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Les mort-nés bientôt inscrits sur les registres d'état civil




Par Delphine de Mallevoüe - http://www.lefigaro.fr/

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Échographie d'un fœtus. Les bébés qui naissent en deçà du seuil de viabilité de 22 semaines sont aujourd'hui considérés comme des «déchets anatomiques».
Échographie d'un fœtus. Les bébés qui naissent en deçà du seuil de viabilité de 22 semaines sont aujourd'hui considérés comme des «déchets anatomiques». Crédits photo : Patrick ALLARD/REA


Les quelque 5 000 familles concernées chaque année pourront organiser des obsèques et ainsi mieux faire leur deuil.

Quels que soient leur terme et leur poids, les enfants mort-nés pourront bientôt figurer sur les registres d'état civil et ainsi avoir droit à des obsèques, contrairement à aujourd'hui où, considérés comme des «déchets anatomiques» quand ils n'atteignent pas 22  semaines ou 500 grammes, ils sont brûlés dans les incinérateurs des hôpitaux. Un décret est actuellement en cours de rédaction au ministère de la Santé et devrait être publié, selon nos informations, d'ici à quelques semaines, «tout au plus» à la rentrée, promet un parlementaire qui corédige le texte.

Ce projet intervient après que la Cour de cassation eut permis en février à trois familles, plusieurs fois déboutées, de donner un état civil à leurs bébés mort-nés, alors que ces derniers ne répondaient pas au critère des 22 semaines recommandé par l'Organisation mondiale de la santé. Des arrêts inédits qui avaient immédiatement provoqué une levée de boucliers des pro-IVG, qui voyaient là une remise en cause du droit à l'avortement.

Jusqu'à présent, c'est cette circulaire de l'OMS, datant de 1977, qui, face à une faille du droit français, fait office de réglementation, même si elle n'a aucun fondement juridique. Certes la loi française prévoit des dispositions, au travers de l'article 79-1 du Code civil, mais seulement pour les enfants nés «vivants et non viables» et les enfants nés «vivants et viables».

Rien n'est prévu pour les 5 000 à 7 000 bébés par an qui naissent mort-nés (sans avoir respiré) et qui sont en deçà du seuil de viabilité des 22 semaines. Ils ne peuvent ni figurer sur les registres d'état civil ni sur les registres de décès, ni bénéficier d'obsèques. Au contraire des autres qui, sur certificat médical ou acte «d'enfant sans vie», accèdent à ces possibilités. Des droits sociaux sont même accordés aux parents dans le cas des nés «vivants et viables», comme le congé maternité-paternité ou encore la majoration des droits de pension, en raison de la notion de viabilité qui donne un statut de «personnalité juridique» au fœtus. Seul égard accordé aux mort-nés : la possibilité de mentionner leur prénom sur le livret de famille.

«En 2008, on se doit de traiter avec décence et dignité les restes mortels de ces bébés, martèle Philippe Gosselin, député de la Manche, rapporteur de la loi sur le funéraire et corédacteur du décret à venir. Il n'est pas normal que cette question si douloureuse dépende d'une simple circulaire et d'un certificat délivré selon le bon vouloir et la subjectivité du médecin !» Pour le médiateur de la République, qui milite depuis deux ans pour légiférer sur cette question, «le but est en aucun cas de rouvrir les vieux débats, mais d'apporter une réponse pragmatique à la détresse des familles».

La notion d'accouchement

Depuis janvier, des réunions se tiennent entre sénateurs, députés, représentants de la Chancellerie, de la médiature de la République et de Matignon pour travailler à l'élaboration d'un décret qui contournerait les conditions de terme et de poids. Il serait ainsi question d'introduire la notion d'accouchement. «En délivrant un certificat médical d'accouchement, on permettrait aux parents qui le veulent de faire une demande d'établissement d'un acte d'enfant sans vie, conditionnel aux obsèques», explique un des rédacteurs du décret.

Tout ne sera pas résolu pour autant. Reste la notion de viabilité qui n'est pas définie dans notre droit, alors que «8 pays sur 9 en Europe l'ont déjà fixée», déplore un expert. Ce qui «crée inutilement de nombreuses injustices et souffrances», témoigne cette maman qui, récemment, n'a pas pu obtenir le certificat «sésame» du médecin alors que son bébé avait pourtant passé le seuil des 22 semaines. Le «deuxième étage de la fusée, reconnaît un rédacteur du décret, sera de fixer les recommandations de l'OMS dans la loi». Ce point ferait l'objet d'un second décret qui pourrait prendre la loi sur le funéraire comme vecteur, à l'automne.

Lundi 7 juillet 2008
par willy et sandrine publié dans : Le Deuil Périnatal
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À la mémoire d'Emma

 


Par Isabelle Hachey - http://www.cyberpresse.ca/

 

Carolina Leon garde les cendres d'Emma, morte à 17 semaines de grossesse, dans une urne, dans le salon. Elle a également fait prendre des empreintes des petits pieds du fœtus. (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

Carolina Leon garde les cendres d'Emma, morte à 17 semaines de grossesse, dans une urne, dans le salon. Elle a également fait prendre des empreintes des petits pieds du fœtus.
Photo Ivanoh Demers, La Presse

 

Les couples affligés par la perte d'un fœtus sont de plus en plus nombreux à lui faire des adieux officiels. Encouragés par les hôpitaux, ils emmaillotent les minuscules dépouilles, les bercent, les prennent en photo. Certains organisent même des funérailles. Ce rituel contribue à adoucir le deuil d'un enfant qu'ils aimaient déjà, profondément, sans le connaître. Quoi qu'en disent les autres.

C'était un samedi matin de février. À l'église Saint-Antonin, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, une quinzaine de parents tentaient de retenir leurs marmots, qui brûlaient d'envie de courir entre les bancs. Mais l'heure était à la retenue. Ils étaient réunis pour pleurer la disparition d'Emma, une toute petite fille qu'ils n'avaient pourtant jamais connue.

