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    <title><![CDATA[Commentaires de l'article: " Entre les Murs " le film qui secoue l’école]]></title>
    <link>http://www.planete-elea.com/article-23024239-6.html#anchorComment</link>
    <description>Les 25 derniers commentaires publiés sur l'article &quot;&quot; Entre les Murs &quot; le film qui secoue l’école&quot; du blog &quot;Planète - Eléa&quot;</description>

        <language>fr</language>
    
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        <title><![CDATA[Commentaires de l'article: " Entre les Murs " le film qui secoue l’école]]></title>
        <link>http://www.planete-elea.com/article-23024239-6.html#anchorComment</link>
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    <pubDate>Tue, 21 Feb 2012 05:20:02 +0100</pubDate>    <lastBuildDate>Tue, 21 Feb 2012 05:20:02 +0100</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2012 www.planete-elea.com</copyright>            <category>Cinéma, Musique, Tv, People</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[Commentaire de Patrick Guyon]]></title>
        <link>http://www.planete-elea.com/article-23024239-6.html#comment31504991</link>        <description><![CDATA[<!--StartFragment-->
<p class="MsoNormal"><span>CANTET ET B&Eacute;GAUDEAU&nbsp;: UNE CONJURATION<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span><o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>B&eacute;gaudeau d&eacute;sormais est le nom d'un probl&egrave;me. Que n'a-t-on pas &eacute;crit, d&eacute;j&agrave;, sur son roman <em>Entre les murs</em></span><span>, l'&eacute;v&eacute;nement noir qui marquera la fin de notre histoire scolaire. On parla d'une chronique &laquo;&nbsp;savoureuse&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;douce-am&egrave;re&nbsp;&raquo;, de l'&eacute;cole d'aujourd'hui. Pendant que l'on vantait la mani&egrave;re &laquo;&nbsp;h&eacute;ro&iuml;que et modeste&nbsp;&raquo; de son enseignement, l'on entendit ce professeur se perdre dans l'apologie d'une &laquo;&nbsp;loquacit&eacute; d&eacute;brid&eacute;e&nbsp;&raquo;, m&ecirc;me d'un &laquo;&nbsp;joyeux bordel&nbsp;&raquo;, cens&eacute;s donner &agrave; notre &eacute;cole la chance et l'occasion d'une renaissance. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Or de quoi s'agit-il ? D'un professeur qui a chang&eacute; son r&ocirc;le de ma&icirc;tre en bousilleur d'enfants pour la plupart odieux, comme l'&eacute;crivain les a voulus : tr&egrave;s uniform&eacute;ment stupides, grossiers, caract&eacute;riels. Du coup, l'id&eacute;e a pu germer que, dans cette sorte d'autoportrait pour un peu masochiste, dans ce <em>martyre </em></span><span><em>fictif</em></span><span>, notre &eacute;cole naufrag&eacute;e recevait une vol&eacute;e de bois vert. Mais non, Cantet et B&eacute;gaudeau, conjur&eacute;s sur ce point, affirment que leurs deux &oelig;uvres sont des documentaires s&eacute;rieux et &laquo;&nbsp;engag&eacute;s&nbsp;&raquo;, ent&eacute;s &agrave; la promesse d'un mouvement </span><span><em>positif</em></span><span>. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&Agrave; quoi s'ajoute la profession de foi r&eacute;it&eacute;r&eacute;e de l'acteur-romancier qui joue avec niaiserie son propre r&ocirc;le. &laquo;&nbsp;Un cours, &ccedil;a doit partir dans tous les sens, pour le meilleur et pour le pire&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Le bon prof, ajoute-t-il, est celui qui se trompe, qui est peu s&ucirc;r de lui, de mauvaise foi, irresponsable : qui m&ecirc;me n'enseigne pas !&nbsp;&raquo; Les traits de cet id&eacute;al-type sont fi&egrave;rement revendiqu&eacute;s &agrave; longueur d'interview, tellement ce Pierrot triste n'a de cesse de chercher, dans le fi&eacute;vreux miroir de chalands m&eacute;dus&eacute;s, un reflet </span><span><em>suffisant </em></span><span>: Socrate r&eacute;incarn&eacute;, anthropologue de choc, grand &eacute;crivain, enfin acteur &laquo;&nbsp;facile&nbsp;&raquo; &agrave; l'&eacute;gal des plus grands.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Aussi bien le voit-on dans ses &oelig;uvres. S'il lui fallait analyser ce concentr&eacute; de pure b&ecirc;tise professorale, un formateur d'IUFM qu'anime un reste de bon sens constaterait qu'il n'est aucune le&ccedil;on qui ait une ligne. Que l'on nous donne &agrave; voir une classe de zombies d&eacute;raillants, cr&eacute;pitant comme un feu d'&eacute;tincelles allum&eacute; par un artificier d&eacute;ment ou ivre. Que du ma&icirc;tre des lieux il n'est aucune explication qui ne soit fausse ou inappropri&eacute;e, inopportune ou erratique. Il ne s'agit nullement de l'&agrave;-peu-pr&egrave;s fatal au labeur malais&eacute; de la conversation p&eacute;dagogique, mais de l'incertitude li&eacute;e &agrave; un discours papillonnant, toujours irr&eacute;fl&eacute;chi. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Il n'est aucun moment de ces le&ccedil;ons que l'on puisse approuver : ni adresse g&eacute;n&eacute;reuse, ni expos&eacute; clair et pr&eacute;cis, qui sont au c&oelig;ur de toute s&eacute;rieuse &eacute;ducation. Passons sur ces &eacute;lucubrations sur le foot-ball, sur la DS 19 et sur l'&acirc;ge de Johnny Halliday ; sur la taille de l'Autriche, sur les homosexuels, sur la misogynie, sur le sens de la vie ! Passons sur ces remarques grammaticales ponctu&eacute;es par les &laquo;&nbsp;euh, oui, non&nbsp;&raquo; du professeur, conclues souvent par un &laquo;&nbsp;de toutes fa&ccedil;ons, &ccedil;a sert &agrave; rien&nbsp;&raquo;, comme on le voit dans cette absurde le&ccedil;on sur l'imparfait du subjonctif, dont on a fait l'embl&egrave;me du film. On parlerait jusqu'&agrave; demain sans que l'humeur retombe, &agrave; court d'exemples.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Surtout qu'on ne nous serve pas les m&ecirc;mes chansons sur l'air du temps : les quartiers, le jeunisme,<span>&nbsp; </span>le ch&ocirc;mage. Toutes choses bien r&eacute;elles et qui m&eacute;ritent une d&eacute;cision. Il ne s'agit ici que du portrait d'un professeur que la nation enti&egrave;re est en passe d'applaudir, et sur lequel devrait s'abattre la froide sentence de Montesquieu : </span><span><em>Non, ce n'est point le peuple naissant qui d&eacute;g&eacute;n&egrave;re, il ne se perd que lorsque les hommes faits sont d&eacute;j&agrave; corrompus</em></span><span>. Pour inventer les conditions d'un magist&egrave;re d&eacute;mocratique, il faudrait que l'&eacute;l&egrave;ve, au moins, ne soit pas expos&eacute; &agrave; des discours <em>inadmissibles</em></span><span>. Et que d&eacute;j&agrave; le professeur f&ucirc;t un adulte mieux assur&eacute; de ses savoirs, d&eacute;livr&eacute; d'un fatal narcissisme. Diff&eacute;rent de celui que l'on voit b&eacute;gayer, faire sans cesse le malin, d&eacute;biter des erreurs, s'emp&ecirc;trer dans des duels path&eacute;tiques ; refuser piteusement de reconna&icirc;tre une faute qui ferait honte &agrave; un enfant (cette insulte de &laquo;&nbsp;p&eacute;tasses&nbsp;&raquo;, que d&eacute;sormais toute la France conna&icirc;t par une sc&egrave;ne d'anthologie).