civiles. « Il s’agit là du nombre de victimes enregistrées, précise Sylvie Brigot. Dans la réalité, tous les
accidents ne sont pas comptabilisés. »
La convention a aussi stigmatisé l’usage de ces armes et, de ce fait, « eu un impact sur les États non signataires », observe Peter Herby, responsable du dossier « mine » au Comité international de
la Croix-Rouge (CICR). Sur les 39 pays non signataires du traité, deux seulement les utilisent encore : la Russie en Tchétchénie et la Birmanie à l’encontre de ses minorités ethniques.
Autre succès, la chute de la production même parmi les nations non engagées par Ottawa. Si douze d’entre elles demeurent sur la liste des fabricants, dans les faits, trois seulement (Inde,
Pakistan, Birmanie) en ont produit en 2008. « Le commerce de ces armes a officiellement cessé d’exister », ajoute Peter Herby. Il subsiste néanmoins un marché noir pour alimenter en mines
antipersonnel les groupes armés, à l’intérieur de 13 États du monde.
«Faire valoir les droits des personnes handicapées»

Autre point noir, la liste des nations qui n’ont toujours pas adhéré à la convention. Aux côtés des
grands pays comme l’Inde et le Pakistan, on trouve trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité : la Russie, la Chine et les États-Unis. « Les Américains ont cessé de vendre ces
explosifs, arrêté leur production et ne les utilisent plus sur le terrain depuis les années 1990 », observe Sylvie Brigot. L’administration Obama, présente en tant qu’observateur à Carthagène, a
précisé qu’elle était engagée « dans un réexamen approfondi de sa politique vis-à-vis des mines antipersonnel ».
Au sommet de Carthagène, la société civile espère enfin relancer le combat politique et financier en faveur de l’assistance aux blessés. De l’avis de tous, c’est la partie du traité qui a
enregistré le moins de progrès ces dix dernières années. Les États mettent spontanément la main à la poche pour des opérations de déminage, plus spectaculaires et aisément quantifiables, ou pour la
destruction de leurs stocks. À l’inverse, les donateurs ne se bousculent pas pour les programmes de réinsertion des victimes. « Le sommet de Carthagène, conclut Sylvie Brigot, doit permettre de
faire valoir les droits des personnes handicapées. »
Par Olivier TALLÈS - http://www.la-croix.com/