Emma est morte dans le ventre de sa mère, à 17 semaines de grossesse. Elle est née sans un cri à l'hôpital Sainte-Justine, le 22 janvier 2008, à 20h45. Elle pesait 145 grammes. Une poussière d'ange.

Aux yeux de la loi, Emma n'était pas un bébé, mais un fœtus, voire un simple «produit de conception». Aux yeux de sa mère, Carolina Leon, Emma était la plus belle chose qui pouvait arriver. Cette petite fille, elle l'espérait, elle l'attendait depuis 12 longues années.

À 45 ans, elle avait presque cessé d'y croire. Propriétaire d'une garderie, elle se contentait de couvrir d'amour les enfants des autres. Et puis, un jour de novembre, elle est tombée enceinte.

Hélas! Le médecin a vite découvert que le cœur d'Emma ne tiendrait pas le coup. La mort était inévitable, probablement en cours de grossesse, sinon peu après la naissance. Anéantie, Mme Leon devait faire un choix. «On a pensé que ce serait mieux de la laisser partir. Alors, on a provoqué l'accouchement. Quand les infirmières m'ont dit : «Pousse!», j'ai beaucoup pleuré. Pousser, c'est pour donner la vie, pas pour donner la mort.»

Avant de faire ses adieux à sa petite, Mme Leon devait faire connaissance avec elle. Pas question de laisser partir sa fille dans un bocal. «Une infirmière l'a lavée et me l'a amenée tout de suite. Je tremblais quand je l'ai prise dans mes bras pour la première fois. «Elle était si petite qu'elle tenait dans sa main. L'infirmière lui avait enfilé un minuscule tricot de laine blanche.»

« Je devais la voir pour savoir que ce n'était pas juste une chose. C'était un bébé», dit-elle.


Rituel des adieux


Puis, on a pris des photos d'Emma. On a fait des empreintes de ses petits pieds. Autant de souvenirs qui ne remplaceront jamais l'enfant mais qui aident à adoucir le deuil, explique Diane Gagnière, responsable de l'équipe interdisciplinaire du deuil périnatal à Sainte-Justine. «Le but, c'est de concrétiser une perte qui peut parfois sembler abstraite, d'inscrire l'enfant dans l'histoire de la famille.»

Méconnus, parfois même choquants pour le public, les rituels entourant la mort des fœtus sont de plus en plus nombreux au Québec. Et ils sont assez nouveaux : l'hôpital Sainte-Justine, où meurent chaque année des centaines de bébés avant terme, n'a adopté qu'en 2002 un plan d'intervention auprès des parents endeuillés.

«La plupart des parents qui perdent un bébé sont heureux qu'on leur demande s'ils veulent le prendre, le bercer en lui chantant les chansons qu'ils avaient imaginé lui chanter à sa naissance, dit Mme Gagnière. Ils avaient ces besoins mais n'osaient pas les formuler parce qu'ils avaient peur de passer pour des gens morbides.»

Sophie Caron s'est précipitée à l'hôpital quand ses eaux ont crevé, à 21 semaines de grossesse. Pendant des jours, elle et son conjoint, Michel Maltais, ont gardé espoir. Mais le liquide amniotique continuait à s'écouler et, à chaque échographie, le fœtus semblait de plus en plus à l'étroit. «Lors de la dernière échographie, le médecin n'a pas dit un mot, mais on a tout de suite vu qu'il n'y avait plus de liquide. Le bébé était complètement coincé.»

Édouard est né le 2 janvier 2002. Trop tôt pour survivre. «Avant l'accouchement, les infirmières nous ont demandé si on voulait voir le bébé, raconte Mme Caron. On ne savait pas... un fœtus à 21 semaines, ça a l'air de quoi? Est-ce que c'est laid, est-ce que ça va rester un mauvais souvenir dans ma tête?»

Quand l'enfant est arrivé, dit M. Maltais, «toutes nos appréhensions sont tombées. C'est un bébé, TON bébé, avec ses petites mains et ses petits pieds.»

Ce tout petit bout d'homme, ils avaient déjà l'impression de le connaître. Ils avaient entendu battre son cœur. Ils l'avaient vu bouger à l'échographie dès la 12e semaine. Grâce à la médecine moderne, les futurs parents font connaissance de plus en plus tôt avec leur enfant. Cela rend le deuil encore plus difficile.

«Il y a 20 ans, quatre parents sur cinq ne voulaient pas voir leur bébé. Ils avaient peur d'être traumatisés par cette vision, ou de s'attacher et d'avoir encore plus de peine. Aujourd'hui, c'est très rare qu'ils refusent, surtout quand on leur explique que c'est important pour faire leur deuil. On va même suggérer aux parents de montrer le bébé mort aux autres enfants de la famille», dit Suzie Fréchette-Piperni, l'une des premières infirmières québécoises à s'être intéressée au deuil périnatal.

Le besoin impératif de dire adieu fait céder bien des résistances. Au Centre hospitalier universitaire de Québec, « les petits cercueils en bois de cèdre sont vissés et non cloués parce que, bien souvent, des parents changent d'idée et veulent voir leur bébé, en fin de compte «, raconte Pascale St-Pierre, porte-parole du CHUQ.


Des regrets


Sophie Caron et Michel Maltais n'ont pas organisé de funérailles. Le corps d'Édouard a été pris en charge par l'hôpital. Il a été enterré dans une fosse commune, au cimetière Saint-Charles de Québec. «Je l'ai regretté, avoue Mme Caron. Je ne suis pas pratiquante, loin de là, mais c'est dans ces moments-là que tu te rends compte que le rituel des adieux, c'est important.»

Carolina Leon a fait incinérer le corps d'Emma et a récupéré les cendres, qu'elle garde dans une urne minuscule, entre les photos de famille, dans le salon. Puis, elle a organisé une cérémonie à l'église Saint-Antonin. Tous les bambins qu'elle garde étaient présents. Ses bébés. Après la cérémonie, chacun d'eux a lâché un ballon blanc dans le ciel.