<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Et ceci nous conduit &agrave; ce qui certainement est le plus important, peut-&ecirc;tre la cl&eacute; de tout. Ce professeur qui dit vouloir le bien de ses &eacute;l&egrave;ves, mais est inapte &agrave; les entendre ; qui fait de l'anarchie un dogme terrorisant (&laquo;&nbsp;C'est vous, le prof&nbsp;&raquo;, protestent-ils) et qui, dans le m&ecirc;me temps, garantit ses le&ccedil;ons par une id&eacute;e abstraite et fausse de son enseignement : l'&eacute;tiquetage absurde des vieilles figures de rh&eacute;torique&nbsp;; l&rsquo;examen du <em>sch&eacute;ma actanciel</em></span><span> de la structure des contes, &laquo;&nbsp;bien plus d&eacute;mocratique que </span><span><em>l'imperiun bourgeois</em></span><span> de l'humanisme&nbsp;&raquo; &ndash; prendra place dans nos mythes comme l'H&eacute;rode achev&eacute; de la p&eacute;dagogie&nbsp;: un professeur indiff&eacute;rent et froid, vide de tout id&eacute;al, et qui se venge de sa d&eacute;sesp&eacute;rance en refusant de tenir seul le r&ocirc;le de dernier homme.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Sans doute Laurent Cantet serait-il &eacute;tonn&eacute; d'entendre dire qu'il a pr&ecirc;t&eacute; la main de mani&egrave;re ing&eacute;nue au nihilisme le plus noir, et que son film expose et fait le mal <em>avec un tour de plus.</em></span><span> C'est lui, pourtant, qui a couru vers B&eacute;gaudeau et qui, lisant &agrave; peine son livre, s&eacute;duit par l'air du temps et abus&eacute; par son discours, intronisa ce p&eacute;dagogue pervers en Socrate h&eacute;ro&iuml;que qui prend le risque du d&eacute;sordre, donnant ainsi quitus &agrave; un desperado qui inocule au peuple-enfant sa maladie mortelle&nbsp;: le n&eacute;ant de l&rsquo;esprit o&ugrave; seul le sans-avenir semble avoir de l'avenir.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Le candide est celui qui ne voit pas le mal dans tous ses d&eacute;guisements. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Lui qui croyait s'&ecirc;tre attel&eacute; &agrave; un film au moins honn&ecirc;te, au prix de conc&eacute;der quelques poncifs &agrave; l'air du temps, se voit somm&eacute; de reconna&icirc;tre qu'il participe &agrave; l&rsquo;entreprise qui &eacute;visc&egrave;re la soci&eacute;t&eacute; de toute force positive</span><span>. Or qu'aurait-il fallu pour contenir ce mal&eacute;fice ? Que sans doute il comprenne que cette parole sacralis&eacute;e comme un article du nouveau dogme &ndash; ah, l'oralit&eacute;&nbsp;! &ndash; emprisonne les consciences en arri&egrave;re des pulsions, manque &agrave; &ecirc;tre raisonnable et civile. Mais comment r&eacute;sister &agrave; cette id&eacute;e &eacute;troite et dangereuse de la p&eacute;dagogie, quand on est cin&eacute;aste et qu&rsquo;on s&rsquo;engouffre sans malice du c&ocirc;t&eacute; de la vie&nbsp;: un film documentaire r&eacute;alis&eacute; comme en se jouant, o&ugrave; l&rsquo;on tire le meilleur d'enfants rendus<span>&nbsp; </span><em>aimables</em></span><span> par la gr&acirc;ce d'un tournage qui leur demande justement de <em>jouer l'&eacute;cole</em></span><span>, et o&ugrave; toute souffrance et toute ranc&oelig;ur sont r&eacute;dim&eacute;es, dans les moments trompeurs d'une imm&eacute;diate jubilation&nbsp;?<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Pourtant, on doit lui rendre gr&acirc;ce d&rsquo;avoir montr&eacute; des &ecirc;tres vrais, non les marionnettes du romancier&nbsp;: </span><span>sauvageons &eacute;tiquet&eacute;s comme dans un zoo, professeur &eacute;nerv&eacute; ou hagard, coll&egrave;gues fantomatiques ou abrutis, qui semblent le degr&eacute; z&eacute;ro de la culture, ou principal ventriloqu&eacute; par la langue morte du <em>no man's land</em></span><span> minist&eacute;riel, </span><span>&ndash;</span><span> toutes figures garanties par d&rsquo;arrogantes protestations (&laquo;&nbsp;Le r&eacute;el est toujours d&rsquo;avant garde&nbsp;&raquo;), en v&eacute;rit&eacute; puis&eacute;es dans le folklore &eacute;troit du poujadisme. On lui sait gr&eacute; aussi d&rsquo;avoir rendu son corps &agrave; la parole vivante, contre celle du roman, qui est aigu&euml;, s&egrave;che, froide comme une bande enregistr&eacute;e par une machine &agrave; spectre &eacute;troit, sans rythme et quasi morte &agrave; force d'indiff&eacute;rence, en d&eacute;pit des ces voix qui cherchent &agrave; mordre, au beau milieu d&rsquo;un mitraillage verbal donn&eacute; pour juste. Surtout de lui avoir &ocirc;t&eacute; la pointe de son sarcasme, car il n&rsquo;est rien B&eacute;gaudeau ne consid&egrave;re sans bienveillance, qu&rsquo;aucune phrase ne saccage, ne m&eacute;prise&nbsp;: le principal, l&rsquo;&eacute;cole, ses coll&egrave;gues professeurs, les parents d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves, l&rsquo;Autriche, les nains, la langue, la France, le si&egrave;cle, la culture. Qu&rsquo;on ne dise pas qu&rsquo;il s'agit d&rsquo;un jeu, cet humour qui fait honte aux potaches&nbsp;: &laquo;&nbsp;Vous charriez trop, monsieur&nbsp;&raquo;. Ni m&ecirc;me que B&eacute;gaudeau A un regard, car il EST un regard qui d&eacute;truit&nbsp;: le bourrelet de Khoumba, le ventre d&rsquo;une coll&egrave;gue enceinte, sa propre nullit&eacute; de professeur, m&ecirc;me la photocopieuse&nbsp;! <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Nous voici revenus dans les parages du gouffre. Jamais l&rsquo;on est all&eacute; si loin dans la naturalisation. Aura-t-on jamais lu une phrase plus assassine que&nbsp;: &laquo;&nbsp;Moche, Sofiane, a commenc&eacute; &agrave; lire&nbsp;&raquo;&nbsp;? Adorno tremblerait de voir quel tour a pris, dans un &eacute;crit immonde qui passe pour une pochade, cette esth&eacute;tique d&rsquo;apr&egrave;s </span><span>Auschwitz. Peut-&ecirc;tre Laurent Cantet, loin de vouloir favoriser le plus noir des principes, se sera-t-il senti capable, l'ayant entre-aper&ccedil;u, de le neutraliser. </span><span>Mais ce n&rsquo;est pas assez que le bourrelet de </span><span>Khoumba n&rsquo;ait pas &eacute;t&eacute; film&eacute;, que tant de coups d&rsquo;&eacute;pingle meurtriers aient disparu. Et que Sofiane, peut-&ecirc;tre, appar&ucirc;t sur l&rsquo;&eacute;cran comme une enfant de Dieu. La ruse est justement que c&rsquo;est par l&rsquo;esth&eacute;tique que sa g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;, qui est r&eacute;elle, se trouve prise en d&eacute;faut. Voil&agrave; le cin&eacute;aste pris au pi&egrave;ge, ayant &eacute;dulcor&eacute; le r&eacute;cit d&rsquo;origine&nbsp;: ayant ainsi donn&eacute; licence au mal&eacute;fice en lui &ocirc;tant son &acirc;pret&eacute;, sa haine et sa brutalit&eacute;, ayant peut-&ecirc;tre autoris&eacute; la plus funeste des contrebandes, &agrave; proportion que l&rsquo;attention du spectateur devient moins vigilante et se d&eacute;mobilise. Le paradoxe en somme est que le Bien couvre le Mal, loin de le conjurer, nous rende moins lucides sur sa nature et ses travestissements.