Violences à l'école: le consensus n'aura pas duré

Publié le par Planète-Eléa

 

 

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Réactions mitigées après les annonces du ministre de l'Education. Renforcement de la présence policière, cours de «tenue de classe», possibilité pour les chefs d'établissement de choisir leur équipe... La communauté éducative s'interroge.

 

Les enseignants seront désormais formés à la gestion des conflits.

Les enseignants seront désormais formés à la gestion des conflits. (© AFP Lionel Bonaventure)

 

Le beau consensus dont tous se félicitaient ce jeudi matin à la Sorbonne, théâtre depuis mercredi des états généraux de la sécurité à l’école, n'aura pas tenu jusqu'à la sortie. Au lendemain d’une journée de débats «riches» et «constructifs» de l’avis général, les arbitrages rendus par le ministre de l'Education Luc Chatel ont rendu l'atterrissage un peu raide pour certains.

D'un côté, une communauté scientifique soulagée de voir enfin reconnus ses travaux et préconisations, notamment sur les «petites» violences du quotidien.

De l'autre, des représentants enseignants, lycéens et de parents heurtés par le «décalage» qu’ils jugent flagrant entre les annonces du ministre et les propositions ressorties un peu plus tôt des tables rondes. Dont certaines sont revenues comme un leitmotiv au fil des débats: mieux former professeurs et personnels; construire des équipes enseignantes stables; développer les partenariats avec les travailleurs sociaux, la police, les associations, la justice; réfléchir à des «sanctions positives», ne pas tout faire reposer sur les épaules des enseignants.

Eric Debarbieux, qui présidait le conseil scientifique de ces états généraux lancés au lendemain d’une série médiatisée d’agressions dans des lycées, l’a souligné dans son discours de clôture: «La recherche montre que les stratégies les plus efficaces pour lutter contre les violences à l’école sont portées par l’école elle-même, mais pas par l’école seule.»

Equipes mobiles de sécurité

Succédant au ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, venu se charger du volet sécuritaire (renforcement du plan de sanctuarisation des écoles, sécurisation des établissements et de leurs abords), Luc Chatel a déroulé, trois quarts-d’heure durant, un catalogue de mesures ni «solutions définitives» ni «énième plans de lutte contre la violence à l’école», à l'en croire.

Qu’y trouve-t-on? D'abord, de nouveaux outils pour mesurer les violences, réclamés à l'unisson par les chercheurs. Le dispositif statistique, aujourd'hui jugé très insuffisant par les chercheurs, va devenir trimestriel et inclure une enquête de «victimation», c'est-à-dire fondée sur les déclarations des victimes.

Ensuite, sur le terrain, le doublement des équipes mobiles de sécurité, composées pour partie de policiers. Et comme, selon le ministère, 10% des établissements concentrent la moitié des violences, les efforts seront ciblés. Un nouveau programme, baptisé «Clair» (pour Collèges et lycées pour l'ambition, l'innovation et la réussite), censé dépoussiérer la cartographie par endroits obsolète des ZEP, sera expérimentée à la rentrée prochaine dans une centaine d'établissements.

Les chefs d'établissements concernés pourront «choisir leurs équipes» et disposeront de «moyens pour attirer les professeurs déterminés à relever ce défi». Cette nouveauté sortie du chapeau du ministre n'a pas manqué de faire bondir les syndicats enseignants, furieux à la sortie du grand amphi. «Non seulement on sort de la réglementation du service public, mais c'est le meilleur moyen de mettre ces établissements à part», a réagi Bernadette Groison, secrétaire générale nouvellement élue de la Fédération syndicale unitaire (FSU).

Christian Chevalier, son homologue de l'Unsa éducation, y voit aussi le signe d'un «alignement sur le modèle de l'école privée: on considère que c'est la concurrence qui pourra améliorer les choses». Et cette question: «Qui va vouloir y aller?»

Couper les allocations familiales

Refusant de «céder à l'angélisme», le ministre a aussi dit vouloir placer les «perturbateurs» dans des «structures adaptées», sans préciser s'il faisait allusion aux classes relais déjà existantes. Et a ressorti la menace de couper les allocation familiales aux «parents qui n'assument pas leurs responsabilités».

Dans le même temps, l'exclusion, jugée trop systématique et contreproductive, devra être limitée et les conseils de discipline se tiendront à l’extérieur de l’établissement.

Côté formation, le ministre retient l'idée d'une «formation spécifique à la gestion des conflits». A la rentrée, les étudiants en master qui se destinent à l'enseignement, suivront un cours spécifique de tenue de classe. Tout comme «l’ensemble des personnels» des établissements les plus exposés auront aussi de la formation continue. Cette annonce promet un certain retentissement alors que les syndicats enseignants se battent depuis des mois contre la réforme de la formation des maîtres, dite «masterisation».

En fait, seules les annonces d'une «conférence nationale», très attendue par le monde éducatif, sur les rythmes scolaires, d'un «plan santé à l'école» ou encore d'une «charte des bonnes pratiques» en complément du règlement intérieur, semblent avoir contenté tout le monde.

Prochaine étape: dans six mois, pour un point sur la mise en œuvre de cette batterie d'orientations sur laquelle aura planché, entre-temps, un comité de pilotage.

 


PAR CORDÉLIA BONAL  - http://www.liberation.fr/

Publié dans Infos du Monde

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