C'était infiniment triste. Mais c'était, aussi, une célébration de la vie. «Ce sont mes petits qui m'ont donné la force de reprendre le travail, dit Mme Leon. Quand je suis revenue de l'hôpital, l'un d'eux m'a vue pleurer et a tendu les bras vers moi pour me donner un câlin. Une autre m'a dit que mon bébé était parti dans le ciel, avec les étoiles. Chacun m'a dit un mot qui restera en moi pour toujours.»

Mardi 17 juin 2008
par willy et sandrine publié dans : Le Deuil Périnatal
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« La mort d'un bébé est un deuil particulier »




par Catherine LEMESLE - http://www.ouest-france.fr/ - http://www.guingamp.maville.com/

L'enfant qui va naître, c'est la vie. Quand la mort survient, c'est intolérable. Le deuil peut être long. Des associations accompagnent désormais les parents. : Archives Ouest-France - David Adémas
L'enfant qui va naître, c'est la vie. Quand la mort survient, c'est intolérable. Le deuil peut être long. Des associations accompagnent désormais les parents. : Archives Ouest-France - David Adémas

 

 




Accompagner le deuil périnatal, c'est l'une des missions de l'association briochine Jalmalv qui organise une conférence sur ce sujet.

Maryse Dumoulin est médecin praticien en pathologie maternelle et foetale au CHR de Lille, maître de conférence à l'université de Lille. Elle a fondé l'association Nos Tout-Petits. Elle travaille autour du deuil périnatal depuis vingt-cinq ans, et animera une conférence grand public à Saint-Brieuc. Elle explique en quoi l'accompagnement des parents, lors du décès de leur bébé, est primordial.

Perdre un bébé qui n'a pas eu le temps de vivre, c'est une épreuve terrible. C'est aussi un deuil particulier. Quelle est sa singularité ?

Le deuil périnatal intervient entre la 26e semaine de gestation et les six jours qui suivent la naissance. C'est un deuil spécifique car il se passe à l'hôpital, loin de son entourage familial. C'est un deuil, relativement fréquent, qui touche généralement des parents jeunes, confrontés pour la première fois à un décès contre nature. C'était, jusqu'à ce que les discours changent, un deuil du presque rien. On laissait entendre à la maman que ce n'était pas si grave, qu'elle devait tourner la page puisque personne n'avait connu cet enfant. On avait tendance à escamoter les rites du deuil. Il y a vingt-cinq ans, les parents ignoraient ce que l'on faisait des corps.

Les mentalités et les discours ont évolué. Pourquoi est-ce essentiel de reconnaître ce décès ?

On s'est rendu compte que 60 % des mères confrontées à un tel événement développent des complications psycho-pathologiques. Et parfois très longtemps après le drame. Les femmes ont alors une très mauvaise image d'elles-mêmes, elles culpabilisent, elles s'enferment dans un état dépressif lié à l'absence. Des symptômes qui peuvent aussi toucher les pères. Quand ces parents sont accompagnés très tôt après le traumatisme, le pourcentage des complications chute à 5 %. Ceci dit, tous les parents n'ont pas besoin de soutien psychologique.

Vous dites que le deuil périnatal, c'est le contraire de l'oubli.

Oui, de toute façon, on ne pourra jamais oublier cet événement ni ce bébé qui a existé. Il faut parvenir à vivre avec. Sans tomber non plus dans le culte du disparu. Parler de cet enfant librement sans s'effondrer, c'est signe que l'on va mieux et que l'on peut resourire à la vie, envisager de tisser de nouveaux liens. Les forums internet et les groupes de paroles sont donc très utiles car les parents peuvent dire leurs douleurs sans crainte d'être jugés.

Propos recueillis

par Catherine LEMESLE.

Pratique. Conférence ouverte à tous, samedi 1er mars, à 15 h à l'auberge de jeunesse, rue de la Ville-Guyomard à Saint-Brieuc (quartier des Villages), proposée par l'association Jusqu'à la mort accompagner la vie (Jalmalv). Tél. 02 96 60 89 36. Entrée libre.

 
 
Jeudi 28 février 2008
par willy et sandrine publié dans : Le Deuil Périnatal
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Tout foetus né sans vie pourra désormais être déclaré à l'état civil


Foetus

Foetus (Dr)


PARIS (AFP) - 7/02/2008 -  Un foetus né sans vie peut être déclaré à l'état-civil, quel que soit son niveau de développement, a jugé mercredi la Cour de cassation, dans trois arrêts qui devraient réconforter les associations de parents endeuillés suite à un décès durant la grossesse.

Depuis plusieurs années, des associations demandent que soit comblé le vide juridique qui existe en France pour les foetus de 16 à 22 semaines nés sans vie après une mort in utero ou une interruption médicale de grossesse.

Les arrêts de principe rendus par la première chambre civile de la Cour de cassation revêt donc une grande importance.

En obtenant le droit d'inscrire leur bébé sur les registres de l'état-civil, les parents obtiennent du même coup la possibilité de donner un nom à leur enfant, de bénéficier de certains droits sociaux comme le droit au congé maternité, ou encore celui de récupérer son corps afin d'organiser ses obsèques et de faire leur deuil.

Actuellement, dans la plupart des hôpitaux, les foetus de moins de 22 semaines sont encore incinérés avec les déchets du bloc opératoire.

L'affaire jugée mercredi concerne trois familles. Les parents de trois enfants morts-nés entre 1996 et 2001 avaient porté l'affaire en justice après s'être vus refuser la possibilité d'enregistrer leur enfant à l'état-civil.

Jusqu'à présent, les enfants dont un médecin pouvait attester qu'ils avaient vécu au moins quelques instants se voyaient dresser un acte de naissance, ainsi qu'un acte de décès.

Les autres, morts-nés, ne pouvaient bénéficier, depuis 1993, que d'une "déclaration d'enfant sans vie" et ce seulement s'ils répondaient à la définition d'enfant viable donnée en 1977 par l'Organisation mondiale de la Santé, soit un poids de plus de 500 grammes ou une grossesse de plus de 22 semaines.