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Si donc on les regarde tous deux, Cantet et B&eacute;gaudeau, comme les tristes champions d&rsquo;une guerre de principes situ&eacute;e dans les &eacute;tages profonds de nos esprits &ndash; de ce c&ocirc;t&eacute;, un Bien mal assur&eacute; par une plate esth&eacute;tique, tout &agrave; la fois documentaire et kitsch&nbsp;: se r&eacute;clamant d'une part du plat v&eacute;risme audio-visuel, et de l'autre recyclant des poncifs&nbsp;; de cet autre c&ocirc;t&eacute;, un Mal tout &agrave; la fois d&eacute;sordonn&eacute; et m&eacute;thodique, born&eacute; et tr&egrave;s subtil, hargneux et rigolo &ndash; sait-on qui &agrave; la fin l'emportera, le candide cin&eacute;aste ou l'&eacute;crivain taxidermiste ? S'aventurer vers cette question oblige &agrave; formuler trois v&oelig;ux. D&rsquo;abord, que chaque Fran&ccedil;ais aille voir le film pour y chercher les traces, tout de m&ecirc;me, d'une sorte d'amour ; et qu'il affronte <em>seulement apr&egrave;s</em></span><span> le risque d&rsquo;ouvrir unGGg livre o&ugrave; est &eacute;crit en encre sympathique, derri&egrave;re la moindre phrase : ici, nul n'est sauv&eacute;. Que, comme tout homme de l&rsquo;art, ensuite, Laurent Cantet fasse une pause dans la course du succ&egrave;s, et se pose une bonne fois la question&nbsp;de savoir si, dans l'ampleur d'une catastrophe, une &oelig;uvre lui r&eacute;siste ou bien lui ob&eacute;it. Quant &agrave; l'homme B&eacute;gaudeau, qui a le noir talent de ceux qui raillent un tel vocabulaire et qui, pour r&eacute;ussir, ne sont jamais &agrave; court d'aucune tricherie &ndash; qui profite, comme ici, d'une morale de l'art oppos&eacute;e &agrave; la sienne &ndash;, on voudrait qu'il comprenne que l'&acirc;pret&eacute; hargneuse de la moindre de ses phrases porte atteinte &agrave; la vie. Et qu'&agrave; cette condition &ndash; qui sait ? &ndash; il puisse devenir un &eacute;crivain.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Du coup, un dernier mot sur les deux plans qui ferment le film. L'ultime image est celle de la classe vide. Non ce vide de voli&egrave;re apr&egrave;s que fut donn&eacute; le signal des vacances, mais celui, effroyable, que nous avons palp&eacute; pendant deux heures, et auquel nous pr&ecirc;tons une attention r&eacute;trospective. Ecoutons apr&egrave;s coup la teneur du vacarme d&rsquo;une classe-B&eacute;gaudeau. Silence et nuit d'avant toute chose, comme avant toute Gen&egrave;se. Or nous voil&agrave; nous-m&ecirc;mes, &agrave; l'autre bout du temps, somm&eacute;s de traverser l'effarante &eacute;nergie de corps &eacute;lectris&eacute;s par seulement la mati&egrave;re, et d&rsquo;entendre prononcer, sous cette parole d&eacute;connect&eacute;e de toute esp&egrave;ce de sens commun, en arri&egrave;re de ces phrases que rien ne justifie, cette clausule qu&rsquo;on redoute : ah c'est fini, &ccedil;a va finir. La vraie fin, cependant, nous montre la sortie de Souleymane et de sa m&egrave;re, apr&egrave;s qu&rsquo;elle a tois&eacute; pour nous, de son regard de reine, le piteux professeur qui a fait du saccage des enfants une philosophie. Elle s&rsquo;avance &laquo;&nbsp;hors les murs&nbsp;&raquo;, suivi du grand gar&ccedil;on penaud qui demeure &agrave; distance de ce que l&rsquo;&eacute;motion, en nous, dans l&rsquo;effet saisissant d&rsquo;une <em>contre-contre-plong&eacute;e, </em></span><span>regarde dispara&icirc;tre comme plus qu&rsquo;une m&egrave;re bless&eacute;e&nbsp;: <em>la noblesse en personne</em></span><span>. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Merci au cin&eacute;aste Laurent Cantet de nous avoir offert, dans le hasard d&rsquo;une fin qui lui &eacute;chappe, ce plan sublime. Et merci par ailleurs au petit dieu m&eacute;chant de la p&eacute;dagogie de nous avoir donn&eacute; &agrave; son insu, par la gr&acirc;ce m&ecirc;me de l&rsquo;incurie du pire repr&eacute;sentant qui soit, une si belle le&ccedil;on.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Patrick Guyon, &eacute;crivain<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Haut fonctionnaire de l&rsquo;&Eacute;tat<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Dernier livre publi&eacute;&nbsp;: Pour une politique de l&rsquo;esprit (Ed. J&eacute;r&ocirc;me Millon)<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p>CANTET ET B&Eacute;GAUDEAU&nbsp;: UNE CONJURATION</o:p></span></p>
<!--StartFragment-->
<p class="MsoNormal"><span><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span><o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>B&eacute;gaudeau d&eacute;sormais est le nom d'un probl&egrave;me. Que n'a-t-on pas &eacute;crit, d&eacute;j&agrave;, sur son roman <em>Entre les murs</em></span><span>, l'&eacute;v&eacute;nement noir qui marquera la fin de notre histoire scolaire. On parla d'une chronique &laquo;&nbsp;savoureuse&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;douce-am&egrave;re&nbsp;&raquo;, de l'&eacute;cole d'aujourd'hui. Pendant que l'on vantait la mani&egrave;re &laquo;&nbsp;h&eacute;ro&iuml;que et modeste&nbsp;&raquo; de son enseignement, l'on entendit ce professeur se perdre dans l'apologie d'une &laquo;&nbsp;loquacit&eacute; d&eacute;brid&eacute;e&nbsp;&raquo;, m&ecirc;me d'un &laquo;&nbsp;joyeux bordel&nbsp;&raquo;, cens&eacute;s donner &agrave; notre &eacute;cole la chance et l'occasion d'une renaissance. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Or de quoi s'agit-il ? D'un professeur qui a chang&eacute; son r&ocirc;le de ma&icirc;tre en bousilleur d'enfants pour la plupart odieux, comme l'&eacute;crivain les a voulus : tr&egrave;s uniform&eacute;ment stupides, grossiers, caract&eacute;riels. Du coup, l'id&eacute;e a pu germer que, dans cette sorte d'autoportrait pour un peu masochiste, dans ce <em>martyre </em></span><span><em>fictif</em></span><span>, notre &eacute;cole naufrag&eacute;e recevait une vol&eacute;e de bois vert. Mais non, Cantet et B&eacute;gaudeau, conjur&eacute;s sur ce point, affirment que leurs deux &oelig;uvres sont des documentaires s&eacute;rieux et &laquo;&nbsp;engag&eacute;s&nbsp;&raquo;, ent&eacute;s &agrave; la promesse d'un mouvement </span><span><em>positif</em></span><span>. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&Agrave; quoi s'ajoute la profession de foi r&eacute;it&eacute;r&eacute;e de l'acteur-romancier qui joue avec niaiserie son propre r&ocirc;le. &laquo;&nbsp;Un cours, &ccedil;a doit partir dans tous les sens, pour le meilleur et pour le pire&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Le bon prof, ajoute-t-il, est celui qui se trompe, qui est peu s&ucirc;r de lui, de mauvaise foi, irresponsable : qui m&ecirc;me n'enseigne pas !&nbsp;&raquo; Les traits de cet id&eacute;al-type sont fi&egrave;rement revendiqu&eacute;s &agrave; longueur d'interview, tellement ce Pierrot triste n'a de cesse de chercher, dans le fi&eacute;vreux miroir de chalands m&eacute;dus&eacute;s, un reflet </span><span><em>suffisant </em></span><span>: Socrate r&eacute;incarn&eacute;, anthropologue de choc, grand &eacute;crivain, enfin acteur &laquo;&nbsp;facile&nbsp;&raquo; &agrave; l'&eacute;gal des plus grands.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Aussi bien le voit-on dans ses &oelig;uvres. S'il lui fallait analyser ce concentr&eacute; de pure b&ecirc;tise professorale, un formateur d'IUFM qu'anime un reste de bon sens constaterait qu'il n'est aucune le&ccedil;on qui ait une ligne. Que l'on nous donne &agrave; voir une classe de zombies d&eacute;raillants, cr&eacute;pitant comme un feu d'&eacute;tincelles allum&eacute; par un artificier d&eacute;ment ou ivre. Que du ma&icirc;tre des lieux il n'est aucune explication qui ne soit fausse ou inappropri&eacute;e, inopportune ou erratique. Il ne s'agit nullement de l'&agrave;-peu-pr&egrave;s fatal au labeur malais&eacute; de la conversation p&eacute;dagogique, mais de l'incertitude li&eacute;e &agrave; un discours papillonnant, toujours irr&eacute;fl&eacute;chi. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Il n'est aucun moment de ces le&ccedil;ons que l'on puisse approuver : ni adresse g&eacute;n&eacute;reuse, ni expos&eacute; clair et pr&eacute;cis, qui sont au c&oelig;ur de toute s&eacute;rieuse &eacute;ducation. Passons sur ces &eacute;lucubrations sur le foot-ball, sur la DS 19 et sur l'&acirc;ge de Johnny Halliday ; sur la taille de l'Autriche, sur les homosexuels, sur la misogynie, sur le sens de la vie ! Passons sur ces remarques grammaticales ponctu&eacute;es par les &laquo;&nbsp;euh, oui, non&nbsp;&raquo; du professeur, conclues souvent par un &laquo;&nbsp;de toutes fa&ccedil;ons, &ccedil;a sert &agrave; rien&nbsp;&raquo;, comme on le voit dans cette absurde le&ccedil;on sur l'imparfait du subjonctif, dont on a fait l'embl&egrave;me du film. On parlerait jusqu'&agrave; demain sans que l'humeur retombe, &agrave; court d'exemples.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Surtout qu'on ne nous serve pas les m&ecirc;mes chansons sur l'air du temps : les quartiers, le jeunisme,<span>&nbsp; </span>le ch&ocirc;mage. Toutes choses bien r&eacute;elles et qui m&eacute;ritent une d&eacute;cision. Il ne s'agit ici que du portrait d'un professeur que la nation enti&egrave;re est en passe d'applaudir, et sur lequel devrait s'abattre la froide sentence de Montesquieu : </span><span><em>Non, ce n'est point le peuple naissant qui d&eacute;g&eacute;n&egrave;re, il ne se perd que lorsque les hommes faits sont d&eacute;j&agrave; corrompus</em></span><span>. Pour inventer les conditions d'un magist&egrave;re d&eacute;mocratique, il faudrait que l'&eacute;l&egrave;ve, au moins, ne soit pas expos&eacute; &agrave; des discours <em>inadmissibles</em></span><span>. Et que d&eacute;j&agrave; le professeur f&ucirc;t un adulte mieux assur&eacute; de ses savoirs, d&eacute;livr&eacute; d'un fatal narcissisme. Diff&eacute;rent de celui que l'on voit b&eacute;gayer, faire sans cesse le malin, d&eacute;biter des erreurs, s'emp&ecirc;trer dans des duels path&eacute;tiques ; refuser piteusement de reconna&icirc;tre une faute qui ferait honte &agrave; un enfant (cette insulte de &laquo;&nbsp;p&eacute;tasses&nbsp;&raquo;, que d&eacute;sormais toute la France conna&icirc;t par une sc&egrave;ne d'anthologie).<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Et ceci nous conduit &agrave; ce qui certainement est le plus important, peut-&ecirc;tre la cl&eacute; de tout. Ce professeur qui dit vouloir le bien de ses &eacute;l&egrave;ves, mais est inapte &agrave; les entendre ; qui fait de l'anarchie un dogme terrorisant (&laquo;&nbsp;C'est vous, le prof&nbsp;&raquo;, protestent-ils) et qui, dans le m&ecirc;me temps, garantit ses le&ccedil;ons par une id&eacute;e abstraite et fausse de son enseignement : l'&eacute;tiquetage absurde des vieilles figures de rh&eacute;torique&nbsp;; l&rsquo;examen du <em>sch&eacute;ma actanciel</em></span><span> de la structure des contes, &laquo;&nbsp;bien plus d&eacute;mocratique que </span><span><em>l'imperiun bourgeois</em></span><span> de l'humanisme&nbsp;&raquo; &ndash; prendra place dans nos mythes comme l'H&eacute;rode achev&eacute; de la p&eacute;dagogie&nbsp;: un professeur indiff&eacute;rent et froid, vide de tout id&eacute;al, et qui se venge de sa d&eacute;sesp&eacute;rance en refusant de tenir seul le r&ocirc;le de dernier homme.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Sans doute Laurent Cantet serait-il &eacute;tonn&eacute; d'entendre dire qu'il a pr&ecirc;t&eacute; la main de mani&egrave;re ing&eacute;nue au nihilisme le plus noir, et que son film expose et fait le mal <em>avec un tour de plus.</em></span><span> C'est lui, pourtant, qui a couru vers B&eacute;gaudeau et qui, lisant &agrave; peine son livre, s&eacute;duit par l'air du temps et abus&eacute; par son discours, intronisa ce p&eacute;dagogue pervers en Socrate h&eacute;ro&iuml;que qui prend le risque du d&eacute;sordre, donnant ainsi quitus &agrave; un desperado qui inocule au peuple-enfant sa maladie mortelle&nbsp;: le n&eacute;ant de l&rsquo;esprit o&ugrave; seul le sans-avenir semble avoir de l'avenir.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Le candide est celui qui ne voit pas le mal dans tous ses d&eacute;guisements. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Lui qui croyait s'&ecirc;tre attel&eacute; &agrave; un film au moins honn&ecirc;te, au prix de conc&eacute;der quelques poncifs &agrave; l'air du temps, se voit somm&eacute; de reconna&icirc;tre qu'il participe &agrave; l&rsquo;entreprise qui &eacute;visc&egrave;re la soci&eacute;t&eacute; de toute force positive</span><span>. Or qu'aurait-il fallu pour contenir ce mal&eacute;fice ? Que sans doute il comprenne que cette parole sacralis&eacute;e comme un article du nouveau dogme &ndash; ah, l'oralit&eacute;&nbsp;! &ndash; emprisonne les consciences en arri&egrave;re des pulsions, manque &agrave; &ecirc;tre raisonnable et civile. Mais comment r&eacute;sister &agrave; cette id&eacute;e &eacute;troite et dangereuse de la p&eacute;dagogie, quand on est cin&eacute;aste et qu&rsquo;on s&rsquo;engouffre sans malice du c&ocirc;t&eacute; de la vie&nbsp;: un film documentaire r&eacute;alis&eacute; comme en se jouant, o&ugrave; l&rsquo;on tire le meilleur d'enfants rendus<span>&nbsp; </span><em>aimables</em></span><span> par la gr&acirc;ce d'un tournage qui leur demande justement de <em>jouer l'&eacute;cole</em></span><span>, et o&ugrave; toute souffrance et toute ranc&oelig;ur sont r&eacute;dim&eacute;es, dans les moments trompeurs d'une imm&eacute;diate jubilation&nbsp;?<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Pourtant, on doit lui rendre gr&acirc;ce d&rsquo;avoir montr&eacute; des &ecirc;tres vrais, non les marionnettes du romancier&nbsp;: </span><span>sauvageons &eacute;tiquet&eacute;s comme dans un zoo, professeur &eacute;nerv&eacute; ou hagard, coll&egrave;gues fantomatiques ou abrutis, qui semblent le degr&eacute; z&eacute;ro de la culture, ou principal ventriloqu&eacute; par la langue morte du <em>no man's land</em></span><span> minist&eacute;riel, </span><span>&ndash;</span><span> toutes figures garanties par d&rsquo;arrogantes protestations (&laquo;&nbsp;Le r&eacute;el est toujours d&rsquo;avant garde&nbsp;&raquo;), en v&eacute;rit&eacute; puis&eacute;es dans le folklore &eacute;troit du poujadisme. On lui sait gr&eacute; aussi d&rsquo;avoir rendu son corps &agrave; la parole vivante, contre celle du roman, qui est aigu&euml;, s&egrave;che, froide comme une bande enregistr&eacute;e par une machine &agrave; spectre &eacute;troit, sans rythme et quasi morte &agrave; force d'indiff&eacute;rence, en d&eacute;pit des ces voix qui cherchent &agrave; mordre, au beau milieu d&rsquo;un mitraillage verbal donn&eacute; pour juste. Surtout de lui avoir &ocirc;t&eacute; la pointe de son sarcasme, car il n&rsquo;est rien B&eacute;gaudeau ne consid&egrave;re sans bienveillance, qu&rsquo;aucune phrase ne saccage, ne m&eacute;prise&nbsp;: le principal, l&rsquo;&eacute;cole, ses coll&egrave;gues professeurs, les parents d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves, l&rsquo;Autriche, les nains, la langue, la France, le si&egrave;cle, la culture. Qu&rsquo;on ne dise pas qu&rsquo;il s'agit d&rsquo;un jeu, cet humour qui fait honte aux potaches&nbsp;: &laquo;&nbsp;Vous charriez trop, monsieur&nbsp;&raquo;. Ni m&ecirc;me que B&eacute;gaudeau A un regard, car il EST un regard qui d&eacute;truit&nbsp;: le bourrelet de Khoumba, le ventre d&rsquo;une coll&egrave;gue enceinte, sa propre nullit&eacute; de professeur, m&ecirc;me la photocopieuse&nbsp;! <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Nous voici revenus dans les parages du gouffre. Jamais l&rsquo;on est all&eacute; si loin dans la naturalisation. Aura-t-on jamais lu une phrase plus assassine que&nbsp;: &laquo;&nbsp;Moche, Sofiane, a commenc&eacute; &agrave; lire&nbsp;&raquo;&nbsp;? Adorno tremblerait de voir quel tour a pris, dans un &eacute;crit immonde qui passe pour une pochade, cette esth&eacute;tique d&rsquo;apr&egrave;s </span><span>Auschwitz. Peut-&ecirc;tre Laurent Cantet, loin de vouloir favoriser le plus noir des principes, se sera-t-il senti capable, l'ayant entre-aper&ccedil;u, de le neutraliser. </span><span>Mais ce n&rsquo;est pas assez que le bourrelet de </span><span>Khoumba n&rsquo;ait pas &eacute;t&eacute; film&eacute;, que tant de coups d&rsquo;&eacute;pingle meurtriers aient disparu. Et que Sofiane, peut-&ecirc;tre, appar&ucirc;t sur l&rsquo;&eacute;cran comme une enfant de Dieu. La ruse est justement que c&rsquo;est par l&rsquo;esth&eacute;tique que sa g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;, qui est r&eacute;elle, se trouve prise en d&eacute;faut. Voil&agrave; le cin&eacute;aste pris au pi&egrave;ge, ayant &eacute;dulcor&eacute; le r&eacute;cit d&rsquo;origine&nbsp;: ayant ainsi donn&eacute; licence au mal&eacute;fice en lui &ocirc;tant son &acirc;pret&eacute;, sa haine et sa brutalit&eacute;, ayant peut-&ecirc;tre autoris&eacute; la plus funeste des contrebandes, &agrave; proportion que l&rsquo;attention du spectateur devient moins vigilante et se d&eacute;mobilise. Le paradoxe en somme est que le Bien couvre le Mal, loin de le conjurer, nous rende moins lucides sur sa nature et ses travestissements.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Si donc on les regarde tous deux, Cantet et B&eacute;gaudeau, comme les tristes champions d&rsquo;une guerre de principes situ&eacute;e dans les &eacute;tages profonds de nos esprits &ndash; de ce c&ocirc;t&eacute;, un Bien mal assur&eacute; par une plate esth&eacute;tique, tout &agrave; la fois documentaire et kitsch&nbsp;: se r&eacute;clamant d'une part du plat v&eacute;risme audio-visuel, et de l'autre recyclant des poncifs&nbsp;; de cet autre c&ocirc;t&eacute;, un Mal tout &agrave; la fois d&eacute;sordonn&eacute; et m&eacute;thodique, born&eacute; et tr&egrave;s subtil, hargneux et rigolo &ndash; sait-on qui &agrave; la fin l'emportera, le candide cin&eacute;aste ou l'&eacute;crivain taxidermiste ? S'aventurer vers cette question oblige &agrave; formuler trois v&oelig;ux. D&rsquo;abord, que chaque Fran&ccedil;ais aille voir le film pour y chercher les traces, tout de m&ecirc;me, d'une sorte d'amour ; et qu'il affronte <em>seulement apr&egrave;s</em></span><span> le risque d&rsquo;ouvrir unGGg livre o&ugrave; est &eacute;crit en encre sympathique, derri&egrave;re la moindre phrase : ici, nul n'est sauv&eacute;. Que, comme tout homme de l&rsquo;art, ensuite, Laurent Cantet fasse une pause dans la course du succ&egrave;s, et se pose une bonne fois la question&nbsp;de savoir si, dans l'ampleur d'une catastrophe, une &oelig;uvre lui r&eacute;siste ou bien lui ob&eacute;it. Quant &agrave; l'homme B&eacute;gaudeau, qui a le noir talent de ceux qui raillent un tel vocabulaire et qui, pour r&eacute;ussir, ne sont jamais &agrave; court d'aucune tricherie &ndash; qui profite, comme ici, d'une morale de l'art oppos&eacute;e &agrave; la sienne &ndash;, on voudrait qu'il comprenne que l'&acirc;pret&eacute; hargneuse de la moindre de ses phrases porte atteinte &agrave; la vie. Et qu'&agrave; cette condition &ndash; qui sait ? &ndash; il puisse devenir un &eacute;crivain.