Quelle importance accorder aux amours enfantines ?

Publié le par Planète-Eléa

 

Ils s’aiment en secret ou au grand jour. Se tiennent par la main ou se font des bisous dans la cour de l’école. Les enfants peuvent vivre des histoires d’amour dès la maternelle, au grand étonnement, parfois, des adultes qui ne savent pas toujours comment réagir.

Entretien avec Didier Lauru, psychiatre et psychanalyste, auteur notamment de La Sexualité des enfants n’est pas l’affaire des grands (Éd. Hachette).

Les histoires d’amour dès la maternelle ; les adultes ne savent pas comment réagir. / Tanja/Fotolia

La Croix : A quel âge un enfant peut-il tomber amoureux ?

Didier Lauru : Très tôt. Un enfant peut tomber amoureux dès la maternelle. À quatre, cinq ou six ans, il dit d’ailleurs facilement qu’il a une amoureuse ou un amoureux avec qui il fait des bisous ou des « gentillesses » et même, parfois, « l’amour », ce qui a cet âge veut simplement dire un baiser sur les lèvres. Le sentiment amoureux naît à ce moment-là. C’est un sentiment à mi-chemin entre l’amitié et l’amour qui vient en décalage des positions œdipiennes de l’enfant (son attachement au parent de sexe opposé) et qui clôt provisoirement ce fantasme. L’enfant comprend qu’il ne peut pas se marier avec son papa ou sa maman, alors il se tourne vers des amoureux de son âge qu’il trouve beaux et gentils. Ces amours enfantines peuvent durer quelque temps, avec parfois des petits conflits parce que l’un a deux amoureux ou parce qu’il a joué avec quelqu’un d’autre.

Plus tard, vers 6 ou 7 ans, l’enfant entre dans ce que la psychanalyse nomme la période de latence (un moment où les pulsions sexuelles sont refoulées avant de resurgir à la puberté), et s’intéresse moins à l’amour.

Il faut donc prendre les amours enfantines au sérieux ?

Didier Lauru : Oui, bien sûr, pour les enfants c’est sérieux. Il ne faut pas minimiser la relation ou en rigoler. Les petits croient vraiment que leur histoire d’amour va durer. Il n’est pas souhaitable non plus de leur poser trop de questions. Mieux vaut attendre qu’ils en parlent spontanément. À cet âge, ils le font d’ailleurs volontiers en attribuant toutes sortes de qualités à l’élu de leur cœur qui est « beau, gentil, intelligent », comme dans toute idéalisation amoureuse.

Comment consoler un enfant qui a un chagrin d’amour ?

Didier Lauru : Là non plus, il ne faut pas minimiser l’intensité de la perte, même si l’histoire n’a duré que quelques jours. Les parents peuvent dire à l’enfant que c’est normal d’être triste et qu’un jour il aura peut-être un autre amoureux ou une autre amoureuse. En même temps, ce chagrin l’aidera à comprendre que l’amour ou l’amitié ne durent pas toujours et limitera son désir de ne faire qu’un avec l’autre, ce qui, quel que soit l’âge, reste une illusion.

Les amours enfantines ont-elles une influence sur la vie affective future ?

Didier Lauru : C’est avant tout la relation avec les parents qui influence la vie amoureuse. La façon dont un enfant est aimé retentira sur sa façon d’aimer et de se laisser aimer. Ce modèle relationnel va imprégner toute la vie affective et se répéter à chaque histoire d’amour. Celles-ci ne seront évidemment pas identiques mais, disons, qu’elles rimeront, avec des accents et des traits communs.

Les amours infantiles sont, elles aussi, conditionnées par cette première relation. Même s’il est difficile d’en mesurer l’incidence sur la vie amoureuse, dans la mesure où elles sont souvent oubliées par ceux qui les vivent, elles restent néanmoins essentielles dans la construction psychique de l’enfant, dans son apprentissage du plaisir d’aimer et d’être aimé. Ce sont les prémices de ce qui se jouera, plus tard, à l’adolescence et à l’âge adulte.

À Lire : Il n’y a pas d’âge pour tomber amoureux

Par Paula Pinto Gomes  - http://www.la-croix.com/

Publié dans Education et loisirs

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