Or les trois foetus concernés avaient entre 18 et 21 semaines et pesaient entre 155 et 400 grammes.

Saisi des trois dossiers, un tribunal de grande instance avait donc débouté les familles. En mai 2005, la cour d'appel de Nîmes avait confirmé les jugements.

Mercredi, la Cour de cassation a jugé, dans trois arrêts identiques, que la cour d'appel avait violé l'article 79-1 du code civil car il "ne subordonne pas l'établissement d'un acte d'enfant sans vie ni au poids du foetus, ni à la durée de la grossesse". Selon elle, la cour d'appel a tout bonnement "ajouté au texte des conditions qu'il ne prévoit pas".

Par une telle décision, la Cour de cassation décide de bousculer le législateur. Dans ses conclusions, l'avocat général Alain Legoux avait d'ailleurs rappelé que "ce n'est pas à (la jurisprudence) de fixer la norme mais à la loi".

Or, avait-il suggéré à la Cour, "quelle meilleure façon d'y inciter le législateur" que de casser les trois arrêts, cela "permettra au législateur de faire oeuvre d'harmonisation".

D'un grand réconfort pour les familles, ces arrêts "risquent de provoquer une grande anarchie", souligne toutefois une source judiciaire. On peut en effet imaginer que des mères qui décident d'interrompre volontairement leur grossesse après quatre semaines profitent de la nouvelle donne pour déclarer leur enfant et ainsi bénéficier des avantages sociaux qui y sont liés.

En revanche, il ne devrait pas avoir d'impact sur le volet pénal, la Cour de cassation ayant déjà écarté dans d'autres arrêts l'incrimination d'homicide dans le cas de décès in utero du fait d'un accident de circulation ou d'un accident médical.

Jeudi 7 février 2008
par willy et sandrine publié dans : Le Deuil Périnatal
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"Une grossesse interrompue peut avoir des répercussions sur le prochain enfant"

Séphane Clerget, psychiatre et pédopsychiatre

Les femmes qui perdent un enfant avant terme peuvent en concevoir une grande culpabilité et le vivre comme un échec personnel. | BARTOMEU AMENGUAL/GAMMA

BARTOMEU AMENGUAL/GAMMA
Les femmes qui perdent un enfant avant terme peuvent en concevoir une grande culpabilité et le vivre comme un échec personnel.


LE MONDE | 27.11.07 | -

ous venez de publier un livre sur les répercussions psychologiques des interruptions de grossesse, volontaires comme les IVG ou involontaires comme les fausses couches. Pourquoi ce travail ?

Certaines femmes peuvent encore souffrir dix ans après la perte de leur foetus. Ces traumatismes ne sont pas pris en considération, ou très peu, par l'entourage, la société, et la douleur peut s'enkyster.

Mais si on évoque les conséquences psychologiques des IVG, on risque de devenir suspect de soutenir les mouvements anti-avortements. Par ailleurs, on ne plaint pas une femme qui a fait une IVG parce qu'on considère qu'elle l'a voulue. On parle peu également des interruptions de grossesse non désirées qu'elles soient médicales ou qu'il s'agisse de fausses couches. Les médecins ont tendance à évacuer le sujet en expliquant à leurs patientes que "c'est la sélection naturelle", que "c'est mieux comme ça", qu'"il faut vite refaire" un bébé. Aujourd'hui, dans une société où l'on maîtrise la procréation, les femmes qui subissent ces pertes peuvent en éprouver de la honte, le vivre comme un échec personnel ou en concevoir beaucoup de culpabilité en pensant qu'elles ont été trop actives, qu'elles n'ont pas pris toutes les précautions.

Vous expliquez que les enfants également peuvent en être affectés...

Un deuil non fait peut être inoculé à son enfant. Plus ils sont jeunes, plus les enfants sont réceptifs à la douleur de leur mère. Ils expriment alors de la tristesse, des troubles du sommeil, ou encore de l'irritabilité, de l'agitation, de l'hyperactivité... Ce sont autant de façons de lutter contre le repli de leur mère. Ils peuvent également éprouver un sentiment de culpabilité pour avoir désiré la disparition d'un rival annoncé. Certains petits peuvent imaginer que le foetus mort a été digéré par leur mère. Ils peuvent alors craindre d'être à leur tour dévorés et par conséquent prendre de la distance vis-à-vis de leur mère. Il faut parler aux enfants de la fausse couche, leur dire que le foetus "n'a pas voulu naître" pour les déculpabiliser.

Une grossesse interrompue peut aussi avoir des répercussions sur le prochain enfant. La femme enceinte peut se retenir de trop investir le futur nouveau-né afin d'anticiper une éventuelle perte. Si la mère n'a pas fait le deuil de l'enfant idéal qu'elle portait, elle peut considérer inconsciemment celui qui le suit comme un enfant de remplacement qui se doit d'être à la hauteur d'un être idéalisé, donc sans défaut.

Que préconisez-vous pour aider les mères ?

Il faut légitimer la douleur morale liée à la perte du foetus. Dans le cas de fausses couches tardives, de mort in utero, ou d'interruptions médicales de grossesse à partir de 5 mois, il est possible d'inscrire l'être à l'état civil ou sur le livret de famille. Mais il reste à mettre en place des rituels laïques ou religieux pour ceux qui le souhaitent. Dans le cas de fausses couches plus précoces, il faut aider la mère à se détacher de son enfant perdu en lui proposant systématiquement une consultation psychologique. Je pense à la violence que vivent des femmes qui ont perdu leur foetus en allant aux toilettes. C'est une douleur inaudible et indicible pour beaucoup qui peut justifier une prise en charge spécialisée.


"Quel âge aurait-il aujourd'hui ?" de Stéphane Clerget (Fayard, 307 p., 19 €).