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Du coup, un dernier mot sur les deux plans qui ferment le film. L'ultime image est celle de la classe vide. Non ce vide de voli&egrave;re apr&egrave;s que fut donn&eacute; le signal des vacances, mais celui, effroyable, que nous avons palp&eacute; pendant deux heures, et auquel nous pr&ecirc;tons une attention r&eacute;trospective. Ecoutons apr&egrave;s coup la teneur du vacarme d&rsquo;une classe-B&eacute;gaudeau. Silence et nuit d'avant toute chose, comme avant toute Gen&egrave;se. Or nous voil&agrave; nous-m&ecirc;mes, &agrave; l'autre bout du temps, somm&eacute;s de traverser l'effarante &eacute;nergie de corps &eacute;lectris&eacute;s par seulement la mati&egrave;re, et d&rsquo;entendre prononcer, sous cette parole d&eacute;connect&eacute;e de toute esp&egrave;ce de sens commun, en arri&egrave;re de ces phrases que rien ne justifie, cette clausule qu&rsquo;on redoute : ah c'est fini, &ccedil;a va finir. La vraie fin, cependant, nous montre la sortie de Souleymane et de sa m&egrave;re, apr&egrave;s qu&rsquo;elle a tois&eacute; pour nous, de son regard de reine, le piteux professeur qui a fait du saccage des enfants une philosophie. Elle s&rsquo;avance &laquo;&nbsp;hors les murs&nbsp;&raquo;, suivi du grand gar&ccedil;on penaud qui demeure &agrave; distance de ce que l&rsquo;&eacute;motion, en nous, dans l&rsquo;effet saisissant d&rsquo;une <em>contre-contre-plong&eacute;e, </em></span><span>regarde dispara&icirc;tre comme plus qu&rsquo;une m&egrave;re bless&eacute;e&nbsp;: <em>la noblesse en personne</em></span><span>. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Merci au cin&eacute;aste Laurent Cantet de nous avoir offert, dans le hasard d&rsquo;une fin qui lui &eacute;chappe, ce plan sublime. Et merci par ailleurs au petit dieu m&eacute;chant de la p&eacute;dagogie de nous avoir donn&eacute; &agrave; son insu, par la gr&acirc;ce m&ecirc;me de l&rsquo;incurie du pire repr&eacute;sentant qui soit, une si belle le&ccedil;on.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Patrick Guyon, &eacute;crivain<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Haut fonctionnaire de l&rsquo;&Eacute;tat<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Dernier livre publi&eacute;&nbsp;: Pour une politique de l&rsquo;esprit (Ed. J&eacute;r&ocirc;me Millon)<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span><span>&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;</span><o:p>CANTET ET B&Eacute;GAUDEAU&nbsp;: UNE CONJURATION</o:p></span></p>
<!--StartFragment-->
<p class="MsoNormal"><span><span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span><o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>B&eacute;gaudeau d&eacute;sormais est le nom d'un probl&egrave;me. Que n'a-t-on pas &eacute;crit, d&eacute;j&agrave;, sur son roman <em>Entre les murs</em></span><span>, l'&eacute;v&eacute;nement noir qui marquera la fin de notre histoire scolaire. On parla d'une chronique &laquo;&nbsp;savoureuse&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;douce-am&egrave;re&nbsp;&raquo;, de l'&eacute;cole d'aujourd'hui. Pendant que l'on vantait la mani&egrave;re &laquo;&nbsp;h&eacute;ro&iuml;que et modeste&nbsp;&raquo; de son enseignement, l'on entendit ce professeur se perdre dans l'apologie d'une &laquo;&nbsp;loquacit&eacute; d&eacute;brid&eacute;e&nbsp;&raquo;, m&ecirc;me d'un &laquo;&nbsp;joyeux bordel&nbsp;&raquo;, cens&eacute;s donner &agrave; notre &eacute;cole la chance et l'occasion d'une renaissance. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Or de quoi s'agit-il ? D'un professeur qui a chang&eacute; son r&ocirc;le de ma&icirc;tre en bousilleur d'enfants pour la plupart odieux, comme l'&eacute;crivain les a voulus : tr&egrave;s uniform&eacute;ment stupides, grossiers, caract&eacute;riels. Du coup, l'id&eacute;e a pu germer que, dans cette sorte d'autoportrait pour un peu masochiste, dans ce <em>martyre </em></span><span><em>fictif</em></span><span>, notre &eacute;cole naufrag&eacute;e recevait une vol&eacute;e de bois vert. Mais non, Cantet et B&eacute;gaudeau, conjur&eacute;s sur ce point, affirment que leurs deux &oelig;uvres sont des documentaires s&eacute;rieux et &laquo;&nbsp;engag&eacute;s&nbsp;&raquo;, ent&eacute;s &agrave; la promesse d'un mouvement </span><span><em>positif</em></span><span>. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&Agrave; quoi s'ajoute la profession de foi r&eacute;it&eacute;r&eacute;e de l'acteur-romancier qui joue avec niaiserie son propre r&ocirc;le. &laquo;&nbsp;Un cours, &ccedil;a doit partir dans tous les sens, pour le meilleur et pour le pire&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Le bon prof, ajoute-t-il, est celui qui se trompe, qui est peu s&ucirc;r de lui, de mauvaise foi, irresponsable : qui m&ecirc;me n'enseigne pas !&nbsp;&raquo; Les traits de cet id&eacute;al-type sont fi&egrave;rement revendiqu&eacute;s &agrave; longueur d'interview, tellement ce Pierrot triste n'a de cesse de chercher, dans le fi&eacute;vreux miroir de chalands m&eacute;dus&eacute;s, un reflet </span><span><em>suffisant </em></span><span>: Socrate r&eacute;incarn&eacute;, anthropologue de choc, grand &eacute;crivain, enfin acteur &laquo;&nbsp;facile&nbsp;&raquo; &agrave; l'&eacute;gal des plus grands.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Aussi bien le voit-on dans ses &oelig;uvres. S'il lui fallait analyser ce concentr&eacute; de pure b&ecirc;tise professorale, un formateur d'IUFM qu'anime un reste de bon sens constaterait qu'il n'est aucune le&ccedil;on qui ait une ligne. Que l'on nous donne &agrave; voir une classe de zombies d&eacute;raillants, cr&eacute;pitant comme un feu d'&eacute;tincelles allum&eacute; par un artificier d&eacute;ment ou ivre. Que du ma&icirc;tre des lieux il n'est aucune explication qui ne soit fausse ou inappropri&eacute;e, inopportune ou erratique. Il ne s'agit nullement de l'&agrave;-peu-pr&egrave;s fatal au labeur malais&eacute; de la conversation p&eacute;dagogique, mais de l'incertitude li&eacute;e &agrave; un discours papillonnant, toujours irr&eacute;fl&eacute;chi. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Il n'est aucun moment de ces le&ccedil;ons que l'on puisse approuver : ni adresse g&eacute;n&eacute;reuse, ni expos&eacute; clair et pr&eacute;cis, qui sont au c&oelig;ur de toute s&eacute;rieuse &eacute;ducation. Passons sur ces &eacute;lucubrations sur le foot-ball, sur la DS 19 et sur l'&acirc;ge de Johnny Halliday ; sur la taille de l'Autriche, sur les homosexuels, sur la misogynie, sur le sens de la vie ! Passons sur ces remarques grammaticales ponctu&eacute;es par les &laquo;&nbsp;euh, oui, non&nbsp;&raquo; du professeur, conclues souvent par un &laquo;&nbsp;de toutes fa&ccedil;ons, &ccedil;a sert &agrave; rien&nbsp;&raquo;, comme on le voit dans cette absurde le&ccedil;on sur l'imparfait du subjonctif, dont on a fait l'embl&egrave;me du film. On parlerait jusqu'&agrave; demain sans que l'humeur retombe, &agrave; court d'exemples.