Propos recueillis par Martine Laronche
Mardi 27 novembre 2007
par willy et sandrine publié dans : Le Deuil Périnatal
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Valérie Dorion, mère courage



Perdre un enfant qu’on n’a pas connu


par Diane Legault - http://www.letraitdunion.com/

Valérie Dorion, mère courage
Valérie Dorion. (Photo : Yves Ranger)




Il y a cinq ans, ce qui se veut un moment privilégié de bonheur, l’entrée à l’hôpital pour accoucher, est devenu souffrance pour Valérie Dorion, alors que sa petite fille, au bout d’une grossesse à terme, est décédée, quelques heures avant sa naissance. Valérie Dorion est un exemple touchant de résilience.
«Elle nous a quittés avant même de voir le monde», de dire aujourd’hui la Terrebonnienne avec une grande sérénité. En plus de vivre avec cette terrible douleur, à la suite du décès périnatal de son enfant, Valérie Dorion se sentait très seule et a fait face à de l’incompréhension. «Mon entourage comprenait très mal ma peine et mon deuil. On essayait de me faire oublier. C’est moins pire que si elle était morte à trois ans, puisque tu ne la connais pas. Passe à autre chose», insistaient mes proches. «Le décès périnatal est encore très tabou. On dirait que les parents n’ont pas le droit de vivre leur deuil», constate-t-elle encore aujourd’hui. «Les gens ne se rendaient pas compte qu’à ma sortie de l’hôpital, il y avait des fleurs d’enterrement au lieu de ma petite fille sur le siège arrière de notre auto, que dans les semaines qui ont suivi, j’avais des montées de lait, que quand je suis retournée au dépanneur du coin, les gens qui ne savaient pas ce qui était arrivé me disaient : Tiens, tu as accouché, et puis? Comme toute femme enceinte, j’étais inscrite aux concours et je recevais des coupons rabais régulièrement pour des couches avec une lettre disant : Votre enfant est rendu à tant de mois et il change de grandeur de couche».
Petits Anges
Comment on fait pour vivre un deuil sans pouvoir s’appuyer sur de beaux souvenirs, sans avoir vu son sourire?, se questionnait-elle alors. Se trouvant sans aucune ressource, elle s'est tournée vers Internet et a trouvé l’organisme Nos petits Anges du paradis groups.msn.com), où elle a trouvé réconfort, écoute, conseils et une amie, Mélanie Théroux. Celle-ci lui a suggéré d’écrire un livre, ce qu’elle a fait. «Depuis le départ de ma fille, je cherchais un moyen d’aider mon prochain avant de mettre fin à mes jours. Je voulais que plus jamais personne ne vive le deuil de son enfant de la manière dont moi je le vivais», confie celle qui projetait de se suicider, précisément un an après la mort de son bébé. «Je voulais réunir mes proches pour faire une envolée de ballons pour souligner l’anniversaire de son décès. Mais aussi, et sans le dire, je voulais les revoir une dernière fois avant d’aller la rejoindre. Le matin même, je suis partie chercher des ballons et je suis revenue avec un test de grossesse me signifiant que j’étais enceinte. Mon livre était alors terminé. Je voulais que les autres lisent mon histoire et se sentent compris et non isolés dans leur souffrance. L'écriture a été une thérapie pour moi et j’ai dû me rendre à l’évidence, j’évoluais dans mon deuil et la vie continuait», avoue-t-elle.
Fête internationale
Sélectionnée à l’émission Donnez au suivant, Valérie Dorion a pu réaliser son vœu de faire imprimer son livre, auquel ont participé cinq mamans et un papa dans la même situation qu’elle. Les 1 000 copies de Nos petits anges au paradis se sont vendues en 24 heures et on a dû en réimprimer 1 000 autres. Elle a remis tout l’argent reçu pour ce livre au Centre de soutien au deuil périnatal. Aujourd’hui, la jeune maman d'une fillette de trois ans est très active comme administratrice de l'organisme. En plus d’aider les parents à continuer à vivre malgré la douleur, elle est l’initiatrice de la traditionnelle envolée de ballons en l’honneur des petits Anges, qui se déroule dans le cadre de la Fête internationale des Anges, créée à Montréal par ce Centre, il y a cinq ans, et qui s'est étendue à plusieurs coins du monde, dont l'Europe. La Terrebonnienne de 24 ans est l’organisatrice de la fête montréalaise qui se déroulera cette année le samedi 6 octobre, à l’Oratoire St-Joseph.

Valérie Dorion poursuit aussi son œuvre avec l’écriture d’un second livre dont le sujet est : Avoir un autre enfant après un décès périnatal. «On ne peut pas accepter un décès périnatal, mais on peut apprendre à vivre avec», laisse comme message celle qui a fait preuve de courage certes, mais qui a su, comme elle le dit, transformer le négatif en positif.
 
Lundi 1 octobre 2007
par willy et sandrine publié dans : Le Deuil Périnatal
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Faire le deuil d'un enfant perdu pendant la grossesse



Spécialisée dans l'accompagnement de mères qui ont subi le drame d'un bébé mort in utero, la thérapeute yverdonnoise Esther Wintsch est souvent consultée de nombreuses années après l'épreuve vécue. Elle inaugurait cette semaine, à Yverdon, un lieu où ensevelir les cendres de ces petits corps

Yves Lassueur - 01/09/2007
Le Matin Dimanche

 

Mercredi soir, après une brève interview donnée au Téléjournal de la TSR depuis le cimetière d'Yverdon, Esther Wintsch a reçu coup sur coup trois appels téléphoniques. Trois appels de téléspectateurs en colère, non pas contre elle, mais contre ce qu'ils ont vécu il y a presque vingt ans.

Tous ont perdu un enfant avant même qu'il vienne au monde et ont gardé de ce qui s'est alors passé un souvenir et une souffrance qui ne se sont jamais effacés. Aussitôt après l'avoir entendue à la télévision, ils ont ressenti le besoin de se confier à Esther Wintsch.

Les appels reçus par cette thérapeute yverdonnoise illustrent parfaitement la tâche à laquelle elle se voue depuis cinq ans dans une annexe de l'hôpital du Nord vaudois: accompagner psychologiquement les parents, surtout les mères, à surmonter la souffrance d'un deuil périnatal, autrement dit la perte d'un enfant avant sa naissance, dans certains cas il y a déjà de longues années.

Le toucher, lui donner un prénom

«Aujourd'hui, confie-t-elle, quand un enfant décède in utero, le gros travail d'accompagnement de la maman est accompli par le personnel soignant, sages-femmes et gynécologues. Si le décès survient après une vingtaine de semaines de grossesse, les parents sont invités - mais rien n'est obligatoire - à voir le bébé, à le toucher, le border, lui donner un prénom puis prendre soin de ses cendres, car ces petits corps sont toujours incinérés. On tend ainsi à donner une existence sociale à l'enfant, à l'inscrire dans l'histoire familiale. Mieux vaut ne pas trop chercher à savoir comment les choses se passaient autrefois, quand ces petits défunts étaient incinérés puis disparaissaient; cela réveille trop de pénibles souvenirs pour trop de monde.»

Maintenant, donc, les parents de l'enfant, ou la mère seule, peuvent disposer des cendres et les répandre là où ils le souhaitent. «En pratique, constate Esther Wintsch, dans plus de la moitié des cas, ces cendres ne sont pas demandées par les parents. Dans le canton de Vaud, par exemple, elles sont alors déposées dans le Jardin du Souvenir, au cimetière de Lausanne.»

Grave perte d'estime

Si perdre un enfant in utero est toujours une épreuve, la plupart des mères parviennent à faire leur deuil, note la thérapeute. Il suffit pour cela d'un proche ou d'une amie qui sache se comporter en confident attentif pendant suffisamment de temps.

Mais les cas ne sont pas rares où ce deuil, loin de s'accomplir, reste enseveli dans le déni, comme une «anesthésie émotionnelle». «Quand les mamans hantées par ce souvenir viennent me voir, c'est toujours impressionnant: la perte in utero de l'enfant peut remonter à de nombreuses années, mais au moment où elles se confient, c'est comme si le drame venait de se produire. Certaines souffrent d'une grave perte d'estime; elles se sentent incapables de donner la vie. Certaines ont subi un avortement, pour des raisons médicales ou autres, et le souvenir de cet enfant les travaille parfois pendant de longues années. A l'époque, elles ont pu s'interdire d'être tristes; or cette tristesse doit être vécue pour que le deuil puisse s'accomplir. S'ajoutent fréquemment à ces drames des secrets familiaux, ou une colère contre le personnel soignant de l'époque.»

Retrouver «trace» de l'enfant

Pour aider ces femmes, le travail d'Esther Wintsch consiste d'une part, dans bien des cas, à retrouver «trace» de l'enfant. Par exemple en amenant la sage-femme ou le gynécologue qui opérait à l'époque à se souvenir et à témoigner devant la mère. Il s'agit ensuite et surtout d'écouter, de laisser parler, de guider. Parfois, une seule séance suffit. Parfois, il faut plus d'une année de thérapie pour que la blessure, déjà ancienne, se referme.

«De fait, constate Esther Wintsch, le nombre de mois de grossesse au bout desquelles la perte de l'enfant a eu lieu ne détermine nullement le chagrin de ces mamans. Il est parfois déjà immense après quelques semaines. Ce que j'essaie de faire avec les femmes qui viennent consulter, c'est de trouver la porte de leur deuil. De tenir une petite lanterne qui leur montre comment cheminer désormais vers l'avenir.»

 

Lieu de recueillement à Yverdon

Le carré des anges: c'est ainsi que s'appelle le lieu, inauguré cette semaine au cimetière d'Yverdon, où les cendres d'enfants décédés avant leur naissance pourront désormais être ensevelies. Sur une pierre dont la décoration évoque l'univers s'ouvre une petite porte circulaire donnant accès à une cavité. Les parents, mères ou pères, qui le désirent pourront y déposer les cendres de leur enfant.

S'il existe ailleurs des «jardins du souvenir» où peuvent être ensevelies de telles cendres, le «carré des anges» est le premier du genre en Suisse romande. Financé et réalisé avec l'appui de fonds privés, de l'hôpital et de la commune d'Yverdon, le monument est dû à l'initiative d'Esther Wintsch. Il est conçu dans l'idée d'aider les parents à faire leur deuil en leur en offrant un espace où se recueillir.

Dimanche 2 septembre 2007
par willy et sandrine publié dans : Le Deuil Périnatal
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Marie-Kerguelen, j'ai enfanté un ange

"Il est des événements dont on ne guérit pas.  On les porte en soi pour toujours et on en souffre à jamais. On croit que le temps passe, qu?il lisse l?effroi. On croît qu?on a sublimé l?épreuve, qu?on l?a dépassée, oubliée. 
Pourtant, le mal est fait, et, au plus profond de soi, la douleur est intacte. Le c?ur, déséquilibré, ne bat plus pareil. Une fenêtre est béante, le vent s?y engouffre, la vie s?y dérobe.
On est glacé. On est perdu. Une part de soi s?est enfuie.
On est fragilisé à jamais, en manque pour toujours.
En soi, désormais, quelque chose n?attend plus que la fin. 

Il faut peut-être plonger profond pour trouver la source de sa vie. 
En laissant ma fille s'envoler, j'ai trouvé une pierre précieuse,
une petite flamme qui s'apparente au cristal de l'âme..."

Ó gaëlle Brunetaud, extrait de "Marie-Kerguelen"


Marie-Kerguelen" est le témoignage du passage éclair d'une petite fille ardemment désirée, qui est décédée à la naissance du fait de sa prématurité.
Ce n'est pas un livre triste.
C'est une histoire d'amour, un témoignage d'espoir, un message de Vie.