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Surtout qu'on ne nous serve pas les m&ecirc;mes chansons sur l'air du temps : les quartiers, le jeunisme,<span>&nbsp; </span>le ch&ocirc;mage. Toutes choses bien r&eacute;elles et qui m&eacute;ritent une d&eacute;cision. Il ne s'agit ici que du portrait d'un professeur que la nation enti&egrave;re est en passe d'applaudir, et sur lequel devrait s'abattre la froide sentence de Montesquieu : </span><span><em>Non, ce n'est point le peuple naissant qui d&eacute;g&eacute;n&egrave;re, il ne se perd que lorsque les hommes faits sont d&eacute;j&agrave; corrompus</em></span><span>. Pour inventer les conditions d'un magist&egrave;re d&eacute;mocratique, il faudrait que l'&eacute;l&egrave;ve, au moins, ne soit pas expos&eacute; &agrave; des discours <em>inadmissibles</em></span><span>. Et que d&eacute;j&agrave; le professeur f&ucirc;t un adulte mieux assur&eacute; de ses savoirs, d&eacute;livr&eacute; d'un fatal narcissisme. Diff&eacute;rent de celui que l'on voit b&eacute;gayer, faire sans cesse le malin, d&eacute;biter des erreurs, s'emp&ecirc;trer dans des duels path&eacute;tiques ; refuser piteusement de reconna&icirc;tre une faute qui ferait honte &agrave; un enfant (cette insulte de &laquo;&nbsp;p&eacute;tasses&nbsp;&raquo;, que d&eacute;sormais toute la France conna&icirc;t par une sc&egrave;ne d'anthologie).<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Et ceci nous conduit &agrave; ce qui certainement est le plus important, peut-&ecirc;tre la cl&eacute; de tout. Ce professeur qui dit vouloir le bien de ses &eacute;l&egrave;ves, mais est inapte &agrave; les entendre ; qui fait de l'anarchie un dogme terrorisant (&laquo;&nbsp;C'est vous, le prof&nbsp;&raquo;, protestent-ils) et qui, dans le m&ecirc;me temps, garantit ses le&ccedil;ons par une id&eacute;e abstraite et fausse de son enseignement : l'&eacute;tiquetage absurde des vieilles figures de rh&eacute;torique&nbsp;; l&rsquo;examen du <em>sch&eacute;ma actanciel</em></span><span> de la structure des contes, &laquo;&nbsp;bien plus d&eacute;mocratique que </span><span><em>l'imperiun bourgeois</em></span><span> de l'humanisme&nbsp;&raquo; &ndash; prendra place dans nos mythes comme l'H&eacute;rode achev&eacute; de la p&eacute;dagogie&nbsp;: un professeur indiff&eacute;rent et froid, vide de tout id&eacute;al, et qui se venge de sa d&eacute;sesp&eacute;rance en refusant de tenir seul le r&ocirc;le de dernier homme.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Sans doute Laurent Cantet serait-il &eacute;tonn&eacute; d'entendre dire qu'il a pr&ecirc;t&eacute; la main de mani&egrave;re ing&eacute;nue au nihilisme le plus noir, et que son film expose et fait le mal <em>avec un tour de plus.</em></span><span> C'est lui, pourtant, qui a couru vers B&eacute;gaudeau et qui, lisant &agrave; peine son livre, s&eacute;duit par l'air du temps et abus&eacute; par son discours, intronisa ce p&eacute;dagogue pervers en Socrate h&eacute;ro&iuml;que qui prend le risque du d&eacute;sordre, donnant ainsi quitus &agrave; un desperado qui inocule au peuple-enfant sa maladie mortelle&nbsp;: le n&eacute;ant de l&rsquo;esprit o&ugrave; seul le sans-avenir semble avoir de l'avenir.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Le candide est celui qui ne voit pas le mal dans tous ses d&eacute;guisements. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Lui qui croyait s'&ecirc;tre attel&eacute; &agrave; un film au moins honn&ecirc;te, au prix de conc&eacute;der quelques poncifs &agrave; l'air du temps, se voit somm&eacute; de reconna&icirc;tre qu'il participe &agrave; l&rsquo;entreprise qui &eacute;visc&egrave;re la soci&eacute;t&eacute; de toute force positive</span><span>. Or qu'aurait-il fallu pour contenir ce mal&eacute;fice ? Que sans doute il comprenne que cette parole sacralis&eacute;e comme un article du nouveau dogme &ndash; ah, l'oralit&eacute;&nbsp;! &ndash; emprisonne les consciences en arri&egrave;re des pulsions, manque &agrave; &ecirc;tre raisonnable et civile. Mais comment r&eacute;sister &agrave; cette id&eacute;e &eacute;troite et dangereuse de la p&eacute;dagogie, quand on est cin&eacute;aste et qu&rsquo;on s&rsquo;engouffre sans malice du c&ocirc;t&eacute; de la vie&nbsp;: un film documentaire r&eacute;alis&eacute; comme en se jouant, o&ugrave; l&rsquo;on tire le meilleur d'enfants rendus<span>&nbsp; </span><em>aimables</em></span><span> par la gr&acirc;ce d'un tournage qui leur demande justement de <em>jouer l'&eacute;cole</em></span><span>, et o&ugrave; toute souffrance et toute ranc&oelig;ur sont r&eacute;dim&eacute;es, dans les moments trompeurs d'une imm&eacute;diate jubilation&nbsp;?<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Pourtant, on doit lui rendre gr&acirc;ce d&rsquo;avoir montr&eacute; des &ecirc;tres vrais, non les marionnettes du romancier&nbsp;: </span><span>sauvageons &eacute;tiquet&eacute;s comme dans un zoo, professeur &eacute;nerv&eacute; ou hagard, coll&egrave;gues fantomatiques ou abrutis, qui semblent le degr&eacute; z&eacute;ro de la culture, ou principal ventriloqu&eacute; par la langue morte du <em>no man's land</em></span><span> minist&eacute;riel, </span><span>&ndash;</span><span> toutes figures garanties par d&rsquo;arrogantes protestations (&laquo;&nbsp;Le r&eacute;el est toujours d&rsquo;avant garde&nbsp;&raquo;), en v&eacute;rit&eacute; puis&eacute;es dans le folklore &eacute;troit du poujadisme. On lui sait gr&eacute; aussi d&rsquo;avoir rendu son corps &agrave; la parole vivante, contre celle du roman, qui est aigu&euml;, s&egrave;che, froide comme une bande enregistr&eacute;e par une machine &agrave; spectre &eacute;troit, sans rythme et quasi morte &agrave; force d'indiff&eacute;rence, en d&eacute;pit des ces voix qui cherchent &agrave; mordre, au beau milieu d&rsquo;un mitraillage verbal donn&eacute; pour juste. Surtout de lui avoir &ocirc;t&eacute; la pointe de son sarcasme, car il n&rsquo;est rien B&eacute;gaudeau ne consid&egrave;re sans bienveillance, qu&rsquo;aucune phrase ne saccage, ne m&eacute;prise&nbsp;: le principal, l&rsquo;&eacute;cole, ses coll&egrave;gues professeurs, les parents d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves, l&rsquo;Autriche, les nains, la langue, la France, le si&egrave;cle, la culture. Qu&rsquo;on ne dise pas qu&rsquo;il s'agit d&rsquo;un jeu, cet humour qui fait honte aux potaches&nbsp;: &laquo;&nbsp;Vous charriez trop, monsieur&nbsp;&raquo;. Ni m&ecirc;me