Son Blog : http://marie-kerguelen.over-blog.com/

 

Pour Commander le Livre : http://www.marie-kerguelen.fr/


 

  Je viens de lire votre livre avec une grande émotion. Une grande leçon de la Vie avec un grand V...  Marie-Kerguelen peut être fiers du courage de sa Maman et de son Papa, il n'y a pas de mots assez forts sur terre pour exprimer cela. Mais tous les soirs nos étoiles nous protègent...veillent sur nous...Ce livre est beau, il nous transporte dans la vie et dans l'espèrance.Je finirai par ce petit mot que Gaëlle Brunetaud  à ecrit sur notre livre en dédicace " Pour que l'absence du corps devienne une force du coeur ".

Willy le Papa d'Eléa

Samedi 17 mars 2007
par willy et sandrine publié dans : Le Deuil Périnatal
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Survivre à la perte d'un enfant

Le décès périnatal touche 25% des femmes enceintes

Survivre à la perte d'un enfant
Le cheminement fait par Valérie Dorion lui permet d'apporter soutien et confort aux parents qui vivent un deuil périnatal. (Photo: Martin Alarie)
Survivre à la perte d'un enfant
Le décès périnatal touche 25% des femmes enceintes
Le 2 septembre 2002, Valérie Dorion vivait le pire cauchemar d'une mère: celui de perdre le petit être qu'elle avait porté en elle pendant neuf mois.
À l'époque, il y avait peu de ressources pour aider les parents à traverser un deuil périnatal. La résidente de St-François s'est sentie perdue et abandonnée à la suite du décès de la petite Chloé. «Ma fille est morte quelques heures avant l'accouchement, explique-t-elle. Ça été très dur de vivre cela. Mon entourage essayait de me faire oublier, mais la dernière chose que je voulais, c'était justement que ma fille soit oubliée. On m'a référée à un psychologue, mais j'ai refusé, préférant consulter la travailleuse sociale que je voyais déjà avant.»

Ne trouvant pas le réconfort dont elle a tant besoin, Mme Dorion se tourne vers l'internet où elle découvre le site «Nos Petits Anges au Paradis». Dans les forums de discussion, elle fait la connaissance de Meilanie Théroux, une résidente de St-Lin, qui deviendra sa meilleure amie. Les deux femmes décident alors d'unir leurs efforts pour offrir un outil aux parents qui vivent cette terrible épreuve: un livre de témoignages.
Son testament
«Au début, mes écrits ont pris la forme d’un testament. Je n’avais qu’une seule idée en tête : rejoindre ma fille. Plus tard, en me relisant, j’ai remarqué que j’avançais dans la bonne direction. Et un an après le décès de Chloé, j’apprenais que j’étais enceinte de nouveau. C’était comme si j’avais reçu un signe de ma fille», dit-elle.
En novembre 2005, l’émission «Donnez au suivant» parle de ce projet et grâce à la diffusion, le livre «Nos petits anges au paradis», qui compte sept témoignages, est imprimé à 1000 copies et distribué dans les pharmacies Jean Coutu. En 24 heures, tout est vendu! Les profits ont servi à l’impression de 2000 copies supplémentaires et prochainement, 2000 autres exemplaires seront mis en circulation dans les librairies.

«Pour aider les gens, nous organisons aussi la Fête des Anges qui se tient le premier dimanche d’octobre. Depuis quatre ans, les gens se réunissent à l’Oratoire St-Joseph. Un prêtre célèbre une messe et il y a une envolée de ballons. C’est très libérateur pour tout le monde», mentionne Mme Dorion, ajoutant que cet événement se déroule simultanément dans plusieurs autres pays.
Une suite
Valérie et Meilanie désirent maintenant écrire une suite au premier livre, des mots pour raconter leur vie après la perte d’un bébé. Valérie Dorion abordera la crainte d’avoir un autre enfant tandis que son amie parlera de la douleur de ne plus en avoir.

«L'autopsie m'a appris que je ne pouvais pas dépasser les 37 semaines de grossesse, ce que je ne savais pas lorsque j'attendais Chloé. Même avec cette information, il y avait toujours une crainte lorsque j’étais enceinte d’Éloyse», confie Mme Dorion, qui est administratrice au Centre de Soutien au Deuil Périnatal, un organisme qui a bénéficié des profits générés par le livre.

Valérie Dorion a beaucoup cheminé depuis ce triste jour de septembre 2002. Celle qui s’est déjà traitée de meurtrière - «le ventre d’une mère est l’endroit le plus sécuritaire et c’est là que ma fille est morte» - aide maintenant les autres dans leur peine. Son implication aura été en quelque sorte une bouée de sauvetage.

«La blessure reste quand même tout le temps avec toi. Un deuil, c’est comme un océan rempli de vagues. Parfois c’est calme et parfois c’est houleux…»

Source  : Par Diane Hameury   http://courrierlaval.com

Samedi 20 janvier 2007
par willy et sandrine publié dans : Le Deuil Périnatal
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Perdre un ou plusieurs bébés
lors d’une grossesse multiple

 


La difficulté principale à laquelle font face les parents, c’est de devoir en même temps s’attacher au bébé vivant et pleurer leur bébé mort : deux tâches émotionnellement opposées.





Texte de Suzy Fréchette-Piperni, B.Sc.,
infirmière spécialisée en deuil périnatal
Publié dans le magazine BÉBÉ
Vol. 8 No. 5 (octobre 2006)


Perdre un ou plusieurs bébés lors d’une grossesse multiple
L’augmentation des traitements en clinique de fertilité et l’âge plus avancé des femmes qui s’engagent dans une grossesse contribuent à une plus grande proportion de naissances de jumeaux et de triplés. Les jumeaux ou les triplés attirent beaucoup d’attention sur eux et sur leurs parents. Ils apportent du prestige et de l’importance à leur famille et leur attente est très excitante.

Avant l’arrivée de l’échographie, il n’était pas exceptionnel que les parents aient, à la naissance, la surprise de l’arrivée de deux bébés, ou même de plusieurs, au lieu d’un seul.

Aujourd’hui, les parents ont le temps de s’attacher à chaque bébé durant la grossesse et s’habituent à se considérer comme des parents de jumeaux ou de triplés.

Il peut arriver que tous les bébés soient perdus, au même moment ou à des moments différents durant la grossesse ou après la naissance. Il est difficile d’imaginer l’intensité de la peine des parents qui perdent tous leurs bébés à la fois ou qui les perdent un après l’autre.

Il est aussi possible qu’un ou plusieurs bébés d’une naissance multiple ne survivent pas. Ces grossesses sont plus à risques d’un accouchement très prématuré et d’autres complications propres aux naissances multiples. Un des bébés peut aussi être perdu pour les mêmes raisons qu’un bébé unique, à cause d’anomalies, de maladie ou d’accident.

Le retour à la maison avec le bébé survivant d’une naissance multiple n’est pas aussi joyeux que pour les parents qui ramènent leur bébé unique.
- Quand on attend des jumeaux, on les aime tous les deux et on les veut tous les deux.
Contrairement à ce que beaucoup pensent, le fait d'avoir au moins un bébé vivant ne console pas nécessairement les parents, car ils doivent faire face à la dure réalité que l’autre (ou les autres bébés) est décédé.

- Les gens pensent que de perdre un jumeau, c’est d’avoir une demie pennée. Je n’ai pas perdu un demi-bébé, j’ai perdu un enfant tout entier et ma peine est à 100 %.
La difficulté principale à laquelle font face les parents, c’est de devoir en même temps s’attacher au bébé vivant et pleurer leur bébé mort : deux tâches émotionnellement opposées.

- Je me promenais dans la salle d’accouchement avec ma fille morte sur un bras et mon fils vivant sur l’autre. Je pleurais de peine pour ma fille et je me disais mon petit bonhomme a besoin de moi. Je me demandais comment je réussirais à retomber sur mes pieds.
L'absence d'énergie et les autres émotions, normales dans la phase aiguë du deuil, peuvent rendre difficile la réponse aux besoins d'un nouveau-né.

- Les parents ont le temps de souffler entre la mort de leur bébé et le bébé suivant. Nous, malgré notre peine, il fallait s’occuper de l’autre bébé, tout de suite.

- Je me sentais anéantie par la mort du bébé. Je passais mes journées à pleurer. Heureusement ma mère était là pour m’écouter et s’occuper du jumeau. Ça m’a pris des semaines pour apprécier le bébé qui me restait.
Le bébé vivant peut aussi prendre tellement de temps que les parents n’ont pas l’énergie pour se plonger dans la souffrance d’avoir perdu l’autre et le deuil n’avance pas.
Beaucoup de parents peuvent avoir besoin d’aide dans les soins du bébé. Mais ils ont aussi besoin de quelqu’un qui les écoute parler du bébé mort et de leur peine. Le plus souvent, les proches semblent plus confortables en oubliant le bébé mort et en parlant seulement du bébé vivant. Et ils voudraient que les parents réagissent comme eux.

- On m’a dit : « Vous êtes chanceux ; vous avez ramené un bébé vivant à la maison ». Et nous sommes chanceux aussi d’avoir enterré son frère ?
Plusieurs autres éléments font que de perdre un ou des bébés est difficile quand il y a un ou des bébés survivants.
Le bébé vivant est un rappel constant de celui qui manque.

- Quand le soir je berce mon bébé, je pleure souvent en pensant que je suis le père de deux bébés et que j’en ai seulement un à bercer.

- Pendant des années, je ne pouvais pas fêter la fête de mon fils la journée même de son anniversaire, car cela me rappelait trop qu’il y en avait trois qui étaient nés cette journée-là.
Si seulement un enfant d'une grossesse multiple survit, les parents doivent faire le deuil non seulement du ou des bébés perdus, mais de la perte de l'attention et du prestige associés aux jumeaux et aux triplés. Plusieurs parents sont tristes parce qu’ils n’auront probablement pas l’occasion de vivre à nouveau cette expérience d’attendre deux ou trois bébés.

- Je suis une mère ordinaire maintenant que je n’ai plus qu’un bébé. Avant, j’étais spéciale aux yeux de tous, car j’attendais des jumeaux.

Voici quelques suggestions pour aider les parents après la mort d’un jumeau :
N’hésitez pas à parler du bébé mort et de dire aux gens que vous êtes heureux du bébé survivant, mais que vous avez de la peine d’avoir perdu l’autre bébé. Si le soutien autour de vous n’est pas adéquat, recherchez le partage avec d’autres parents dans un groupe de soutien ou l’écoute d’un professionnel.

Accordez-vous des moments séparés pour penser et pleurer votre bébé mort et d’autres moments pour profiter et être heureux de votre bébé vivant.

Si vous faites une cérémonie de baptême ou une fête pour célébrer la naissance du bébé vivant, vous pouvez penser à préparer un rituel pour commémorer le passage du bébé qui est disparu.

Quand apprendre la nouvelle au jumeau survivant? Le plus tôt sera le mieux. De parler du jumeau décédé peut se faire tout naturellement, chaque fois que vous pensez à lui. L’enfant grandira en sachant qu’il est un jumeau et que l’autre est mort. Il n’est pas nécessaire d’attendre que l’enfant soit en âge de comprendre et de poser des questions. Jamais cette information ne doit lui être cachée.

- J’ai mis la photo des deux jumeaux dans le même cadre. Mon fils est fier de la montrer et il explique aux gens : « Ça c’est mon frère et ça c’est moi. On jouait tous les deux ensemble dans le ventre de maman. Moi je criais fort quand je suis né et maman et papa étaient contents. Mais mon frère, il était mort et papa et maman, ils ont pleuré. » Pour mon fils, c’est tout naturel, mais je vois que ça rend certaines personnes bien mal à l’aise.
Vendredi 13 octobre 2006
par willy et sandrine publié dans : Le Deuil Périnatal
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