que B&eacute;gaudeau A un regard, car il EST un regard qui d&eacute;truit&nbsp;: le bourrelet de Khoumba, le ventre d&rsquo;une coll&egrave;gue enceinte, sa propre nullit&eacute; de professeur, m&ecirc;me la photocopieuse&nbsp;! <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Nous voici revenus dans les parages du gouffre. Jamais l&rsquo;on est all&eacute; si loin dans la naturalisation. Aura-t-on jamais lu une phrase plus assassine que&nbsp;: &laquo;&nbsp;Moche, Sofiane, a commenc&eacute; &agrave; lire&nbsp;&raquo;&nbsp;? Adorno tremblerait de voir quel tour a pris, dans un &eacute;crit immonde qui passe pour une pochade, cette esth&eacute;tique d&rsquo;apr&egrave;s </span><span>Auschwitz. Peut-&ecirc;tre Laurent Cantet, loin de vouloir favoriser le plus noir des principes, se sera-t-il senti capable, l'ayant entre-aper&ccedil;u, de le neutraliser. </span><span>Mais ce n&rsquo;est pas assez que le bourrelet de </span><span>Khoumba n&rsquo;ait pas &eacute;t&eacute; film&eacute;, que tant de coups d&rsquo;&eacute;pingle meurtriers aient disparu. Et que Sofiane, peut-&ecirc;tre, appar&ucirc;t sur l&rsquo;&eacute;cran comme une enfant de Dieu. La ruse est justement que c&rsquo;est par l&rsquo;esth&eacute;tique que sa g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;, qui est r&eacute;elle, se trouve prise en d&eacute;faut. Voil&agrave; le cin&eacute;aste pris au pi&egrave;ge, ayant &eacute;dulcor&eacute; le r&eacute;cit d&rsquo;origine&nbsp;: ayant ainsi donn&eacute; licence au mal&eacute;fice en lui &ocirc;tant son &acirc;pret&eacute;, sa haine et sa brutalit&eacute;, ayant peut-&ecirc;tre autoris&eacute; la plus funeste des contrebandes, &agrave; proportion que l&rsquo;attention du spectateur devient moins vigilante et se d&eacute;mobilise. Le paradoxe en somme est que le Bien couvre le Mal, loin de le conjurer, nous rende moins lucides sur sa nature et ses travestissements.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Si donc on les regarde tous deux, Cantet et B&eacute;gaudeau, comme les tristes champions d&rsquo;une guerre de principes situ&eacute;e dans les &eacute;tages profonds de nos esprits &ndash; de ce c&ocirc;t&eacute;, un Bien mal assur&eacute; par une plate esth&eacute;tique, tout &agrave; la fois documentaire et kitsch&nbsp;: se r&eacute;clamant d'une part du plat v&eacute;risme audio-visuel, et de l'autre recyclant des poncifs&nbsp;; de cet autre c&ocirc;t&eacute;, un Mal tout &agrave; la fois d&eacute;sordonn&eacute; et m&eacute;thodique, born&eacute; et tr&egrave;s subtil, hargneux et rigolo &ndash; sait-on qui &agrave; la fin l'emportera, le candide cin&eacute;aste ou l'&eacute;crivain taxidermiste ? S'aventurer vers cette question oblige &agrave; formuler trois v&oelig;ux. D&rsquo;abord, que chaque Fran&ccedil;ais aille voir le film pour y chercher les traces, tout de m&ecirc;me, d'une sorte d'amour ; et qu'il affronte <em>seulement apr&egrave;s</em></span><span> le risque d&rsquo;ouvrir unGGg livre o&ugrave; est &eacute;crit en encre sympathique, derri&egrave;re la moindre phrase : ici, nul n'est sauv&eacute;. Que, comme tout homme de l&rsquo;art, ensuite, Laurent Cantet fasse une pause dans la course du succ&egrave;s, et se pose une bonne fois la question&nbsp;de savoir si, dans l'ampleur d'une catastrophe, une &oelig;uvre lui r&eacute;siste ou bien lui ob&eacute;it. Quant &agrave; l'homme B&eacute;gaudeau, qui a le noir talent de ceux qui raillent un tel vocabulaire et qui, pour r&eacute;ussir, ne sont jamais &agrave; court d'aucune tricherie &ndash; qui profite, comme ici, d'une morale de l'art oppos&eacute;e &agrave; la sienne &ndash;, on voudrait qu'il comprenne que l'&acirc;pret&eacute; hargneuse de la moindre de ses phrases porte atteinte &agrave; la vie. Et qu'&agrave; cette condition &ndash; qui sait ? &ndash; il puisse devenir un &eacute;crivain.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Du coup, un dernier mot sur les deux plans qui ferment le film. L'ultime image est celle de la classe vide. Non ce vide de voli&egrave;re apr&egrave;s que fut donn&eacute; le signal des vacances, mais celui, effroyable, que nous avons palp&eacute; pendant deux heures, et auquel nous pr&ecirc;tons une attention r&eacute;trospective. Ecoutons apr&egrave;s coup la teneur du vacarme d&rsquo;une classe-B&eacute;gaudeau. Silence et nuit d'avant toute chose, comme avant toute Gen&egrave;se. Or nous voil&agrave; nous-m&ecirc;mes, &agrave; l'autre bout du temps, somm&eacute;s de traverser l'effarante &eacute;nergie de corps &eacute;lectris&eacute;s par seulement la mati&egrave;re, et d&rsquo;entendre prononcer, sous cette parole d&eacute;connect&eacute;e de toute esp&egrave;ce de sens commun, en arri&egrave;re de ces phrases que rien ne justifie, cette clausule qu&rsquo;on redoute : ah c'est fini, &ccedil;a va finir. La vraie fin, cependant, nous montre la sortie de Souleymane et de sa m&egrave;re, apr&egrave;s qu&rsquo;elle a tois&eacute; pour nous, de son regard de reine, le piteux professeur qui a fait du saccage des enfants une philosophie. Elle s&rsquo;avance &laquo;&nbsp;hors les murs&nbsp;&raquo;, suivi du grand gar&ccedil;on penaud qui demeure &agrave; distance de ce que l&rsquo;&eacute;motion, en nous, dans l&rsquo;effet saisissant d&rsquo;une <em>contre-contre-plong&eacute;e, </em></span><span>regarde dispara&icirc;tre comme plus qu&rsquo;une m&egrave;re bless&eacute;e&nbsp;: <em>la noblesse en personne</em></span><span>. <o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Merci au cin&eacute;aste Laurent Cantet de nous avoir offert, dans le hasard d&rsquo;une fin qui lui &eacute;chappe, ce plan sublime. Et merci par ailleurs au petit dieu m&eacute;chant de la p&eacute;dagogie de nous avoir donn&eacute; &agrave; son insu, par la gr&acirc;ce m&ecirc;me de l&rsquo;incurie du pire repr&eacute;sentant qui soit, une si belle le&ccedil;on.<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Patrick Guyon, &eacute;crivain<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Haut fonctionnaire de l&rsquo;&Eacute;tat<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>Dernier livre publi&eacute;&nbsp;: Pour une politique de l&rsquo;esprit (Ed. J&eacute;r&ocirc;me Millon)<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
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<p class="MsoNormal" align="right"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<p class="MsoNormal"><span>&nbsp;<o:p></o:p></span></p>
<!--EndFragment-->]]></description>
        <pubDate>Thu, 25 Sep 2008 09:11:39 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">692309859315cd8e1ef4c5a744b4f2db</guid>
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